Vous êtes dans : Accueil > Actualités > Paroles de... > Article : Voici comment la santé mentale est perçue et traitée dans différents pays

Article : Voici comment la santé mentale est perçue et traitée dans différents pays

le 22 mars 2017

[BuzzFeed] Nous avons demandé à nos collègues de 9 pays différents comment ça se passe là où ils vivent.

La manière dont nous percevons, parlons ou traitons les maladies mentales n’est pas la même partout. Nous avons demandé à des journalistes de BuzzFeed originaires de neuf pays différents de nous raconter comment ce sujet est abordé chez eux.

Dans un même pays, le regard des autres ou l’accès aux soins dépend bien souvent du genre, de l’âge, de la culture, des origines, des revenus, de la profession et d’autres facteurs encore. Cette discussion est donc un point de départ, basé sur nos recherches ainsi que nos propres expériences.

Comment le sujet de la santé mentale est il perçu dans la societé ?

Allemagne

Dani Beck: Ça dépend vraiment du milieu. Il y a des gens très ouverts et compréhensifs, et d’autres qui vont être complètement désemparés. Si vous êtes en confiance, vous pouvez tout à fait demander conseil à un ami. Si vous travaillez dans une boîte soucieuse de la santé mentale de ses employés, vous pouvez même être ouvert à ce sujet au boulot. Mais le plus souvent, les gens gardent ça pour eux. Et leur entourage tombe souvent dans le piège des clichés véhiculés par certains médias, qui disent par exemple que les gens dépressifs devraient se «ressaisir».

Australie

Jenna Guillaume: C’est un sujet encore très tabou. Les gens s’en libèrent de plus en plus, surtout les jeunes, et des campagnes de prévention comme la semaine de la Santé mentale (qui a lieu en octobre en Australie) ou des organisations comme Headspace ou le Black Dog Institute aident à déstigmatiser les questions de santé mentale, mais les gens ont encore du mal à en parler.

Personnellement, j’ai déjà évoqué mon anxiété avec mon entourage proche, et j’ai aussi demandé à une très bonne amie qui souffrait des mêmes problèmes le nom de son psychothérapeute. Mais j’ai longtemps eu honte d’en parler, en partie parce que les préjugés sont très persistants en Australie.

Brésil

Iran Giusti: C’est difficile. En général, si on prend des médicaments ou qu’on suit une thérapie, ce n’est pas quelque chose dont on parle librement. Et quand on le fait, on essaie de dédramatiser, genre «Oh la la! Je suis trop angoissé-e!»

On ne demande pas à ses amis ou sa famille le numéro d’un psy, et à moins de faire explicitement la démarche, même les médecins ne vous informent pas sur les traitements psychiatriques qui existent.

Canada

Kat Angus: Les questions autour de la santé mentale font toujours l’objet de préjugés au Canada, mais j’ai l’impression que les gens réalisent petit à petit que ça concerne tout le monde, et qu’il n’y a aucune raison d’en avoir honte. Je ne dis pas que tout le monde s’est mis à en parler librement, mais quand j’ai évoqué mon combat contre la dépression et ma tentative de suicide avec mes amis et ma famille, j’ai découvert que beaucoup avaient également souffert de maladies mentales. C’est important pour réaliser qu’on n’est pas tout seul.

Elamin Abdelmahmoud: Récemment, il y a eu pas mal de campagnes de prévention au Canada pour déstigmatiser les troubles mentaux, et je trouve ça très positif. On a besoin de ces initiatives, parce qu’ici personne n’est vraiment à l’aise pour en parler.

Espagne

Beatriz Serrano: Beaucoup sont encore gênés de raconter qu’ils voient un psy et généralement, quand on aborde les questions de santé mentale, c’est avec ses amis proches ou sa famille.

La perception des gens a pas mal changé ces dernières années, mais si vous consultez quelqu’un après un «événement traumatisant» (un décès ou un divorce, par exemple), ils trouvent ça plus normal que pour une maladie mentale «qui sort de nulle part». Je crois qu’il y a un vrai manque d’information sur le sujet.

France

Marie Telling: Ce n’est pas vraiment un sujet qu’on aborde ouvertement, même si les gens en parlent un peu plus dans les grandes villes, surtout à Paris, où on dit plus facilement à ses amis qu’on voit un psy.

Mais la santé mentale est une question qui reste très stigmatisée et associée au danger, à l’exclusion sociale, à un manque de fiabilité ou de responsabilité. D’après une étude parue en 2009, presque 70% des Français pensent que les maladies mentales «ne sont pas comme les autres maladies».

Il y a donc toujours une certaine honte, une certaine pudeur autour de leur reconnaissance et leur traitement, qui fait que beaucoup de gens ne sont pas pris en charge à temps —voire pas du tout. Et quand on est dépressif ou qu’on souffre d’anxiété, il y a aussi l’idée qu’il faut «être fort» ou «prendre sur soi» plutôt que de «médicaliser».

Inde

Andre Borges: Il y a certainement en Inde des gens prêts à parler ouvertement de dépression, du stress post-traumatique, d’addiction ou d’anxiété sociale, mais pour la majorité, ces troubles mentaux restent pas mal stigmatisés. Je crois que les gens cherchent plutôt à le cacher non pas à leurs parents, mais plutôt à leurs pairs et à leurs amis. Et ceux qui suivent une psychothérapie auront davantage tendance à en parler une fois que c’est terminé.

Ce qui reste le plus problématique, c’est qu’une fois que le gens savent que vous souffrez d’une maladie mentale, ils pensent que vous êtes fou. Ils ne voient pas ça comme un problème médical, pour eux ça relève de l’anomalie. D’où le fait d’être parfois traité comme un paria.

Mexique

Baxter Aceves: Suivre une psychothérapie ou reconnaître qu’on a besoin d’aide est de plus en plus ~accepté~. Mais il y a toujours des situations (avec des conditions plus complexes, comme l’autisme) où les familles décident de «cacher» le patient et de garder ça secret. Donc oui, les gens sont un peu plus ouverts à ces questions, mais il y a encore du chemin à faire.

États-Unis

Susie Armitage: Je ne peux parler qu’en tant que femme blanche née aux États-Unis, alors que ces témoignages de journalistes de couleur montrent un vaste échantillon d’expériences, qui prouvent que le racisme et notre système d’immigration peuvent avoir un impact sur la santé mentale.

Quand j’avais une vingtaine d’années, j’ai consulté car je souffrais d’anxiété et de dépression. Un jour, un ami qui savait m’a demandé le nom de mon médecin. Mais de manière générale, je ressentais le besoin de cacher ça aux autres. Je vivais à Washington, DC, où la plupart des employeurs vérifient de manière détaillée vos antécédents. Ça ne m’est jamais arrivé, mais j’avais l’impression que tout le monde était «fiché» et j’avais peur que mes employeurs découvrent mes problèmes.

Je pense que la culture américaine est très axée sur le développement personnel, donc même si les maladies mentales restent stigmatisées, consulter est de plus en plus considéré comme quelque chose de positif.

Comment les médias parlent-ils de la santé mentale ?

Allemagne

Certains sportifs très connus n’ont pas hésité à en parler. Le footballeur Sebastian Deisler, par exemple, a dû mettre un terme à sa carrière pourtant très prometteuse parce qu’il souffrait de dépression. Le chorégraphe Bruce Darnell, qui faisait partie du jury de Germany’s Next Topmodel et est aujourd’hui dans celui de Germany’s Got Talent (Das Supertalent) s’est lui aussi exprimé sur le sujet.

Ce qui se passe, souvent, c’est que les médias en parlent, mais personne ne l’admet —sauf s’il s’agit de troubles alimentaires ou d’alcoolisme. Rien sur l’autisme, la dépression ou les TOC. Les gens croient les clichés qu’on leur sert, ils pensent que ceux qui souffrent de TOC sont comme Monk, et que la dépression, c’est un truc qui arrive aux stars quatre fois par an quand ils voient une photo où elles ont l’air triste.

Source BuzzFeed