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Post de blog : La psychiatrie est-elle condamnée à un traitement médiatique négatif ?

le 16 mai 2017

[Le blog du Communicant 2.0] Pathologies psychiatriques et suicides sont régulièrement conviés à la une des médias et investissement même le domaine des réseaux sociaux. En dépit des efforts conduits par diverses associations et par les professionnels du secteur, le sujet de la santé mentale demeure empreint de clichés, voire de stigmatisation tenace dans leur traitement journalistique et la perception globale qui en découle. 

Doit-on dès lors se résoudre à ce que la santé psychologique soit systématiquement associée aux drames humains et parfois à un mimétisme ou une peur contagieux ? Lors des 10èmes rencontres de la communication hospitalière de la FHF à Montrouge le 28 juin dernier, un atelier débat a montré que rien n’est inéluctable pour peu que les parties prenantes sachent adapter mutuellement leur communication et dialoguer. Synthèse des idées clés.

Bien qu’il reste persuadé que la couverture médiatique de la psychiatrie et des maladies qu’elle prend en charge, peut malgré tout s’améliorer à l’avenir, le docteur Christian Muller ne verse pas dans la langue de bois pour s’indigner ouvertement du travail des journalistes lorsqu’il s’agit de couvrir l’actualité psychiatrique. Président de la Conférence des présidents de commission médicale d’établissement (CME) de centres hospitaliers spécialisés (CHS) en psychiatrie, il constate que la psychiatrie demeure toujours quasiment abordée sous l’angle des drames individuels et/ou de la peur que les pathologies mentales exercent dans l’opinion publique. Pour autant, un programme expérimental inédit baptisé Papageno associe actuellement étudiants en journalisme et internes en psychiatrie pour faire évoluer les regards et la restitution éditoriale du sujet du suicide. Avec déjà quelques résultats probants à la clé.

Le rejet est encore vivace

Si l’univers psychiatrique a longtemps engendré à la fois stigmatisation et discrimination aux yeux du Dr Christian Muller, son climax médiatique a été atteint lors du drame de Pau. Dans la nuit du 17 au 18 décembre 2004, une aide-soignante et une infirmière travaillant pour l’hôpital psychiatrique de la cité paloise sont retrouvées assassinées dans un des bâtiments. L’une des deux victimes a même été décapitée. Le criminel est arrêté quelques semaines plus tard par la police. Il s’avère être un patient déjà interné à plusieurs reprises pour schizophrénie dans cet établissement dont il s’est enfui la veille de commettre ses meurtres. L’affaire est hautement médiatisée et suscite un émoi considérable et des débats vifs sur la prise en charge des malades mentaux en France et l’échec des moyens alloués à ce secteur médical.

Le Dr Christian Muller se souvient encore de cet épisode marquant où les journalistes pénétraient librement sur le site et cherchaient frénétiquement des témoins, quitte à solliciter des voisins, des représentants des forces de l’ordre ou bien encore du personnel hospitalier encore sous le choc de l’horreur perpétrée. Pour lui, le traitement médiatique a constitué une véritable catastrophe en termes de perception de la psychiatrie au sein de la population : « Cela a réactivé encore plus intensément les mythes longtemps accolés à cette discipline médicale où les personnes désignées comme folles doivent être mises à l’écart, où même ceux qui ont pour fonction de soigner, sont souvent regardés comme des thérapeutes à part et même pour certains, aussi « fous » que leurs malades. Par leur vocabulaire, les médias ont contribué à encore plus ancrer ce regard stigmatisant et discriminant. On ne parle plus de personne souffrant de schizophrénie mais d’un schizophrène. L’humain est réduit à un diagnostic et une pathologie ».

Pourtant, des efforts ont déjà été consacrés depuis les années 90 pour tenter de faire évoluer les mentalités auprès du public. Sous l’impulsion de la World Psychiatric Association, un programme intitulé « Open the doors » avait été mis sur pied dans de nombreux pays avec comme objectif d’élever les connaissances du grand public à l’égard de cette discipline médicale (mais aussi sur la schizophrénie) et par ricochet, obtenir une compréhension plus apaisée de la maladie. Les résultats furent malheureusement à l’opposé des bénéfices escomptés. Selon Christian Muller, « on ne peut pas réduire la question de la maladie mentale à uniquement des campagnes d’information. C’est voué à l’échec. Le thème de la folie est quelque chose de très sensible et profond dans l’inconscient collectif. Une campagne ne touchera et convaincra que ceux qui ont déjà souffert eux-mêmes ou via des proches. Les autres resteront dans la crainte d’autant plus que les médias recourent à une sémantique et des amalgames sans cesse anxiogènes ».

Un phénomène irréversible ?

Face à la difficulté de modifier la réputation de l’univers psychiatrique, plusieurs associations de la région Nord-Pas-de-Calais ont récemment décidé de tester un dispositif original sur le thème également très sensible du suicide. Leur réflexion s’appuie sur un constat et une exhaustive bibliographie d’études médicales. Le suicide médiatisé et/ou rendu public à large échelle comporte des effets délétères qui peuvent conduire à une augmentation significative des suicides parmi la population. Cet effet s’appelle l’effet Werther, du nom du jeune personnage romanesque de l’écrivain allemand Johann Wolfgang von Goethe, qui se donna la mort suite à une violente déception amoureuse. A l’époque en 1774, la publication du roman entraîna une vague de suicides sans précédent en Europe. Un pareil effet a été scientifiquement observé en 1962 lorsque l’actrice Marylin Monroe mit fin à ses jours en absorbant une dose massive de barbituriques. Les médias du monde entier s’emparèrent de l’affaire. Dans les jours qui suivirent, la ville de Los Angeles observera une hausse de 40% du taux de suicide comme le précise Nathalie Pauwels, chargée du déploiement en France du programme Papageno et par ailleurs, responsable de la communication et des relations presse au sein de la Fédération régionale de recherche en psychiatrie et santé mentale (F2RSM) Nord – Pas de Calais.

Source Le blog du Communicant 2.0