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Inde : Prise de parole pour mettre fin à la stigmatisation entourant la dépression

le 10 mai 2017

[Global Voices] L'Organisation mondiale de santé a publié récemment un rapport sur la dépression dans lequel on apprend que près de 7,5 % des Indiens souffrent de troubles mentaux majeurs ou mineurs nécessitant l'intervention d'un spécialiste. Cependant, en Inde, la dépression reste à plusieurs égards taboue et sujette aux commérages ou aux moqueries.

Ces dernières années, pour combattre les préjugés, certaines personnes ont cherché à susciter un débat ouvert sur la dépression dans les médias sociaux.

Kalyan Biswas Rath, qui travaille dans le milieu des technologies de l'information, est l'un d'eux. Il a partagé son histoire sur sa page Facebook, où il raconte comment il a surmonté la dépression avec l'aide de sa famille et de ses amis :

"J'étais depuis pas mal de temps un piètre concepteur graphique, un piètre concepteur Web, un piètre programmeur, un piètre écrivain et un mauvais comédien. Je me suis suffisamment ridiculisé et j'ai été incompétent dans de nombreux domaines. Mais avec le soutien de mes amis, je persévérais.

Puis, un jour, la situation s'est améliorée et les gens auprès de qui j'avais l'impression de passer pour un bon à rien ont commencé à m'envoyer des messages pour me dire qu'ils étaient fiers de moi. On a commencé à apprécier mon travail.

Aujourd'hui, je n'ai pas l'impression d'avoir raté ma vie, peu importe ce qu'en pensent les autres. Je suis heureux de ma vie, et ça, c'est important.

[…] N'ayez pas honte de demander de l'aide. Il n'y a rien de mal à souffrir de dépression. C'est une conséquence naturelle de la société dans laquelle nous vivons."

Aujourd'hui, Kalyan est un humoriste et un youtubeur qui connaît un grand succès.

La célèbre actrice de Bollywood, Shaheen Bhatt, a également raconté son expérience :

"Je vis avec la dépression de façon récurrente depuis l'âge d'environ 13 ans. Ceci n'est pas une révélation ni une confession. Ceux qui me connaissent le savent. Ce n'est pas quelque chose que j'essaie de cacher, je n'en ai pas honte et ça ne me dérange pas particulièrement. Ça fait tout simplement partie de qui je suis. Il y a des jours où je me sens bien, et d'autres non. Une minute, tout va bien et la suivante, c'est comme si quelqu'un venait d'éteindre la lumière dans ma tête. Je reste silencieuse et j'ai de la difficulté à sortir du lit. C'est toujours pareil, le monde qui m'entoure devient confus et j'ai du mal à m'y retrouver. Parfois, les épisodes dépressifs durent une heure, parfois des jours. Aujourd'hui, j'en suis à ma quatrième journée. Je préfère dire que je vis avec la dépression plutôt que parler de lutte contre la dépression. Je ne vois pas pourquoi (et je parle ici seulement en mon nom) il faudrait lutter."

La dépression est un trouble mental qui se caractérise par une détresse morale persistante ou une perte d'intérêt pour toute activité, elle a un impact significatif sur la vie quotidienne. Les personnes souffrant de dépression peuvent aller chercher de l'aide auprès d'un psychologue ou d'un psychiatre afin de recevoir un traitement approprié.

Les premiers pas, qui consistent à reconnaître la dépression et demander de l'aide, sont cruciaux. Néanmoins, la stigmatisation sociale qui entoure la maladie peut rendre ces premiers pas difficiles. Anshika Kumar, auteure pour le site Indian Youth [Jeunesse indienne], explique qu'en Inde les gens ont tendance à s'inquiéter beaucoup du jugement des autres :

"Nous, les Indiens, sommes beaucoup trop préoccupés par ce que pensent les autres. Cela doit cesser. Nous devons nous respecter les uns les autres, nous avons tous nos opinions et nos problèmes. Plusieurs d'entre nous sont incapables de comprendre et de reconnaître les symptômes d'un trouble mental ; et même si nous y arrivons, nous ne savons pas quoi faire ni comment nous y prendre. Les jeunes qui n'entretiennent pas de bonnes relations avec leurs parents auront tendance à leur cacher leur trouble mental, de peur d'être jugés ou d'être l'objet de moqueries. À l'extérieur de la famille, les patients sont également incompris et rejetés, c'est pourquoi ils sont craintifs et hésitent à en parler. Il se crée un cercle vicieux."

Source Global Voices