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Post de blog : Petite histoire de la lobotomie

le 10 novembre 2017

Ou comment le médecin américain Walter Freeman a enfoncé une tige de métal dans le cerveau de milliers de patients sans leur ouvrir le crâne. 

En 2006, elle a été taxée de "pire méprise de l'histoire des sciences de l'esprit" au cours d'un débat public organisé par la Royal Institution, une grande société savante britannique. Jadis, l'idée semblait pourtant si bonne qu'elle a valu un prix Nobel à son inventeur. Le neurochirurgien portugais Antonio Egas Moniz, dont le visage ravagé par la goutte est longtemps apparu sur les billets de 10 000 Escudo, a remporté la prestigieuse récompense en 1949 pour avoir développé la "leucotomie".

Plus connue sous le nom de "lobotomie", un nouveau nom imaginé par les psychiatres américains, cette technique révolutionnaire a d'abord été perçue comme la première méthode capable de soulager la folie et la souffrance de patients considérées comme irrémédiablement dérangés, violents et psychotiques. Extrême mais efficace à sa manière, elle consistait à découper de petites parties du lobe frontal en enfonçant des instruments dans des trous pratiqués au sommet du crâne.

Décrite ainsi, la lobotomie semble atroce. Mais avant l'invention des antipsychotiques et des sédatifs, les psychiatres disposaient de peu d'options pour traiter les maladies mentales graves. Moniz pensait que les comportements obsessionnels, dépressifs et délirants étaient causés par une trop grande proximité entre certains circuits neuronaux, et que le problème pouvait être traité en taillant dans le tissu blanc, profond et "mou comme du beurre chaud" du cortex frontal.

Aujourd'hui, le mot "lobotomie" est synonyme de "boucherie". On perçoit l'opération qu'il désigne une comme une forme d'oppression neurologique que les médecins dégainent pour abrutir et immobiliser les malades et les remuants. Vol au-dessus d'un nid de coucou l'a rendue célèbre en la faisant passer pour une forme extrême de punition.

La vérité est plus complexe, comme toujours. La lobotomie a été considérée comme révolutionnaire par une grande partie du public pendant plusieurs années. Dans un article publié par le New York Times en 1937, le journaliste William Laurence la présente comme une "opération chirurgicale pour l'âme". Au total, près de 40 000 Américains ont été lobotomisés. Au plus fort de la mode, en 1949, ils ont été 5 000. La procédure était si populaire que des centaines d'individus se sont portés volontaires pour la subir une deuxième fois. Certains sont même passés trois fois sur le billard.

Jack-El Hai est l'auteur de The Lobotomist , une biographie de Walter Freeman, un médecin qui a pratiqué 3 500 lobotomies et fait la promotion active de la procédure tout autour du monde. Il explique : "La plupart des gens ne connaissent pas ce chapitre de notre histoire parce qu'il est laid. Et aussi, pour être honnête, parce que les psychiatres ont tout intérêt à ce que le public n'en sache pas à trop à son sujet ." 

Walter Freedman a révélé les détails de sa "lobotomie préfrontale" dans un papier publié en 1942 par le Bulletin of the New York Academy of Medicine . En bon fan numéro un d'Antonio Egas Moniz, il s'était acharné à réinventer sa procédure : grâce à sa méthode, il était désormais possible d'accéder au cerveau par le dessous plutôt que par un trou foré sur le dessus du crâne. Après tout, pourquoi s'embêter avec une intervention coûteuse, intrusive et dangereuse lorsqu'on peut obtenir le même résultat en dix minutes en optant pour une tactique différente ? 

Source Mother Board