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Article : Que nous apprennent les études scientifiques négatives?

le 20 octobre 2016

[La Croix] Quatre chercheurs français viennent de créer une revue pour présenter des travaux qui n’ont pas donné les résultats escomptés.

C’est un reproche qui est souvent fait aux médias : celui de ne parler que des mauvaises nouvelles, des « trains qui n’arrivent pas à l’heure ». Dans le monde des grandes revues scientifiques internationales, c’est un peu l’inverse : elles ont tendance à ne publier que des études avec des résultats positifs. Celles, par exemple, qui ont démontré que les essais cliniques de tel ou tel médicament sont prometteurs ou ont bien donné les résultats escomptés au départ.

L’intérêt des études qui infirment l’hypothèse de départ

« Pourtant, en matière de science, c’est important d’avoir une information la plus complète possible et de ne pas avoir connaissance que des résultats positifs » , explique Antoine Muchir, chercheur à l’Inserm et à l’Institut de myologie à Paris. Ce scientifique a un certain sens du contre-pied. Avec trois collègues, il a lancé en août, sur Internet, une revue (1) dédiée à la publication d’études aux résultats négatifs.

« C’est une revue comme les autres avec un comité de relecture. Nous voulons être le plus rigoureux possible et présenter de “bonnes” études négatives , explique Antoine Muchir. Dans certains cas, une recherche aboutit à des résultats négatifs car elle a été mal menée, sur un plan méthodologique par exemple. Mais souvent, l’étude a été bien faite. Simplement, elle vient infirmer une hypothèse de départ. Et c’est intéressant de le savoir. »

La moitié des résultats d’essais cliniques ne sont pas publiés

Le problème n’est pas nouveau. En 2006, en se basant sur une étude de chercheurs lyonnais, la revue indépendante Prescrire constatait que plus de la moitié des résultats d’essais cliniques ne sont pas publiés. « Avec un recul de six à huit ans, les auteurs lyonnais ont calculé qu’une étude avait 4,6 fois plus de chances d’être publiée lorsque ses résultats venaient confirmer son hypothèse principale » , soulignait alors Prescrire .

Les enjeux, à la fois scientifiques et financiers, ne sont pas anodins. Quand un médicament se révèle décevant dans un essai, le laboratoire n’a en général guère envie de le faire savoir à la terre entière.

L’obligation de publier tous les résultats, même les mauvais

Ces dernières années, des efforts ont été faits en matière de transparence. Depuis 2007, une loi américaine oblige les laboratoires pharmaceutiques à publier les résultats de tous leurs essais sur un registre public (clinicaltrials.gov). En 2014, l’Union européenne a voté une disposition identique, qui n’est pas encore entrée en vigueur.

Le problème est que ces registres ne sont pas aussi connus et consultés dans le monde médical que les revues qui font autorité. « Et dans près de la moitié des cas, les données postées sur le registre américain ne sont ensuite pas publiées dans les revues ou alors de manière beaucoup moins complète » , constate Agnès Dechartres, enseignante en épidémiologie (Inserm, Hôtel-Dieu, université René-Descartes), coauteur d’une étude sur le sujet en 2014.

Source La Croix