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États-Unis : Quand Donald Trump donne du travail aux psychothérapeutes

le 24 mars 2017

[JIM Actualités métier] L'intervention en 1964 d'un millier de psychiatres américains alertant sur la personnalité du candidat à l'élection Barry Goldwater, considérée comme incompatible avec la fonction présidentielle, avait créé une controverse éthique. Beaucoup avaient en effet estimé qu'une telle position avait érodé la confiance de la population en la psychiatrie.

Aussi, pour éviter qu'une telle situation ne se reproduise, face à la personnalité très controversée de Donald Trump, l'American Psychiatric Association a incité l'année dernière ses membres à se montrer réservés sur les questions politiques. Cet appel fut vain. Depuis plusieurs semaines, les tribunes et manifestes de psychiatres et psychologues se multiplient pour porter des diagnostics inquiétants sur le nouveau Président des Etats-Unis. Dernière en date : une lettre publiée ce 21 février dans le New York Times et signée par 35 psychiatres évoquant la sévère instabilité émotionnelle de Donald Trump.

La nouvelle obsession des patients

La question éthique soulevée par cet affichage public de leurs analyses par les spécialistes de la santé mentale concerne également le colloque singulier avec le patient. Un grand nombre de psychothérapeutes considèrent en effet comme de plus en plus difficile de conserver leur neutralité face aux confidences de leurs patients concernant Donald Trump. Ce dernier est devenu un thème central des discours des malades. Depuis, le 11 septembre 2001, jamais un même sujet n'avait autant retenu l'attention des personnes suivies pour une pathologie mentale. Quels que soient l'âge ou l'affection traitée, Donald Trump revient comme un leitmotiv dans les angoisses des patients. « Je suis un petit garçon de dix ans qui ne cesse de parler de ça » rapporte par exemple dans les colonnes du Los Angeles Times, Paul Puri, psychiatre à Brentwood.

Les victimes d'agressions sexuelles en plein cauchemar

Face à cette obsession si largement partagée, certains thérapeutes ont décidé de déroger à leur principe de neutralité. C'est par exemple le cas d'Arlène Drake, thérapeute depuis 35 ans, qui n'hésite désormais plus à abonder dans le sens de ses patients qui évoquent leur hantise face aux agissements de Donald Trump. Les symptômes provoqués par son arrivée au pouvoir seraient multiples : attaque de panique, insomnies, difficultés de concentration. « C'est un cauchemar » résume Arlène Drake. La situation est particulièrement douloureuse pour les femmes suivies après une agression sexuelle. Les propos tenus par Donald Trump sur les femmes ont en effet chez certaines d'entre elles réveillé des sentiments d'angoisse et de panique. Les déclarations de Donald Trump indiquant comment il pourrait attraper une femme par l'entrejambe a ainsi tétanisé Amy-Lee Godman, survivante d'un viol à Boston, qui raconte désormais comment elle doit se détacher des actualités pour éviter d'être confrontée à l'image du président des Etats-Unis.

Les électeurs de Trump ostracisés

Mais les difficultés ne concernent pas seulement ceux qui s'opposent à Donald Trump et qui voient dans sa politique et dans sa façon d'être des réminiscences de leurs propres troubles. La souffrance est également fortement exprimée par ceux qui ont voté pour Donald Trump et qui évoquent le violent rejet dont ils seraient fréquemment les victimes. Les patients s'isolent et se replient sur eux-mêmes, pour éviter d'être taxés de xénophobie ou de misogynie, quand on ne les accuse pas d'avoir mis un nouvel Hitler au pouvoir. Le fait d'avoir participé à l'élection du nouveau président semble renforcer le risque de conflits familiaux. Un psychiatre raconte comment il a dû jouer le rôle de médiateur dans une famille ou un fils menaçait ses parents de couper toutes relations avec eux s'ils votaient pour Donald Trump. « La colère que les gens ressentent les uns envers les autres est presque devenue irrationnelle » considère Robert Puff, psychologue à Newport Beach.

La pratique des thérapeutes en question

Ces tensions observées dans l'ensemble des cabinets des Etats-Unis sont considérées comme des menaces pour la santé mentale par de nombreux psychothérapeutes et psychiatres dont 3 800 ont signé un manifeste dans ce sens, initié par un professeur d'Université du Minnesota, William Doherty. Au-delà de cette action publique, les psychothérapeutes constituent dans tout le pays des groupes de réflexion afin d'analyser les incidences sur leur pratique de cette entrée fracassante du monde extérieur dans leurs cabinets. « Cela nous pose beaucoup de questions sur notre pratique, sur la meilleure façon de soutenir nos patients. Nous en parlons régulièrement, mais nous n'avons pas de réponses » observe Randi Gottlieb, président de l'Association californienne des thérapeutes de la famille et du couple. Comment répondre aux inquiétudes de leurs patients sans que leur discours ait une teinte trop politique ? Comment faire face à un trouble aussi omniprésent et imprévisible ? « C'est quelque chose dont nous nous soucions peu habituellement et maintenant nous y sommes forcés » remarque William Doherty. D'autant plus que l'hyper information actuelle et le mélange entre vie privée et vie publique à travers les réseaux sociaux favorise l'aggravation de certains troubles mentaux liée au monde extérieur.

Source JIM Actualités métier