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Entretien : Les transmissions ciblées en psychiatrie, un éphémère nécessaire

le 22 novembre 2017

Les transmissions sont l’occasion d’un passage de relais entre deux équipes soignantes. C’est l’occasion d’un passage de témoin entre une équipe qui vient de passer du temps à entrer en relation avec un groupe de patients et une autre équipe qui s’apprête à le faire.

Mais que dire de la réalité de ces transmissions ? Comment le langage opère-t-il et produit-il, inévitablement, un écart entre ce qui est transmis et ce qui est reçu ? Maël Guillou, infirmier en psychiatrie à Dinan, en Bretagne, nous fait part de sa réflexion sur ce sujet épineux et sur cet irréductible décalage dont il est important, du moins, de prendre conscience.

En psychiatrie, les soignants constituent le témoin des événements qui se déroulent dans le service. Contrairement aux courses sportives en équipe où les témoins sont des bâtons inamovibles et identiques, quelle que soit l’équipe engagée, nous, soignants, sommes au contraire caractérisés par notre unicité (de perception, de temps passé auprès des patients, de notre sensibilité…).

Décalage inévitable du langage

Le moment des transmissions nous donne l’occasion de mettre en mots les maux que nous observons. Or nous n’observons bien que ce que nous avons appris à observer. De par notre formation, nos lectures, mais aussi de par notre expérience acquise sur le terrain. Ainsi, ce qui va avoir du sens pour nous, car cela rentre dans le champ de notre perception, peut sembler dénué de sens pour un autre soignant. Nous ressentons et observons de manière unique et donc nous retranscrivons de manière unique. Et une même phrase peut être interprétée de manière différente en fonction du soignant qui la lit et de son vécu auprès du patient concerné.

Il apparaît alors illusoire qu’un même message soit véhiculé et interprété avec le même sens que lui conférait celui qui l’a initialement écrit. Le langage est un système de codification de l’information, et les mots permettent de matérialiser l’impalpable, or dans le cas des soignants, notamment en psychiatrie, lors des transmissions, les mots viennent matérialiser des maux. Les théories du langage nous apprennent qu’entre ce que souhaite exprimer l’interlocuteur, sa façon de le faire, la façon de le lire, l’interprétation qu’on en fait, il y a de nombreuses chances (ici malchances) que le message compris ne soit pas le message initial. Cette réalité est également valable pour les transmissions infirmières.

Source infirmiers.com