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Témoignage photographique : La Maladie de l’âme

le 17 mars 2017

[Vice] « J’ai toujours fait semblant de ne pas être déprimée, au lieu d'essayer de parvenir à vivre avec la dépression », explique Jackie Dives, qui a photographié sa maladie.

La maladie mentale a réussi à s'ancrer dans notre culture et nos conversations. Pourtant, trouver une photo qui réussit à illustrer de façon précise un concept aussi compliqué que la dépression semble aussi ardu qu'y trouver le remède.

Afin d'illustrer le sujet, nombreux sont les médias qui ont – par exemple – utilisé des photos qui représentent des larmes de maquillage ou des boites de pilules. Pourtant, ces images sont loin de réussir à illustrer les batailles internes quotidiennes qui conduisent à ces situations.

Jackie Dives, photographe de Vancouver, présentera prochainement une exposition consacrée à son propre combat contre l'anxiété et la dépression quand elle était adolescente. Par ce projet, elle a tenté de représenter ce qui disparait systématiquement à travers le filtre d'un appareil photo. Elle a ainsi récemment fait développer pour la première fois de vieux rouleaux de films auxquels elle n'osait pas toucher.

Dives affirme que plusieurs décennies lui ont été nécessaires afin de réussir à trouver le courage pour se confronter à ces vieilles photos et à cette période de sa vie. « J'ai toujours ressenti quelque chose de très profond au sujet de ces images, explique-t-elle. Je n'avais aucune idée de ce qui se trouvait sur ces films, mais j'avais le sentiment qu'elles étaient comme des pièces manquantes de ma carrière. »

On pourrait considérer le résultat comme une métaphore de la maladie mentale – quelque chose qui, par nature, reste invisible et difficile à partager. Même quand les apparences semblent joyeuses, Dives suggère qu'il serait peu raisonnable de faire comme si la dépression avait disparu.

« Si aucune photo isolée de tout contexte dépeint véritablement l'anxiété ou la dépression, en tant que leur auteur, j'ai conscience de l'histoire qu'il y a derrière, dit-elle. J'ai toujours fait semblant de ne pas être déprimée, au lieu d'essayer de parvenir à vivre avec la dépression. »

« Une photo montre ma voiture sur le parking d'un motel. Elle a été prise durant la nuit. Ce même soir, j'ai montré à mon amie Claire mes poignets scarifiés la veille. Quand je la regarde, j'y pense automatiquement, mais il faut l'expliquer. »

Dives compare ces images et leur histoire à la thérapie comportementale et cognitive. « [Développer ces images] et les exposer m'a permis de ressentir un énorme sentiment de libération. J'aurais pu les développer et les garder pour moi, mais j'estime que je dois les montrer aux autres. »

Source Vice