Vous êtes dans : Accueil > Actualités > Pour en savoir plus > Article scientifique : Le jeu vidéo, un objet de soin ?

Article scientifique : Le jeu vidéo, un objet de soin ?

le 22 août 2016

[CAIRN] Le nombre d’adolescents présentant des états frontières où se mêle une symptomatologie à la fois névrotique et psychotique ne cesse d’augmenter. Leur souffrance, marquée par un fort sentiment d’insécurité, peut s’apparenter à un « manque à être » selon la terminologie de J.-L. Vénisse (2010). Cet état, empreint de fragilités narcissiques, renvoie à un manque de confiance en soi, à une absence de sentiment de continuité de l’existence, à une précarité à être. Il signale la vulnérabilité psychique de l’adolescent.

La problématique de ces jeunes apparaît intimement liée à celle de cette période charnière de la vie qu’est l’adolescence, en lien avec l’entrée dans la puberté. Phase complexe et fondamentale dans le processus qui mène l’individu vers l’âge adulte, l’adolescence est, en effet, associée à une dynamique d’autonomisation, de prise de recul vis-à-vis de la famille (en particulier des parents ou de leurs substituts). Au cours de cette étape du développement affectif, la quête d’indépendance constitue aussi une période d’immense fragilité. Elle véhicule son lot de deuils et d’angoisses de séparation : deuil de l’enfance, deuil de la relation idéalisée aux parents, deuil de la confortable dépendance aux parents.

 

Pour P. Jeammet et M. Corcos (2002), la spécificité des enjeux psychopathologiques à l’adolescence peut être abordée sous l’angle de l’aménagement de la dépendance. Dans cette perspective, la question de la maîtrise du lien et du contrôle de la distance aux objets parentaux, et aux personnes plus généralement, devient centrale.

La fragilité du Moi repérée chez l’adolescent en souffrance aurait un lien avec les sentiments de dépendance de la première enfance, réactivés à l’adolescence (Blos, 1967). Les stratégies défensives (régression narcissique, clivage, procédés entravant la mentalisation…), qui renverraient pour partie à une angoisse de séparation insuffisamment élaborée par le sujet, tenteraient en quelque sorte de combler la grande insécurité intérieure, la faille narcissique primaire. L’aventure pubertaire qui marque l’entrée dans l’adolescence viendrait fragiliser le monde psychique interne du sujet, en remettant en cause le rapport narcissisme-relation objectale/dépendance-autonomie (Jeammet, 2002). Le monde psychique interne de l’adolescent en souffrance serait dès lors fortement sollicité aussi bien dans ses assises narcissiques que dans ses investissements objectaux. À cet âge, l’indispensable modification de la distance est susceptible de créer un déséquilibre entre le besoin de l’adolescent de se rapprocher des adultes pour trouver un appui, et la nécessité de s’en éloigner pour affirmer son autonomie naissante.

L’enjeu pour l’institution de soin est de pouvoir inscrire ces adolescents en difficulté dans une prise en charge soignante et éducative, préalable incontournable à toute évolution ultérieure. Il s’agit de créer un espace où une rencontre et des échanges vont se produire pour initier un parcours d’accompagnement adapté.

 

Les lieux de soins n’ont rien à perdre à essayer d’insérer dans leur pratique des technologies nouvelles comme les jeux numériques. Il convient toutefois de réfléchir à un cadre thérapeutique et d’accepter un processus de développement plus circulaire que linéaire.

Source CAIRN