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Inde : Une avancée dans la reconnaissance des maladies mentales

le 5 avril 2017

[RFI] Le Parlement indien a adopté une loi qui modernise l'approche envers les personnes atteintes de maladies mentales. Exemple symbolique de ce changement radical : la tentative de suicide n'est plus considérée comme un crime, ce qui était le cas jusqu'à présent. Après un débat parlementaire de plusieurs années, de nombreux autres droits et mesures ont été ajoutés.

Jusqu'à présent, une personne qui survivait à une tentative de suicide pouvait être poursuivie et condamnée à un an de prison. Le suicide était considéré comme un acte criminel – une disposition héritée de la colonie britannique et déclinée dans des pays africains comme le Rwanda, le Nigeria ou le Ghana. Dans les faits, il y a très peu de poursuites en Inde, mais ce changement législatif est significatif.

La loi votée par le Parlement considère maintenant une personne suicidaire comme souffrant d'une maladie mentale. C'est un début dans un pays où 100 000 personnes se suicident chaque année, et 20 fois plus tentent de le faire. Malgré l'augmentation de ce chiffre (+22% sur les dix dernières années), la maladie mentale fait l'object d'un terrible tabou. Beaucoup d'Indiens ne comprennent tout simplement pas ce qu'elle signifie : dans les villes moyennes, une personne qui fait l'effort d'aller voir un psychologue pourra être considérée comme folle.

Quels autres progrès apporte cette loi ?

Elle interdit les traitements à base de décharges électriques pour les enfants, et limite leur usage pour les adultes, empêche l'enfermement de malades mentaux dans des cellules isolées et oblige le gouvernement à créer des unités de soins psychologiques dans chaque prison. De manière générale, cette loi donne plus de droits au patient, face à des psychiatres qui, jusqu'à présent, pouvaient imposer leurs décisions, parfois violentes.

Toutefois, certains spécialistes considèrent que la loi ne suffira pas pour impulser un réel changement : il faudra que les patients soient informés de ces nouveaux droits. Pour cela plusieurs associations ont décidé de lancer des missions de sensibilisation sur le terrain, auprès de malades, pour s'assurer que la loi est appliquée. Et cela peut prendre du temps.

Le gouvernement devra mettre les moyens

L'Etat indien attribue moins de 0,1% de son budget de santé aux problèmes mentaux. C'est 7 fois moins que le Bangladesh voisin, et 40 fois moins que le Brésil. L'Organisation mondiale de la santé (OMS) a tiré la sonnette d'alarme il y a quelques années, en qualifiant l'Inde de pays le plus déprimé du monde. L'OMS se base sur son sondage selon lequel un Indien sur trois souffrirait de dépression. Cela a irrité New Delhi, qui a réagi en rédigeant cette loi.

Il y a une semaine, le Premier ministre a également brisé cetabou en appelant ouvertement les Indiens à « parler de leur dépression à leurs proches, et d'arrêter de réprimer » cette maladie. Cette reconnaissance du mal est urgente, car l'Inde s'urbanise à grand pas, et les villes sont connues pour engendrer davantage de solitude et de troubles mentaux.

Source RFI