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Post de blog : Aaron Beck, de la psychanalyse à la thérapie cognitive

le 15 septembre 2017

Le psychiatre Aaron Beck est un des plus grands noms de la psychothérapie du XXe siècle. Il a débuté sa carrière comme psychanalyste, puis a développé une des deux premières formes de « thérapie cognitive », l’autre étant celle d’A. Ellis. Il a toujours insisté sur l’importance de l’action, raison pour laquelle on peut le considérer comme un des pionniers des thérapies cognitivo-comportementales. 

Le principe de la thérapie freudienne

Pour Freud, le principe essentiel de la psychothérapie est une forme particulière d’« analyse » : expliquer des phénomènes psychiques (rêves, actes manqués, symptômes) par des processus inconscients (souvenirs ou fantasmes refoulés, désirs réprimés) que seul l’analyste freudien peut décoder. Il écrit : « Chaque fois que nous sommes en présence d'un symptôme, nous pouvons en conclure qu'il existe chez le malade des processus inconscients déterminés qui justement contiennent le sens du symptôme. À partir de processus conscients il ne se forme pas de symptômes. Dès que les processus inconscients en question sont devenus conscients, le symptôme doit disparaître » 

En cas de non-amélioration, Freud pense qu’il faut analyser plus « profondément ». Il évoque aussi un second principe : le transfert (le report sur l’analyste de sentiments éprouvés pour une personne du passé) doit être positif : « Si le
transfert négatif prend le dessus, les succès sont balayés comme fétus de paille au vent. On constate avec effroi que toute la peine et le travail dépensés jusque-là ont été vains ».

Le principe de l’analyse freudienne

Freud utilise essentiellement trois techniques :

  1. Le décodage symbolique d’un élément de rêve ou d’un symptôme .
  2. Le décryptage de « mots-ponts »  
  3. La technique des « associations libres »

Une nouvelle écoute des patients

Beck (né en 1921) est le fils de Juifs ukrainiens émigrés aux E.U. Il est diplômé psychiatre de l’université de Yale (1953) et a été certifié psychanalyste de l’Institut Psychanalytique de Philadelphie en 1956. Il a fait toute sa carrière comme professeur de psychiatrie à l’université de Pennsylvanie et il y a fondé un institut de thérapie cognitive.

Le point de départ de son éloignement de la psychanalyse se situe en 1956. Il écoutait les « associations libres » d’un patient en analyse. Le patient le critiquait, éprouvait de la colère et lui dit ensuite qu’il se sentait culpabilisé. Beck entendit simplement une succession de deux émotions, la seconde étant la conséquence de la précédente. Le patient ajouta alors que, pendant qu’il avait énoncé ses critiques, il avait pensé : « J’ai dit ce qu’il ne fallait pas dire… je n’aurais pas dû dire ça… j’ai tort de le critiquer. Je suis mauvais… je n’ai pas d’excuse à être aussi méprisable ». Il y avait donc eu deux courants de pensée parallèles : un courant conversationnel, à l’intention de l’analyste, et un courant de communication avec soi-même. Chez ce patient, la culpabilité n’apparaissait plus comme une conséquence automatique de la colère, mais comme un effet de pensées non énoncées.

À la suite de cette observation, Beck eu l’idée de demander à d’autres personnes en analyse d’expliciter et d’énoncer ce second flux de cognitions. Des patients rapportèrent que ce langage intérieur se produisait également dans d’autres interactions. En fait, les humains se parlent constamment à eux-mêmes et parlent différemment aux autres. Durant les séances de psychanalyse, les patients n’accordent pas beaucoup plus d’attention à ce langage intérieur qu’ils ne le font dans la vie quotidienne. Cette communication interne est automatique, fugitive, sans attention consciente. Elle a des fonctions d’auto-surveillance, d’auto-avertissement, d’auto-instruction, d’autocritique, d’auto-gratifications. Elle est utile, mais joue aussi de très mauvais tours. Elle est la source de beaucoup de troubles psychologiques. Beck a constaté qu’en la rendant davantage consciente et en l’analysant, il aidait ses patients à résoudre de nombreuses difficultés et cela bien plus rapidement qu’en se contentant d’analyser l’énoncé d’associations libres.

Les personnes déprimées pensent négativement

En examinant la façon dont pensent les personnes déprimées, Beck a constaté : « La négativité de la dépression imprégnait les communications internes des patients, telles que l’autoévaluation, les attributions, les attentes, les déductions et la mémoire, et se manifestait dans une faible estime de soi, une auto-responsabilisation et une autocritique, des prédictions négatives, des interprétations négatives des expériences et des souvenirs désagréables. […] Je notai aussi une variété d’erreurs dans la pensée dépressive des patients, que j’intitulai abstraction sélective, surgénéralisation, pensée dichotomique et exagération des aspects négatifs de leurs expériences. Bien plus, je remarquai que les patients déprimés avaient tendance à prédire des résultats négatifs spécifiques aux tâches spécifiques qu’ils pouvaient entreprendre et n’attendaient en général de leur vie à long terme que des résultats négatifs »

Source Mediapart