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Belgique : Promotion de la santé et santé mentale, un check-up en demi-teinte

le 7 juillet 2016

[Education Santé] Dans son dernier ‘check-up’ de notre système de santé, le Centre fédéral d’expertise des soins de santé (KCE), en collaboration avec l’INAMI et avec l’Institut scientifique de santé publique (ISP), a examiné 106 indicateurs sur la période 2008-2013. Le tableau est mitigé: si la qualité des soins se situe dans la moyenne européenne, 34 signaux d’alarme ont été identifiés. Les constats en matière de promotion de la santé et de santé mentale interpellent particulièrement.

Il apparaît que le secteur de la santé mentale peine lui aussi à évoluer. Comme pour la promotion de la santé, le Rapport Performance souligne la difficulté d’une évaluation optimale, notamment concernant l’impact des récentes réformes qui vont dans le sens de la désinstitutionalisation: hospitalisations plus courtes, insertion et réintégration des patients psychiatriques dans la société, services alternatifs au sein de la communauté. Compte tenu de l’absence de données disponibles pour évaluer les impacts de cette mutation qui touche la plupart des pays industrialisés, le rapport Performance estime qu’« il n’a pas été possible de développer des indicateurs pertinents pour le suivi de ces évolutions (p.ex. gestion de cas).» Il a donc fallu se rabattre sur des indicateurs généraux – comme le taux de suicide – ou relatifs aux hospitalisations psychiatriques – comme le nombre de jours d’hospitalisation dans un centre psychiatrique ou les admissions sous contrainte. Dix indicateurs ont ainsi été examinés.

Avec 18,3 suicides pour 100.000 habitants, la Belgique – malgré un léger recul – se situe bien au-dessus de la moyenne des pays européens (10,6 dans l’UE-15). « Il n’est pas possible de tirer des conclusions claires de ces résultats – le suicide n’est en effet qu’un indicateur de substitution pour l’état de la santé mentale d’une population et doit être considéré en combi naison avec d’autres paramètres », nuance le rapport qui reconnaît néanmoins l’existence d’une marge d’amélioration. Exemple? Un rapport récent des mutualités socialistes révèle que 27% de leurs affiliés hospitalisés suite à une tentative de suicide (environ 4.000 personnes entre 2011 et 2013) n’ont pas bénéficié d’une consultation de suivi chez un médecin généraliste ou un psychiatre au cours des trois mois suivant la sortie!

Les différences sont par ailleurs très marquées entre régions, avec un taux de suicide sensiblement plus élevé en Wallonie (21,9/100.000 habitants) qu’à Bruxelles (11,9) et en Flandre (17,4). « Le taux apparemment faible enregistré à Bruxelles pourrait toutefois découler d’un artefact de données (p.ex. communication tardive des causes de mo rts violentes par le procureur) », précisent les auteurs du rapport.

Autre dossier sensible en santé mentale: les prescriptions d’antidépresseurs. En augmentation partout en Europe, elles atteignent des records en Belgique, avec 71 DDD (doses quotidiennes déterminées) par jour pour 1000 habitants contre 64,6 DDD en moyenne dans les autres pays européens.

On observe par ailleurs une consommation nettement plus élevée en Wallonie (88,1) qu’en Flandre (65,1) ou à Bruxelles (54,7). « Il conviendrait d’examiner si cette différence s’explique par des différences socioéconomiques et démographiques ou si elle découle d’autres causes (culture médicale, diffusion des directives e vidence-based...) » , avancent les auteurs.

En regard du rapport 2012, deux indicateurs supplémentaires livrent des informations intéressantes sur ces prescriptions. Le premier concerne le pourcentage d’adultes ayant pris des antidépresseurs au cours de l’année écoulée: celui-ci était en diminution au cours des dernières années mais s’avère aujourd’hui relativement stable (13,4% en 2013). Sans surprise, les taux de prescription les plus élevés sont observés parmi les seniors bénéficiant de soins de longue durée: 37,4% chez les patients traités à domicile, 47% chez les patients vivant en MRS/MRPA et 16,6% chez ceux qui ne reçoivent pas de soins de longue durée...

L’autre nouvel indicateur est la mesure du respect des recommandations concernant ces médicaments. Il apparaît en effet que, si la dépression majeure nécessite au moins trois mois de traitement par antidépresseurs avant de connaître une amélioration significative, un pourcentage élevé d’adultes sous traitement – 47,4% en 2013 – prennent ces médicaments pendant une période plus courte. Par ailleurs, cet indicateur prend également en compte la prescription de certains antidépresseurs connus pour leurs effets secondaires anticholinergiques (cause potentielle de chutes) chez les personnes âgées: elle est stabilisée à 15% mais atteste, comme le point précédent, d’une consommation encore largement inappropriée d’antidépresseurs. Voilà peut-être la forêt que cache l’arbre de la ‘surconsommation’.

Au vu de ces chiffres, il apparaît très clairement que les prescriptions d’antidépresseurs s’accompagnent d’une information parcellaire du patient, ce qui ne promeut pas son autonomie.

Source Education Santé