Vous êtes dans : Accueil > Actualités > Paroles de... > Témoignage : Les mots d'Emilie, victime de harcèlement

Témoignage : Les mots d'Emilie, victime de harcèlement

le 3 avril 2017

[Le Nouvel Obs] Après avoir diffusé le récit de son calvaire, les proches d’Emilie, qui a mis fin à ses jours à 17 ans, publient un recueil de textes. Dans l’espoir d’aider enfants, parents et enseignants à mieux appréhender le problème du harcèlement.

Les après-midis sans fin à jouer aux Polly Pocket. Les réveils à l’aube, les matins de Noël, et l’interminable attente jusqu'au moment où l'on peut, enfin, descendre ouvrir les cadeaux. Les crêpes avec maman. Les parties de Uno avec papa. Les chamailleries. Dans un des textes, bouleversant, du recueil "Rester fort"*, à paraître ce jeudi, Laura s’adresse à sa sœur cadette Emilie avec tendresse. Via autant de souvenirs d'enfance et d’insouciance. Et d’autres, bien plus difficiles. Comme son incompréhension quand Emilie veut arrêter l’école. Ou son sentiment de culpabilité face à la détresse de sa sœur. Avant le jour où tout bascule.

Le 19 décembre 2015, Emilie, 17 ans, saute du balcon. La brillante lycéenne n'y survit pas. Quelques mois plus tôt, elle a précisément raconté, dans un texte nommé "June", son calvaire quotidien au collège privé Notre-Dame-de-la-Paix, à Lille. Les récrés planquée aux toilettes. L’épreuve de la pause déjeuner. Celle du trajet pour rejoindre sa classe où elle doit "esquiver les coups, les croche-pieds et les crachats" et faire abstraction des moqueries, insultes et autres méchancetés. Le chewing-gum dans les cheveux. Les manuels scolaires chipés. Les bretelles du cartable coupées. Les livres, ses "seuls amis", ses "trésors", son refuge. Et cette promesse, faite à elle-même, de ne surtout rien dire à personne.

"Ce journal parle vraiment aux gens"

En septembre dernier, ses parents, qui l'ont découvert après la mort de leur fille, décident de publier ce récit qu'Emilie a notamment dédié à "ceux qui subissent la vie, ceux qui luttent".

"Restez forts, battez-vous, on finit par s'en sortir", a-t-elle ajouté dans sa dédicace.

Il "explique parfaitement le phénomène" du harcèlement scolaire, "ce journal parle vraiment aux gens", nous avait indiqué son père Ian, écrivain, que nous avions rencontré. Au collège, Emilie prend sur elle, tient bon jusqu’à un matin de troisième où elle craque, raconte tout et n'y retourne plus jamais. Elle intègre ensuite deux lycées lillois, mais la jeune fille, qui souffre de dépression, ne s'en sort pas. Pour son père, le harcèlement scolaire "a largement contribué à ses problèmes".

Quelques semaines après le décès de leur fille, le père et la mère d'Emilie ont porté plainte contre le collège et contre X. "Certains professeurs savaient" ce que subissait leur fille et n'ont "pas pris leurs responsabilités", dénonçaient-ils alors auprès de "la Voix du Nord". En début d'année, le parquet de Lille a ouvert une information judiciaire, "afin d'instruire sur les conditions de vie de l'enfant à l'école dans les mois qui ont précédé sa déscolarisation", nous précise-t-il sans plus de détails, ajoutant seulement, en début de semaine, que les auditions allaient débuter.

Si le récit d'Emilie, "June", constitue le cœur du recueil "Rester fort", d'autres textes et poèmes écrits par ses sœurs et ses parents le complètent. "Nous voulions que la voix d'Emilie porte", "comprendre ce qu'elle avait vécu, aussi bien du point de vue du harcèlement scolaire que de la dépression clinique", y écrivent-ils en préambule. Ou encore :

"Si cet ouvrage arrive à faire comprendre à certains enseignants que la réputation de leur établissement ne repose pas uniquement sur le nombre de mentions au bac, mais aussi sur leur capacité à respecter leurs élèves, et aussi à inciter ces élèves à se respecter les uns les autres, il aura servi à quelque chose."

"Si ce livre peut sauver quelques vies"

L'objectif de ce recueil, similaire à celui à qui a motivé la publication initiale du journal, est "multiple et simple", nous explique aussi son père :

"Faire parler de plusieurs problèmes. Le harcèlement scolaire, mais aussi la dépression chez les jeunes, ou comment gérer un drame comme un suicide dans une famille sans que cela devienne un sujet tabou, et, enfin, encore, aider tout le monde à en parler."

Source Le Nouvel Obs