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Article : "Cette maison ressemble en tout point à la mienne, mais je sais que c'est une copie"

le 4 novembre 2016

[Sciences et Avenir] C’est un syndrome, déroutant et rarement décrit, à l’interface entre la neurologie et la psychiatrie, que décrivent des neurologues américains dans la dernière livraison de la revue Cognitive and Behavioral Neurology datée de septembre 2016.

L’histoire est celle d’une dame de 88 ans, qui a présenté un léger syndrome confusionnel lors d’un voyage. A son retour chez elle, elle était convaincue que sa maison n’était pas la sienne et que celle-ci avait été remplacée par une réplique très fidèle. Les premiers symptômes semblent avoir débuté une nuit où son mari, psychiatre, l’a retrouvée endormie assise dans les toilettes. A ce moment-là, ce dernier pense qu’elle a dû se tromper de médicament. Au lieu du laxatif doux habituel, elle a peut-être pris un ou deux comprimés de somnifère. Son mari, très attentif et aimant, prend contact avec des neurologues du Mount Auburn Hospital et de la Faculté de médecine de Harvard (Cambridge, Massachussetts) et leur confie que sa femme n’a quasiment aucun souvenir de leur récent voyage. Elle pense même avoir rendu visite à un plus grand nombre de proches qu’en réalité et se souvient à peine du voyage de retour. A son arrivée à la maison, elle éprouve une étrange et forte sensation : elle est convaincue que la maison qui est la sienne depuis 40 ans n’est pas la vraie, mais qu’il s’agit d’une réplique à l’identique. Elle reconnaît les alentours, la rue, le jardin, les voisins et même certains objets personnels de la maison comme authentiques. Il n’empêche, elle ressent bizarrement la sensation qu’il ne s’agit pas de son domicile véritable, que ce n’est pas sa vraie maison. Elle éprouve ce sentiment encore plus nettement au réveil les jours qui suivent. Cette patiente, qui a exercé en tant que kinésithérapeute respiratoire et a également un fils médecin, reconnaît qu’il y a quelque chose d’irrationnel dans le fait de croire qu’elle habite dans une maison qui est un double de la sienne mais considère pourtant que cette sensation correspond à la réalité. De fait, le sentiment qu’elle éprouve la terrifie dans la mesure où elle réalise, comme le précise son mari, qu’ « elle ne peut se fier à sa propre pensée ». Cependant, grâce à l’aide de son époux, qui reste constamment à ses côtés à la maison pour la rassurer et l’orienter, la peur de la vieille dame s’atténue progressivement. Son état émotionnel s’améliore, elle gagne en énergie et devient plus active. Mais, elle reste cependant convaincue que la maison où elle se trouve n’est qu’une copie de la sienne.

Ni le mari psychiatre, ni le fils médecin, ne font état de symptômes qui auraient pu les alerter de la survenue d’un AVC chez cette femme de 88 ans. Un scanner cérébral réalisé 4 semaines après les tout premiers symptômes montre une atrophie du cerveau liée à l’âge. Un second scanner, effectué 20 mois plus tard, ne montre aucun changement notable. Sept mois après le début des troubles, l’imagerie cérébrale par résonance magnétique (IRM) révèle cependant une lésion d’origine vasculaire au niveau d’une structure anatomique située profondément dans le cerveau du côté droit (encéphalomalacie du thalamus médian droit). Cette anomalie correspond vraisemblablement à un infarctus cérébral de petite taille (ce que les spécialistes appellent un AVC lacunaire). Deux mois avant le début des troubles, un des neurologues, qui est le médecin traitant de cette patiente, avait demandé une IRM cérébrale pour évaluer une faiblesse musculaire du bras droit jusqu’à présent attribuée à une arthrose cervicale. L’imagerie cérébrale n’avait alors montré aucun signe d’AVC.  

Six mois et demi après la survenue des premiers symptômes, la patiente a constaté que son délire d’identification avait disparu. Elle réalisait qu’il s’agissait bien de sa véritable maison et ne présentait pas de déficit neurologique. « Trois ans plus tard, elle se porte toujours bien et n’a pas fait de rechute », précise le Pr Christopher Peckins et ses collègues.

Cette patiente âgée a présenté une altération de l’identification des lieux. Ce trouble a été décrit pour la première fois en 1903 par Arnold Pick qui le nomma paramnésie réduplicative*. Il rapporte dans la revue Brain le cas d’une patiente qui estime, de façon erronée et sans raison apparente, avoir été transférée dans une clinique semblable en tout point à celle dans laquelle elle était encore récemment soignée à Prague. Elle pense également que le Dr Pick et les autres membres du personnel soignant exercent dans les deux cliniques, la réplique se situant en périphérie de la ville.

Source Sciences et Avenir