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Témoignage : Pour faire simple, "je souffre de troubles mentaux"

le 12 octobre 2016

[Huffington Post] Ce n'est pas un état passager. Je suis dépressif. Au cours d'un dîner avec des amis récemment, nous avons commencé à parler des troubles mentaux et de la façon de les soigner. Chacun de nous avait été confronté à des épisodes dépressifs et des crises d'anxiété, mais nos avis divergeaient totalement sur les traitements disponibles, et notamment les antidépresseurs.

"Très peu pour moi", a dit l'un.

"Moi, j'en prendrais, mais seulement pour remonter la pente", a poursuivi l'autre.

Pour moi, c'était l'inverse: j'ai toujours pris des antidépresseurs, même si c'était par période. Il y a presque trois ans, j'ai décidé de suivre un traitement régulier, et ma vie a complètement changé. Je ne compte plus arrêter.

Les conversations de ce type ne sont pas rares. Dès qu'on parle de santé mentale, les avis sont souvent tranchés et incompatibles.

Je comprends que les antidépresseurs ne conviennent pas à tout le monde. Beaucoup de gens ont la chance de ne pas souffrir de troubles mentaux, et peu de ceux qui en sont affectés choisiraient spontanément un traitement médicamenteux.

En ce qui me concerne, les médicaments ne sont que l'une des facettes d'un traitement qui m'évite de succomber aux affres de la dépression clinique, cette dépression qui menace en permanence de perturber mon équilibre instable.

Je n'ai pas oublié ce que je ressentais quand j'allais mal.

J'ai l'impression d'avoir toujours ressenti une tristesse obsédante, un mal-être omniprésent qui semblait profondément ancré en moi. Évidemment, il y avait des moments où la dépression se faisait moins sentir, mais elle était toujours présente.

Les épisodes particulièrement intenses m'évoquent un brouillard épais qui coulait dans mes veines et s'insinuait jusque dans mes os. Je me sentais accablé, pris au piège, l'otage de mon propre esprit.

Je me souviens de jours, de semaines, de mois où j'avais l'impression qu'une vitre de plexiglas me séparait des autres. Je voyais ce qui se passait et j'arrivais (à peu près) à garder le rythme, mais tout était flou, étouffé. La dépression la plus grave ne vous rend pas triste. Elle suscite un sentiment d'engourdissement, d'apathie, de désespoir. Quand vous tombez là-dedans, vous voyez tout en noir.

Même si je sentais sa présence en permanence, ma dépression n'était pas toujours détectable. De manière presque obsessionnelle, je me forçais à être le meilleur.

J'étais le premier de la classe au lycée, délégué, j'avais plein de copains. J'ai fait mes études à Brown University. J'ai occupé différent postes, et j'ai toujours fait preuve de professionnalisme.

Je ne corresponds peut-être pas à l'idée que les gens se font des personnes qui souffrent de troubles mentaux. Il n'y a pourtant aucun doute là-dessus: j'ai une maladie mentale.

Je répète: j'ai une maladie mentale.

Je ne suis pas triste. Ce n'est pas un état passager. Je suis dépressif. Même s'il m'arrive d'être heureux, même si j'atteins tous mes objectifs, je sais que je serai toujours en dépression. Ce n'est pas du défaitisme. Je suis simplement pragmatique. Je peux gérer ma dépression. Si je prends des antidépresseurs, si je suis une thérapie, si je fais du sport et si j'évite de boire ou de prendre de la drogue, je suis non seulement capable de fonctionner mais aussi de m'épanouir.

Source Huffington Post