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Entretien : "Prendre les usagers de drogue pour des fous ou des suicidaires est un contresens"

le 16 avril 2018

Dans leur ouvrage, les sociologues Anne Coppel et Michel Kokoreff retracent l’histoire de l’héroïne et de ses consommateurs en France. De la culture pop des années 60 à aujourd’hui, ils soulignent l’inefficacité de la répression, rappellent l’hécatombe invisible qu’elle a provoquée et pointent la prééminence actuelle des drogues de la performance et des stimulants.

Près de 700 pages pour révéler une histoire cachée, celle de l’héroïne en France, qui a pourtant provoqué une hécatombe d’au moins 50 000 morts. Dans la Catastrophe invisible, histoire sociale de l’héroïne (Editions Amsterdam), un groupe de chercheurs, réuni autour des sociologues Anne Coppel, Michel Kokoreff et Michel Peraldi, fait le récit de quarante ans d’héroïne en France. A travers le parcours de cette drogue, d’abord discrète dans les années 60, puis spectaculaire et portée par la culture pop des années 70 pour s’achever dans la répression et les ravages du sida dans les années 80 et 90, les chercheurs esquissent aussi une histoire du milieu punk, celle de la «dope» à Libé  ou de la «came» dans les cités, celle du mythe de la french connection,  ou du tournant sécuritaire. Libération  a interviewé Anne Coppel et Michel Kokoreff.

Dans cette histoire de l’héroïne, vous distinguez trois époques : la «découverte»  avec le temps des pionniers, de 1964 à 1974, puis la «bascule»  jusqu’en 1988, et enfin le «reflux»  avec la disparition actuelle.

Anne Coppel : Même si les premières découvertes de laboratoires de fabrication d’héroïne ont lieu en France en 1952-1953, ce sont les années 60 qui marquent le vrai début des drogues en France. Elles ont été portées par la culture pop qui va se diffuser dans tous les milieux, par une succession de vagues. L’héroïne, d’abord très minoritaire, se propage surtout à partir du milieu des années 70.

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