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Témoignage : Les ateliers culturels m'ont permis de mettre des mots sur mes maux

le 10 janvier 2017

[Ouest France] Magali* est une des huit participants aux ateliers culturels du centre médico-psychologique (CMP) ayant donné naissance à Gratter la lumière , une exposition à découvrir en janvier à l'ÉPI Condorcet. Savoir que Gratter la lumière va être vue par les habitants de la commune m'angoisse et me réjouit à la fois. J'ai peur d'être identifiée et stigmatisée car la maladie psychique effraie.

Mais je suis contente de montrer cette réalisation artistique et d'être reconnue comme un des participants. C'est une manière de prouver que, même fragilisés, nous avons de belles choses à offrir. C'est aussi renouer avec une forme d'activisme. J'étais militante politique pendant vingt ans. Ce furent des années riches même si elles sont en partie responsables de la maladie.

La pression professionnelle et bénévole m'a épuisée psychologiquement. En 2013, j'ai eu une grave crise de schizophrénie. Ma vie a basculé. Je n'avais plus le courage de me lever. J'ai perdu mes relations sociales, mon goût d'écrire et de me cultiver. Moi qui étais très active et ouverte au monde, je me suis isolée de la réalité. Je n'avais plus de but.

Dans le cadre du suivi thérapeutique au CMP, mis en place à la sortie de l'hôpital, j'ai intégré l'atelier culturel animé par Alexandre Koutchevsky, auteur et metteur en scène. Ce fut un déclic. Rapidement, le goût d'écrire est revenu. Cela m'a poussé à reprendre, en 2015 et en auditeur libre, des études d'histoire, option littérature.

Je suis aussi inscrite à l'atelier d'anglais de L'Autre regard, une association rennaise accueillant des personnes en situation de handicap psychique. Notre première oeuvre commune a été l'édition d'un petit recueil des textes composés par le groupe. En 2016, Richard Louvet, artiste-photographe et graphiste, nous a rejoints. Je n'appréciais pas l'idée d'être prise en photo. Je ne m'aime pas assez pour ça.

Mais au contraire, allier écriture et images a modernisé notre travail, lui a donné un autre souffle. Prendre des photos nous a incités à faire des sorties, à découvrir la ville et ses environs et même à faire des ateliers théâtre à l'Aire libre. D'une certaine manière, nous écrivions, chacun à notre façon, un petit morceau d'histoire. La nôtre mais aussi le chemin que nous parcourions avec l'équipe thérapeutique, notre lutte contre la maladie psychologique.

Ce travail a donné un autre sens à mon existence. Il a comblé un manque et m'a permis de mettre des mots sur mes maux. J'espère que l'exposition permettra à chacun de comprendre notre vécu. Pour ma part elle m'a permis d'ouvrir mon esprit, d'être plus tolérante aux autres. J'ai envie de repenser mon avenir professionnel. J'aimerais devenir animatrice à L'Autre regard. »

Source Ouest France