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Radio : Médecine, comment l'horreur nazie façonne la notion de cobaye

le 14 septembre 2017

Il y a 70 ans, au tribunal de Nuremberg émergeaient les premiers critères de la bioéthique moderne avec la notion de consentement du patient, à l'issue du procès des médecins nazis. Ce "Code de Nuremberg" du 21 août 1947 fonde toujours la pratique des médecins aujourd'hui.

Le procès de Nuremberg a démarré en 1945 et c’est plutôt cette date qui est restée dans l’Histoire, avec la condamnation, un an plus tard, de grands dignitaires du Troisième Reich. Pourtant, il fut un autre Nuremberg, qui s’ouvrit en 1946 pour s’achever l’été suivant, il y a tout juste soixante-dix ans cette semaine : le procès des médecins nazis.

Vingt-trois personnes dont vingt médecins (les trois autres étaient trois haut-fonctionnaires) s’étaient retrouvés sur le banc des accusés, devant notamment répondre d’exactions commises en leur qualité de médecin pour le compte du régime hitlérien durant la seconde guerre mondiale. On sait aujourd’hui que les médecins étaient la profession comptant la plus grosse proportion de membres du NSDAP sous Hitler.

En jeu : les expérimentations médicales pratiquées par les médecins nazis, et le sort des prisonniers qui ont servi de cobayes, souvent en parallèle de leur condition concentrationnaire. On ignore toujours le nombre exact des prisonniers déportés qui ont subi ces essais cliniques qui pouvaient aller de brûlures au phosphore jusqu’à l’euthanasie en passant par l’inoculation de germes parfois mortels comme le typhus, le test de gaz de combats pour évaluer la résistance du corps humain, et encore bien d’autres essais.

25 ans, rescapée des camps et éternelle cobaye

Souvent, les prisonniers cobayes à leur dépens ont péri de ces expérimentations. Mais pas tous. Parmi les rescapés des camps, certains sont ainsi revenus en France avec, outre le traumatisme de l’horreur concentrationnaire, des virus inoculés par un médecin nazi. C’était le cas d’une jeune femme, juive polonaise, arrivée à Paris à la Libération, malade. En 1950, à la radio publique, Emile Kahn, membre de la Ligue des droits de l’homme qu’il présidera quelques années plus tard, diffusait cet “appel à l’aide ” sur les ondes françaises :

Arrêtée par la Gestapo en 1941 à l’âge de 17 ans, elle fut condamnée à mort comme résistante, puis graciée en raison de son âge. Déportée en Allemagne au camp de Ravensbrück, le 15 août 1942 elle servait de sujet à cette barbarie scientifique que l’inconscience et le cynisme des bourreaux appelaient “une opération expérimentale”. Deux médecins nazis lui firent une injection de bacile dans l’os de la jambe droite. Huit ans sont passés, non seulement la plaie locale n’a pas guéri mais l’infection s’est répandue et envahit tout l’organisme. La patiente, réfugiée en France, est en traitement à l’institut Pasteur. Mais comment la traiter : elle n’a pas su, et personne ici ne sait, la nature exacte du mal qu’on lui a inoculé. Le répertoire hitlérien des maladies injectables était infini.

Ce qu’on appellera “le procès des médecins nazis ” sera le tout premier cas de judiciarisation d’expérimentations médicales sur des êtres humains, même s’il existait des codes de déontologie à l’échelle de la communauté scientifique internationale. Les 20 et 21 août 1947, lorsque le tribunal militaire affirme la culpabilité de seize des vingt-trois prévenus, il pose une série de critères destinés à apprécier la légalité ou l’illégalité des expérimentations médicales.

Parmi ces critères, on peut citer la notion d’information loyale, le consentement, la nécéssité scientifique de l’expérience, ou encore et l’évaluation des risques encourus, comme le rappelait dans sa récente tribune publiée dans Le Monde Emmanuel Hirsch, professeur d’éthique médicale à l’université Paris-Sud, pour rappeler la portée du procès des médecins à Nuremberg, 70 ans plus tard.

Source France Culture