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Interview : Addictions. "Au Canada, on essaie de repérer les jeunes à risque"

le 17 novembre 2016

[Figaro] Patricia Conrod, docteur en psychopathologie à l’université de Montréal, a mis au point un programme pour détecter les traits de personnalité marquant un terrain à risque chez les adolescents.

Patricia Conrod, chercheuse en psychopathologie à l’université de Montréal, s’est spécialisée dans les facteurs de risque pouvant conduire à la toxicomanie. Elle a mis en place le programme Co-venture depuis plusieurs années, un dispositif destiné aux psychologues, conseillers d’orientation et professeurs pour identifier les adolescents susceptibles de développer des comportements addictifs.

Pouvez-vous expliquer en quoi consiste ce programme?

Co-Venture est un programme développé pour cibler les facteurs de risque de consommation précoce de substances addictives chez les jeunes de 13 et 14 ans. Cela fait une vingtaine d’années qu’avec des équipes de chercheurs principalement basés au Canada, en Europe et en Australie, nous recensons des études de neuropsychologie afin de nous aider à identifier des facteurs de risque. En faisant remplir un questionnaire de référence, le Substance Use Risk Profile Scale, à des volontaires, nous avons pu identifier quatre traits de personnalité «marqueurs»: la sensibilité à l’anxiété, le désespoir, la recherche de sensation forte et l’impulsivité. Le trait de personnalité prédominant chez l’adolescent nous informe sur le type de trouble mental auquel le jeune pourrait être exposé et sur les raisons qui pourraient le pousser à se tourner vers une substance pour affronter une difficulté - gérer son anxiété par exemple.

À partir de là, nous avons pu cibler ces facteurs chez des jeunes volontaires présentant ces traits lors d’ateliers de prévention dans lesquels leur sont proposés des exercices cognitifs comportementaux et des entretiens de motivation. Nous suivons ces adolescents sur 3 ans après qu’ils ont participé à deux ateliers de 90 minutes.

Comment intervenez-vous auprès des jeunes?

Dans une salle de classe typique, nous estimons que 45% de jeunes sont à risque. Durant les ateliers, où les jeunes sont regroupés en fonction de leur personnalité pour permettre une intervention la plus pertinente possible pour chaque individu, nous sensibilisons les jeunes à leurs traits de personnalité. Nous leur demandons de compléter un extrait du Substance Use Risk Profile Scal e et de calculer leur score, pour auto-évaluer à quel point ils se retrouvent dans le «marqueur» discuté. Nous leur apprenons quelles sont les motivations qui pourraient les pousser à se tourner vers une substance, la drogue entre autres. Nous évoquons aussi plusieurs scénarios décrits par d’autres jeunes dans des groupes de parole, afin de voir comment eux réagiraient dans cette même situation. De nombreuses études publiées dans des revues de psychologie et psychiatrie ont été faites et ont montré l’efficacité de ce programme: on observe notamment une réduction de 50% de consommation excessive de l’alcool, 30% de cannabis et 80% de cocaïne chez les adolescents sensibilisés.

Combien de centres ont mis ce programme en place en Europe?

Des essais ont eu lieu dans 32 écoles à Londres et 15 écoles aux Pays-Bas. Au total, 1116 élèves y ont pris part. D’autres essais sont en cours à Prague et en Australie sur une trentaine d’écoles.

Découvrez le programme Co-Venture

Source Figaro