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Témoignage : "Vivre sans traitement", Alain Karinthi

le 1 février 2017

[Blog Comme des Fous] Petit témoignage concernant le traitement obligatoire et à vie quand on porte un trouble psychique sévère, schizophrénie, bipolarité de forme 1 (ou maniaco-dépression) et sur la question de la rémission ou du rétablissement

Peut on vivre une rémission totale de ces troubles?

Ces personnes, dont je suis, vivent une rémission avec une vigilance à maintenir, oui, mais alors cette rémission est elle une rémission partielle?

Non, nous vivons une rémission tout court…

Une vigilance à maintenir oui, mais comporte-t-elle forcément un traitement médicamenteux psychotrope puissant? NON!

Je suis étonné de voir à quel point la question de l obligation de la médication, et même de la médication à vie, est tranchée de façon nette par la positive… Et par une écrasante majorité des soignants et des proches…

Nous sommes beaucoup pour qui le chemin du rétablissement a apporté une stabilité de vie et notamment au niveau des symptômes nous permettant de vivre sans traitement…

C est mon cas, je vis sans traitement et je ne suis pas opposé aux traitements, ils m’ont permis de construire, de travailler sur moi et je m’en passe aujourd’hui…

Je dois dire que si j’ai réussi ce chemin, c’est en grande partie parce que je n’ai pas eu à le faire seul, que je n’ai pas eu, après avoir découvert le rétablissement et travaillé comme pair-aidant ou médiateur de santé pair, comme nous sommes appelés, à le cacher ou à subir la crainte de mon entourage.

Avant cela, j’avais arrêté les traitements entre 20 et 30 ans à plusieurs reprises, seul, en le cachant, et souffrant du manque de neuroleptiques, terriblement, et ce furent des échecs…
J’ai vécu cinq périodes d’hospitalisation sous contrainte entre 19 et 30 ans, recouvrant en tout sept ou huit mesures.

Nous sommes nombreux à devoir taire notre réalité de vie car l’avis de nos proches est si tranché sur cette question, comme l’avis de la société, ou l’avis de la majorité des médecins ou infirmiers et autres soignants, que leur angoisse si ils savent est tellement dure à supporter qu’elle nous hante, nous habite, et même si notre choix leur est inconnu.

Nous avons besoin d’être soutenus, supportés, de sentir que l’on croit en nous.

Qu’il est dur de garder l’espoir quand même nos proches ne croient pas en nous !

Comment assumer nos envies et travailler à construire nos vies quand, si nos espoirs et volontés dépassent le cadre limité (très limité) de l’idée reçue sur nos possibles, si ils dépassent ce qui est considéré comme possible pour une personne atteinte de troubles psychiques sévères, un « psychotique », alors cette attitude est considérée comme un symptôme, ou comme une attitude annonçant la rechute ou encore une preuve de déni?

J’ai bénéficié du soutien de mes pairs avant que ma famille, face à l’évidence de mon processus de rétablissement en cours, ne refasse confiance en mes possibles…

Je ne vis pas une histoire exceptionnelle: OUI j ai été diagnostiqué psychotique, d’abord schizo-affectif puis maniaco-dépressif de forme très sévère et traité avec force traitements.

OUI, comme mes pairs, j’ai vécu l’internement sous contrainte, l’isolement, la contention et les injections intramusculaires forcées.

Oui, comme eux, j ai pris du poids, beaucoup de poids, plus de 110 kilos quand je n’en faisais que 65 à 19 ans…

Aujourd’hui, j’ai une vie de citoyen actif, avec des activités professionnelles et des engagements associatifs, et dans ce qui me passionne:

Avec des amis, j’ai fondé une association développant une zone de chill out (zone de relaxation) de création artistique et d’art du cirque (jonglerie enflammée notamment) ainsi que de réduction des risques liés aux consommations, tout cela en milieu festif (festival de musique, électronique en majorité et conventions de jonglerie aussi).

Source Blog Comme des Fous