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Témoignage : 1m58, 35 kilos - j'étais anorexique de mes trois ans à mes 19 ans

le 21 octobre 2016

[Vice] 2,4 kilos pour 47 centimètres. Ça, c'était moi à la naissance. De bébé prématuré, je suis devenue une enfant anorexique. Ça a foutu une partie de ma vie en l'air. Celle de mes parents aussi, d'ailleurs. À l'époque, l'anorexie infantile était méconnue. Un tel mal touchait surtout des adolescents. Ma famille ne se doutait donc de rien. Gamine en apparence normale, je passais mes journées à jouer à la poupée. Malheureusement, quand il s'agissait de nourriture, il n'y avait pas « cliente » plus difficile.

Mon alimentation n'a jamais été équilibrée. Je trichais même au nez et à la barbe de mes parents. Ils ne s'en rendaient pas compte. Dès qu'ils avaient le dos tourné, Max, mon chien, recevait quelque chose à manger. S'il n'était pas dans le coin, c'est mon frère Loïc* qui en profitait. Mes parents ont fini par comprendre que je ne mangeais pas normalement . Ils étaient inquiets. Le jour de mes trois ans, je mesurais 83 centimètres et pesais 12 kilos – les valeurs moyennes étant 14 kilos pour 94 centimètres.

Mon anorexie débutait. En parallèle, j'étais victime de maux de tête persistants. Mes géniteurs m'ont logiquement conduite chez mon médecin, qui s'est attardé sur ma maigreur. Il m'a prescrit un complément alimentaire ainsi qu'un médicament censé aiguiser mon appétit. Le problème, c'est qu'il ne s'est pas arrêté là. Il n'a pas manqué de rejeter la faute sur mes parents. D'après lui, mon refus de m'alimenter n'était qu'un caprice. À l'entendre, mes parents devaient serrer la vis et m'obliger à manger, coûte que coûte.

Les dîners ressemblaient de plus en plus à des corvées – le simple fait de manger en était une. Quand ma mère ou mon père insistait pour que je bouffe, ma réponse était souvent la même : « Non. » De temps en temps, il m'arrivait de céder s'il y avait du poisson ou de la purée. Le matin et le midi, en revanche, j'étais tranquille. Je n'étais pas persécutée. De ma propre initiative, je buvais parfois un bol de lait avec du cacao.

Mes parents suivaient les conseils du médecin, en vain. Ils espéraient une amélioration, qui n'est pas venue. À l'âge de cinq ans, je pesais 12,6 kilos. Ma maigreur était visible. Je ne terminais toujours pas mon assiette, surtout si j'y étais obligée – ce qui arrivait de moins en moins régulièrement. Je ne mangeais que des bâtonnets de surimi, du thon, des morceaux de fromage ou de saucisson. Je détestais le steak haché par-dessus tout. Le deuxième médecin consulté a d'ailleurs donné raison à mes parents. Il les a poussés à continuer sur cette voie, à répondre à mes désirs alimentaires, sans me brusquer.

Ce calme apparent a duré deux ans. Pour je ne sais quelle raison, mes parents sont revenus à la charge à mes sept ans. Ils ont essayé, du moins. Lors des repas, mon père restait à proximité, il me surveillait. Il allait jusqu'à compter le nombre de fois que je mâchais. Quand les aliments étaient tendres, comme le poisson et la purée, c'était facile. Malheureusement, quand il s'agissait de bouffe plus coriace, je ne parvenais pas à mastiquer et entassais les aliments dans un coin de ma bouche. Au bout d'un moment, je n'arrivais plus à avaler quoi que ce soit. Face à mon état, mes parents étaient à court d'idées. Mon père, désemparé, n'acceptait pas mon anorexie. Très protecteur, il voulait que sa « petite fille » soit en bonne santé et refusait d'admettre que j'étais malade.

Durant toutes ces années, il y eut des hauts et des bas. Jusqu'à mes quatorze ans, il m'est arrivé de me sentir bien dans ma peau, sans doute grâce à l'aide constante de professionnels. À 12 ans, j'ai consulté un psychologue – c'était une première. Il a rapidement contredit mes deux médecins, qui affirmaient que mon trouble alimentaire n'était pas d'ordre psychologique. D'après lui, ma maladie était une réaction à la naissance de mon frère, dix-huit mois après la mienne.

Source Vice