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Radio : Quel représentation du handicap psychique dans les médias ?

le 2 juin 2017

Vivre FM (93.9) accueille Matthieu de Vilmorin (association Schizo ? Oui !) pour l'émission "L'invité de la rédaction", dont le thème est : "Le regard des médias sur le handicap psychique".

Découvrez également l'article de la revue Construite (n°75) d'avril 2017 publié par l'UNAFAM 78 :

Plusieurs d'entre nous ont été captivés par le témoignage de Matthieu de Vilmorin lors du forum « Rétablissement en santé mentale » en Mars 2016. A la suite de cette intervention, Matthieu a été beaucoup sollicité par les médias :

Pouvez-vous dire pour nos lecteurs l'essentiel de votre itinéraire ?

Jeune homme, je pressentais des problèmes. J'ai voulu partir au Brésil pour les laisser derrière moi. Les problèmes m'y ont rejoint. J'ai vécu en moi la violence des contrastes entre le goût de la fête et le spectacle de mendiants, les écarts extrêmes de conditions de vie entre blancs et noirs. J'ai senti une montée en puissance de vitalité, très agréable, avec l'envie de sauver le Monde. Mais cela s’est soldé par une crise de délire à caractère mystique, qui m’a conduit à l’Hôpital Pinel de Rio de Janeiro. Bénéficiant d'appuis familiaux, j'ai pu rentrer en France pour y être hospitalisé dans des conditions de qualité de soins que je pouvais attendre d’un pays comme le nôtre.

Commence alors tout un parcours de plus de trente ans vers le rétablissement.

Long parcours, en effet, douloureux car marqué par des rechutes. D'abord sans Reconnaissance Qualité de Travailleur Handicapé, tant bien que mal, puis l’orientation vers une formation en Centre de réadaptation professionnelle : 15 mois pour devenir agent d’entretien des bâtiments, dans le milieu ordinaire. J’ai donc travaillé de mes mains dans une Fondation. Le travail manuel me remettait les pieds sur terre, bien collés à la réalité.

Comment repartez-vous après les rechutes ?

Les rechutes me faisaient repasser par la case Hôpital, en sécurité, puis une fois remis sur pieds, il fallait tout recommencer : restaurer l’estime de soi, combattre les effets secondaires des médicaments, (par exemple un raisonnement intellectuel, toujours fin, plus lent à se concrétiser en action), essayer de ne pas trop manger, puis surtout trouver du travail, quel qu’il soit. J’ai exercé des métiers nombreux et très différents : assistant aux tournages de films vidéo, coursier, chauffeur en voiture de location, vendeur et commis en librairie. Il fallait trouver tout ce qui faisait un peu de bien et continuer d’avancer. Surtout ne pas s’apitoyer sur soimême : Oui, c’est dur, c’est ton lot, alors bouge-toi et tu verras bien ! Et on vit au jour le jour, puis les jours « avec » s’additionnent et les jours « sans » se font plus rares ! Puis, en formation continue, j’ai obtenu un titre professionnel de formateur d’adultes dans l’insertion professionnelle, où il faut bien définir les limites de la relation d’aide. J’ai dû cesser ces activités, notamment celle d’écoutant à la permanence téléphonique de Schizo ? Oui ! , car toute cette souffrance réveillait mes anciennes failles. Enfin, après ma dernière rechute de fin 2012, en Esat, j’ai travaillé comme agent de saisie informatique dans une entreprise du milieu ordinaire via la mission handicap de cette importante structure.

Et maintenant ?

Je suis nettement plus serein qu’avant. Je prendrai des médicaments pour le reste de mes jours. Je ne suis pas le seul dans ce cas là ! Je continuerai d’être suivi, il s’agit de rester vigilant ! J’ai appris à vivre avec ce que je nomme « schizophrénie douce », car ce syndrome peut s’avérer bien plus destructeur et bien plus lourd à porter pour certains de ceux qui en souffrent et pour leurs proches. Je suis à l’heure actuelle titulaire d’une pension d’invalidité J’ai un ange gardien : mon épouse. Je vais pouvoir consacrer mon temps à l’écriture. La création concourt au rétablissement car elle permet de se projeter dans l’avenir. J’écris, mais ceux qui composent de la musique me fascinent. Finalement, la maladie psychique dont je souffre, c'est un excès de sensibilité. Le rétablissement, c’est transformer cette faiblesse en une richesse ! Je n’oublie pas que je reviens de très loin ! Je ne souhaite à personne ni même à mon pire ennemi, de passer par là où je suis passé !

Un livre vous a valu une série de demandes d'intervention en 2016

Le petit ouvrage intitulé Fous & Folles paru en 2012 m'a permis de témoigner de mon parcours de patient stabilisé à patient rétabli. Ce n’est pas l’auteur mais le témoin qui s’exprime. Malgré mon aisance apparente, il n’est pas facile de parler de ce parcours douloureux. Je l’ai fait à maintes reprises en 2016 et je crois avoir été utile : ceux qui m’ont entendu se sont reconnus dans mes paroles. Des personnes connues ou non, m’ont remercié, félicité de venir témoigner, encouragé à poursuivre. C'est mon trésor, plus qu'un « retour sur investissement ». Il n’est pas donné à tout le monde d’être appelé « Donneur d’espoir ». C’est pour moi un grand honneur de l’avoir entendu à mon propos ! Heureusement que j’ai ma femme pour me dire de ne pas me gonfler d’orgueil ! Je peux réaffirmer ici, comme je l’ai fait au forum de la Villette en 2016, grâce à tout ce parcours : La vie est belle et vaut la peine d’être vécue !

En conclusion, qu'est ce que le rétablissement pour vous ?

Le rétablissement advient au terme de tout un parcours. Il existe en France, énormément d’éléments utiles à celui qui se retrouve pris dans l’étau de la maladie psychique : le système de soins et les équipes soignantes, les molécules et leur dosage, les associations d’aides, les familles bienveillantes, les amis fidèles. Il existe aussi de nombreuses aides à l’insertion : Pôle Emploi, emplois protégés contre l’exclusion grâce à l’activité économique pour les personnes en situation de grande précarité, le logement, les structures d’accueil ou intermédiaires qui permettent de souffler, les rencontres et les personnes qui savent vous écouter mais aussi vous bousculer, si je puis dire, pour vous remettre en mouvement ! C’est comme un jeu de construction tel que le Lego ou le Meccano de mon enfance ! Il faut du temps retrouver le mouvement, bouger le corps et l'esprit alourdis. Que le patient avance de deux pas et qu’il recule d’un, il aura néanmoins fait un pas !

Ecoutez le podcast sur Vivre FM