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Tribune : « Nous ne voulons pas voir que les enfants peuvent avoir des problèmes psychiatriques »

le 24 mars 2017

Dans une tribune au « Monde », le professeur Bruno Falissard estime que le refus d’accepter que les enfants puissent être atteints de véritables maladies mentales menace la pédopsychiatrie.

Par Bruno Falissard, pédopsychiatre, professeur de biostatistique à la faculté de médecine Paris-Sud, directeur de l’unité Inserm santé mentale et santé publique

TRIBUNE. Si je suis élu en 2012, je veux faire des problèmes des jeunes ma priorité. » Le candidat Hollande avait bien raison, en 2011, de penser que l’avenir de notre pays passe par ­celui de nos enfants. A l’évidence, nous devons faire le maximum pour qu’ils soient bien dans leur vie. Fort heureusement, c’est plutôt le cas. D’après la toute récente enquête HBSC sur la santé des collégiens, plus de 80 % des adolescent(e)s sont satisfaits de leur vie et près de 90 % voient leur avenir comme plutôt « facile ou agréable ». Bien sûr, tout n’est pas si rose, la même étude trouve tout de même 10 % d’adolescents non satisfaits.

A force de parler de mal-être, d’insatisfaction, on en viendrait presque à oublier que le plus grand drame qui peut frapper une famille, c’est quand un de ses enfants rencontre la maladie. A ce propos, savez-vous quelles sont, en Europe occidentale, les maladies qui causent le plus grand nombre d’« années de vie de qualité perdues » dans la tranche d’âge 5-14 ans ?

Selon le rapport 2014 de l’OMS sur la santé globale dans le monde, il s’agit des maladies mentales. Et de très loin : le deuxième groupe le plus important, celui des « blessures non intentionnelles », a un impact deux fois moindre. L’expression « maladie mentale » est utilisée ici et ça n’est pas une maladresse de style. Point d’euphémisme, point de « trouble » ou de « syndrome », mais des « maladies », car il existe en psychiatrie des maladies comme dans le reste de la médecine. Et ces maladies sont parmi les plus fréquentes chez les jeunes, et parmi les plus graves.

Travail de groupe

Souvenons-nous que le pronostic vital d’une adolescente hospitalisée pour anorexie mentale est le même que celui d’une adolescente victime d’une maladie d’Hodgkin, affection apparentée aux leucémies.

Comment prend-on en charge les jeunes patients atteints de maladies psychiatriques ? Presque toujours sur la base d’un travail de groupe associant les patients, les familles, des ­enseignants, des travailleurs sociaux et des soignants parmi lesquels, bien sûr, des médecins que l’on dénomme pédo­psychiatres. Or nous assistons en ce moment à la disparition programmée de la pédopsychiatrie.

Source Le Monde