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Canada : Recherche médicale sur l'Aripiprazole (Abilify°) : «un conflit d'intérêts financier flagrant»

le 5 mars 2018

Pendant sept ans, rien n'a filtré. Les 73 jeunes montréalais recrutés pour tester un nouvel antipsychotique n'ont rien su. Ni l'Institut universitaire en santé mentale Douglas, où s'est déroulée l'étude de 2010 à 2014. Ni même la revue scientifique l'ayant publiée.

Deux professeurs de psychiatrie renommés, Ashok Malla et Ridha Joober, n'ont pas divulgué le fait qu'ils travaillaient en parallèle pour les fabricants du médicament qu'ils évaluaient, en leur servant de conférenciers et de consultants. Les deux chercheurs, affiliés à l'Université McGill, ont refusé d'accorder une entrevue à ce sujet ou de préciser combien ils ont touché pour ces services, souvent très lucratifs.

Au moment de l'étude, de 2010 à 2014, les deux hommes dirigeaient ensemble le Programme d'évaluation, d'intervention et de prévention des psychoses (PEPP-Montréal), fondé par le Dr Malla pour mieux soigner les 14-35 ans confrontés à leur premier épisode psychotique. C'est là qu'ont été admis, puis recrutés 73 jeunes atteints de schizophrénie, de troubles bipolaires ou - comme le plaignant - de dépression accompagnée de symptômes psychotiques.

Tous se sont vus offrir Abilify « comme traitement de premier choix » (ou en remplacement d'un autre) dès leur entrée au programme, et ont été enrôlés « peu après », indique l'article qui rapporte les résultats de l'étude.

Le plaignant, lui-même chercheur, a mis quatre ans à découvrir les nombreux liens unissant les dirigeants du programme aux fabricants d'Abilify. Des déclarations éparpillées dans une demi-douzaine d'articles scientifiques - publiés avant, pendant et après la fin de l'étude - révèlent qu'ils ont joué de nombreux rôles pour le bénéfice de BMS et Otsuka, en devenant membres de leurs bureaux de conférenciers et de leurs conseils consultatifs. D'autres psychiatres du PEPP faisaient de même, y compris celle qui a traité le plaignant.

Le formulaire de consentement - dont La Presse  a obtenu une copie - indiquait que ce médicament était « associé à un gain de poids minime voire nul ». Cette affirmation contredisait les résultats d'au moins deux études antérieures. Elle s'est aussi avérée fausse pour près de la moitié des participants enrôlés à Montréal, qui ont pris beaucoup de poids (voir onglet 3).

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