Vous êtes dans : Accueil > Actualités > Pour en savoir plus > Article : Psychopathologie du 2ᵉ cerveau ou les souffrances du moi-ventre

Article : Psychopathologie du 2ᵉ cerveau ou les souffrances du moi-ventre

le 7 septembre 2016

[The Conversation] Le succès durable et mondial du best-seller de Giulia Enders (Le charme discret de l’intestin) est un signe évident de la fascination universelle de l’homo sapiens moderne pour son tube digestif et ses turpitudes. Fascination, mais aussi préoccupation voire, pour certains, obsession. Il faut dire que les plus grands scientifiques contribuent aujourd’hui à cette passion planétaire, étudiant sous toutes ses facettes et dans tous ses diverticules le « deuxième cerveau ».

Beaucoup de chercheurs et de médecins y voient en effet une des causes de maladies parmi les plus fréquentes et les plus graves, de l’obésité à l’hypertension artérielle en passant par le diabète et différents cancers. De nombreux travaux portent également sur le rôle des perturbations de la flore intestinale (microbiote) et du système digestif dans l’apparition de différents troubles psychiques comme la dépression, les addictions, la schizophrénie ou l’autisme. Même si beaucoup de choses restent encore à démontrer dans ce domaine, ces hypothèses sont intéressantes et déboucheront peut-être prochainement sur de nouvelles pistes pour la prévention ou le traitement de ces maladies.

Connections intestinales

A l’origine, deux réalités mises en lumière grâce aux techniques de recherche modernes : l’intestin est un organe très fortement connecté au système nerveux, et notamment à l’encéphale, et il intègre même des neurones et des neurotransmetteurs comme le vrai « premier cerveau » ; les parois du système digestif constituent une interface essentielle entre le dedans et le dehors, avec un rôle de filtre décisif contre différentes agressions pouvant perturber l’ensemble de l’organisme, dont à nouveau le cerveau. Il est aidé en cela par une flore intestinale imposante, qui contient plus de bactéries que le corps comporte de cellules humaines, dont on sait maintenant qu’elle intervient grandement dans de nombreuses fonctions vitales du corps, système nerveux compris.

Ces populations de bactéries très diverses sont souvent gravement perturbées par le mode de vie occidental moderne, du fait d’une alimentation déséquilibrée surtout, mais aussi de toxiques biologiques de l’environnement et peut-être du stress psychologique. Tous ces éléments peuvent expliquer que le système digestif et son contenu jouent un rôle important, notamment via des processus inflammatoires, dans l’apparition de maladies neurologiques et mentales.

Moi-ventre

Mais longtemps avant d’avoir eu accès à ces connaissances nouvelles et passionnantes, les médecins et les psychiatres connaissaient l’importance du ventre et des « tripes » dans les souffrances psychiques. On pourrait passer en revue, dans presque toutes les pathologies psychiatriques, les signes digestifs qui en sont plus ou moins caractéristiques. Nous nous contenterons ici d’insister sur les plus importantes et les plus insolites.

À l’instar du moi-peau décrit par les psychanalystes (Anzieu), il existe un moi-ventre, reflet à la fois de notre identité et de notre vie émotionnelle. On peut se représenter le système digestif comme une gigantesque peau internalisée, qui partage d’ailleurs beaucoup de similarités embryonnaires avec le revêtement cutané (épithélium), mais avec une surface de contact beaucoup plus étendu et une fonctionnalité beaucoup plus riche et complexe. Pas étonnant alors que les intestins occupent encore plus, et plus douloureusement parfois, notre espace psychique que le derme, même s’ils sont (en général) moins visibles pour autrui.

Source The Conversation