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Interview : Le psychiatre du CHU de Nîmes nous parle de la dépression

le 4 novembre 2016

[Midi Libre] Savoir reconnaître les signes de cette maladie est indispensable pour la surmonter. Praticien hospitalier au service psychiatrie du CHU de Nîmes, Fabrice Jollant nous explique comment mieux l'appréhender.

On la surnomme “le mal du siècle”, mais la dépression était déjà décrite par Hippocrate au Ve siècle avant Jésus-Christ ! Ce trouble qui affecte plus de 10 % de la population - de l'adolescence au 3e âge -, dont deux femmes pour un homme, est une vraie maladie. Fabrice Jollant (Canada), praticien hospitalier au service psychiatrie du CHU de Nîmes, nous en parle à l'occasion de la Journée européenne de la dépression.

Quels sont les symptômes d'une personne dépressive ?

Une humeur triste, un manque de plaisir, un repli sur soi, une difficulté à se lever le matin, des idées de suicide... Mais contrairement à la déprime, la dépression majeure clinique est une vraie maladie qui se traduit par une incapacité à fonctionner. Elle a des conséquences négatives sérieuses sur la vie de la personne. Et nécessite le fait de consulter.

Les personnes qui en souffrent l'acceptent-elles facilement ?

Non, malheureusement. Les premières dépressions, qui sont souvent déclenchées par des problèmes personnels ou professionnels, sont attribuées à d'autres causes, comme la fatigue. Les proches entretiennent souvent la confusion.

Quels sont les traitements ?

Ils sont de deux types. La psychothérapie est aussi efficace que les médicaments pour la dépression légère à modérée. La pharmacothérapie prend le relais pour les plus importantes. Mais les antidépresseurs mettent quatre à six semaines à faire effet, et il faut en essayer d'autres dans 70 % des cas.

Et les anxiolytiques ?

Ils sont souvent prescrits par le médecin généraliste, qui traite la plupart des dépressions. Ils ont leur utilité, puisqu'ils soulagent et aident à dormir, mais ils ne traitent pas la dépression en tant que telle.

Un dépressif risque-t-il davantage de refaire une dépression ?

Oui, c'est une donnée récente. 75 % des personnes font une récidive de leur dépression. Il existe d'ailleurs des traitements préventifs.

La dépression est-elle plus fréquente à notre époque ?

C'est difficile à dire. Elle a toujours existé et n'est donc pas le fruit de l'époque moderne. Mais certains aspects de la vie d'aujourd'hui contribuent à la rendre plus fréquente. On sait qu'une bonne hygiène, un stress moindre et une absence de risques génétiques peuvent la rendre moins fréquente, mais il est toujours risqué de se livrer à des raccourcis...

La dépression est-elle de mieux en mieux reconnue ?

On en parle de plus en plus, et c'est nécessaire, car il y a beaucoup à faire en matière d'information. L'Organisation mondiale de la santé (OMS) considère que la moitié des gens qui souffrent de dépression ne sont pas diagnostiqués, et que la moitié des gens qui sont diagnostiqués ne reçoivent pas le traitement adapté. C'est pourtant essentiel.

Source Midi Libre