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Témoignage : Ce que ça fait d’être atteint de dysthymie

le 29 septembre 2017

Que faire lorsque les descentes sont interminables et que le club est votre seule échappatoire ?

N'importe quel fêtard a déjà connu un coup de mou après une grosse soirée. Parfois, il peut se traduire par une mauvaise humeur ou une gueule de bois, d'autres fois par de la tristesse. Certaines personnes qualifient cela de « déprime post-soirée ». Des amis bien intentionnés vous diront que ce sentiment finira par disparaître – d'autres vous conseilleront d'arrêter de sortir. Mais que se passe-t-il quand ce sentiment perdure ? Que se passe-t-il quand vous ne pouvez même pas en parler car rien ne semble l'avoir provoqué ? Que se passe-t-il quand vous faites une dépression et que le club est votre seule échappatoire ?

La dépression est chose commune et près de 350 millions de gens en souffrent à travers le monde. En termes cliniques, mon cas est appelé la dysthymie, ce qui, selon Wikipedia, est « un trouble de l'humeur chronique impliquant un spectre dépressif. Elle est considérée en tant que dépression chronique, mais moins sévère qu'une dépression clinique. » Étant donné que les symptômes de la dysthymie sont moins intenses que la dépression classique – qui survient souvent par épisodes – certaines personnes en souffrent pendant des années avant d'obtenir un diagnostic. J'étais l'une de ces personnes. Mes symptômes ont été facilement attribués à diverses facettes de ma personnalité : j'étais extrêmement sensible, pessimiste et négatif, et ce, depuis l'enfance. Certains enfants avançaient dans la vie avec une grande facilité ; ce n'était pas mon cas.

Mes amis ne m'étaient pas d'une grande aide, et les platitudes habituelles – telles que « ça arrive à tout le monde » – me faisaient souvent me sentir encore plus mal. J'ai commencé à me mettre une pression insensée. À la fac, même mes bonnes notes ne suffisaient pas à satisfaire ma petite voix intérieure. Je me suis tourné vers l'alcool pour évacuer. Mais une consommation excessive d'alcool entraîne de l'agressivité, une dépression nerveuse et des sanglots interminables. Le lendemain d'une cuite, j'avais honte de mon comportement de la veille et entamais un nouveau cycle de haine de moi-même et d'autocritique. Je faisais mes études dans une petite ville, avant d'être transféré dans une université de Berlin, l'épicentre de la culture club.

La ville a nourri ma prédisposition à l'autodestruction. Il m'arrivait de passer des jours entiers dans un état second qui me laissait une sensation plus agréable que lorsque j'étais dans mon état habituel et oppressif. J'ai très vite commencé à prendre de la drogue. Je n'en prenais pas en permanence, mais quand je le faisais, je me sentais plus fort et plus positif. Vous voyez peut-être de quoi je veux parler : avec la drogue, vous n'êtes pas vous-même, et en même temps, vous l'êtes complètement. Durant ces heures de défonce, mes mécanismes mentaux pesants et handicapants semblaient éteints.

Après avoir pris de la MDMA pour la première fois, je me suis rendu compte que mes anciennes façons de penser étaient revenues et étaient encore plus intenses qu'auparavant. Mes amis les plus proches ont attribué ces sentiments à la drogue, qui, comme la science l'a prouvé, fait baisser vos niveaux de sérotonine. Je pensais que ça allait passer et qu'après quelques jours, j'allais redevenir moi-même. Sauf qu'être moi-même voulait dire être dépressif.

J'ai commencé à consommer de la MDMA régulièrement et, dès que le lundi approchait, je pensais déjà au week-end suivant. Je sortais tout le temps, je prenais de la drogue et je me sentais bien pendant un court laps de temps, seulement pour être d'autant plus déprimé le jour suivant. Il y a eu de longues périodes lors desquelles je n'arrivais pas à sortir du lit. À tel point que je ne suivais plus que les cours programmés en fin de semaine. J'ai continué à vivre comme ça car je pensais que l'état dans lequel je me trouvais était ce qui se rapprochait le plus du bonheur. Un jour, alors que je me trouvais sur la piste de danse, une femme s'est tournée vers moi et m'a dit : « Tu es tellement heureux. Je n'ai jamais vu quelqu'un qui a l'air aussi heureux. » Elle est restée devant moi à me regarder pendant un petit moment pendant que son copain la tirait par le bras, avant de s'éloigner avec lui.

Au fil du temps, les effets positifs de la fête se sont estompés et les crises de nerfs se sont accumulées. Les phases d'euphorie donnaient lieu à des coups de blues – des débordements émotionnels qui faisaient ressurgir des souvenirs d'enfance refoulés. Il m'était de plus en plus difficile de quitter la fête par peur de la redescente. Un jour, j'ai passé une nuit entière au Club der Visionäre, suivie d'une halte dans le pinacle du clubbing hédoniste : le Berghain. Là-bas, les videurs m'ont conseillé – ce n'est pas une blague – de rentrer chez moi et de dormir quelques heures. Après, seulement, ils me laisseraient entrer. J'ai obtempéré et me suis retrouvé à boire des bières sur un canapé qui se trouvait derrière le club. J'y ai rencontré un sans-abri qui m'a raconté sa vie – sa fille, qu'il n'avait pas vue depuis cinq ans, lui manquait beaucoup. À ce moment-là, je me suis demandé comment je pouvais me plaindre de ma propre situation. Avant de partir, je lui ai proposé dix euros : cinq pour de l'alcool, cinq autres pour un coup de fil à sa fille. Il a accepté mon offre.

Source Vice