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Entretien : « La recherche en soins en psychiatrie a besoin de se faire connaitre »

le 12 janvier 2017

[Infirmiers.com] Actuellement la recherche en soins en psychiatrie se diversifie et s’intensifie. Si au niveau national, 93% des Programmes hospitaliers de recherche infirmière et paramédicale (PHRIP) sont portés par des CHU, à côté de cette filière, de nombreuses dynamiques locales se construisent. Les 3e Rencontres de la Recherche en Psychiatrie en sont un bel exemple comme nous l'explique son organisateur Jean-Paul Lanquetin, infirmier de secteur psychiatrique, praticien chercheur en soins infirmiers.

Les 25 et 26 janvier prochains, se tiennent à Ecully les 3e Rencontres de la Recherche en Psychiatrie, un événement dont vous êtes l'organisateur. Parlez-nous de ce rendez-vous devenu incontournable pour les infirmiers exerçant en psychiatrie mais pas seulement...

Ces rencontres se proposent de présenter des travaux de recherche en soins en psychiatrie, en cours ou réalisés, PHRIP ou hors PHRIP (Programme hospitalier de recherche infirmière et paramédicale), français et francophone (Suisse, Belgique), locaux ou nationaux. Il s’agit également de contribuer à mettre en place un réseau d’échanges et d’appui « Recherche en soins en psychiatrie ». L’initiative d’un rendez-vous annuel de rencontres sur ce thème en constitue le maillage central. Notre objectif est de favoriser la connaissance de ces travaux et de faciliter les mises en lien des différents acteurs, tout en offrant une possibilité de présentation dans un format qui favorise les échanges. La recherche en soins en psychiatrie, diversifiée, souvent isolée et encore marginale, a besoin de se connaitre et de se faire connaitre. Il s’agit de monter en puissance, de contribuer à construire cette dynamique pour mieux s’affirmer dans notre champ disciplinaire puis à l’extérieur de celui-ci.

Votre établissement de Saint-Cyr-au-Mont-d'Or se positionne comme précurseur en termes d'évolution de la psychiatrie française. De fait, il semble naturel qu'il soutienne et encourage ces Rencontres. Mais de quels arguments un infirmier doit user pour convaincre sa hiérarchie et viser toujours plus haut ?

Je ne sais pas si la pertinence et la solidité des arguments d’un infirmier constitue toujours un levier pour convaincre ses interlocuteurs institutionnels. Je note que les missions de recherche pour les infirmiers connaissent un encadrement réglementaire progressif depuis 1992, lequel a connu un prolongement décisif avec la mise en place des programmes PHRIP depuis 2009 donnant un véritable statut à cette activité. Ce n’est plus un argument, c’est une mission qui nous est potentiellement dévolue dont on se saisit ou non. En fait je n’ai jamais rencontré d’interlocuteurs qui seraient contre la recherche. La recherche en soins infirmiers (RSI), « tout le monde est pour !», mais au-delà de cette adhésion de circonstance, il existe des écarts parfois conséquents entre les mots et les actes. La profondeur de ces écarts nous renseignent alors sur les volontés réelles. Dans mon cas, au-delà d’un crédit de confiance local initial, l’étendue de mon activité de recherche s’est réellement déployée à l’issue de notre démarche. C’est-à-dire au moment de la diffusion des résultats de notre approche scientifique du rôle propre infirmier et de leurs réintégrations à différents niveaux de pratiques. Ici, c’est l’effet retour d’opérationnalité des résultats et de leurs diffusions en France et en Belgique qui ont solidifié et ancré la place de la contribution de la RSI aux soins.

Vous êtes infirmier de secteur psychiatrique et vos compétences sont multiples : auteur, formateur, tuteur d'intégration, chercheur. Dans ce dernier registre, quel(s) projet(s) poursuivez-vous et dans quelle finalité ?

Se mettre en recherche, puis faire de la recherche, c’est aussi être « travaillé » par son objet de recherche. C’est aujourd’hui une dynamique de travail qui dépasse largement et prolonge notre question initiale de recherche. J’ai été amené à faire des choix et plutôt que de repartir sur un devis de recherche, je consacre mon activité autour de trois orientations complémentaires. La première consiste toujours à présenter et diffuser nos résultats de recherche lors de publications et de conférences. A ce jour, j’ai été invité par plus d’une quarantaine d’établissements. Le deuxième point vise à accompagner les volontés de réintroduction des résultats de notre recherche dans les pratiques, particulièrement autour de l’initiative SocleCare (pour socle d’un prendre soin en psychiatrie) laquelle  a créé des outils d’appropriation. Le troisième point concerne la promotion de la recherche en soins, et les Rencontres annuelles en psychiatrie en sont aujourd’hui la manifestation la plus visible.

Mener des travaux de recherche dans le secteur de la psychiatrie, de la santé mentale, est-ce plus difficile encore que dans le secteur des soins généraux ?

Je constate que 93% des PHRIP sont portés par des CHU à ce jour. L’adossement à un CHU, où il existe une culture et une logistique de moyens pour la recherche, lié au tryptique recherche, enseignement, soins est donc un élément facilitant, là où les établissements de santé en psychiatrie sont non CHU et majoritairement monodisciplinaires. La question de la légitimité et de la définition de cadre de travail représente, à mon avis, une difficulté commune deux secteurs d’activité. Par contre, je pense que les travaux menés actuellement en psychiatrie par les infirmiers sont plus de nature à réinterroger  la nécessité de repenser un peu l’épistémologie de la recherche infirmière et de porter un regard novateur sur la pertinence de l’épistémologie bio-médicale pour la recherche en soins infirmiers. En effet la référence aux méthodes quantitatives ne suffit plus lorsqu'il s'agit d'appréhender la situation de soin dans son épaisseur psychologique, interpersonnelle et sociale. La recherche qualitative ou mixte convient alors mieux pour appréhender ces dimensions. Non moins sérieuse, normée et scientifique, cette référence aux méthodologies qualitatives accompagne aujourd’hui nombre de dynamiques émergentes d’établissements.

Source Infirmiers.com