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Italie : La triste histoire des femmes incarcérées dans des asiles sous Mussolini

le 22 juin 2017

[Vice] Entre 1922 et 1943, l’Italie fasciste a emprisonné des milliers de « dégénérées » dans des institutions psychiatriques.

Sous la dictature de Mussolini en Italie – de 1922 à 1943 – des milliers de gens furent internés dans des asiles pour ne pas avoir voulu se conformer aux mœurs imposées par le régime. Annacarla Valeriano et Costantino Di Sante, chercheurs à l'université de Teramo, ont passé des années à étudier des récits et journaux intimes évoquant l'emprisonnement inhumain de milliers de personnes – en particulier des femmes –, considérées comme des malades mentaux car « moralement anormaux » pour s'intégrer à la société.

Leur étude a donné lieu à une exposition – mêlant photos, registres médicaux et lettres personnelles – qui s'est tenue un peu partout en Italie. J'ai discuté avec Annacarla Valeriano au sujet de son travail et du traitement qu'a fait subir le régime aux femmes qui ne voulaient pas écouter.

Comment ce projet est-il né ?

En 2010, nous avons commencé à fouiller dans les archives de l'asile Sant'Antonio Abate à Teramo, qui a été fondé en 1881 et fermé en 1998. Dans le cadre d'une étude, j'ai analysé les registres médicaux de 7 000 des 22 000 hommes et femmes à avoir été incarcérés là-bas entre 1881 et 1945. Une partie de cette recherche figure dans mon livre, The History of Teramo's Asylums . Après que le livre a été publié, j'ai décidé d'y retourner et de me concentrer sur les femmes qui y ont été hospitalisées pendant les 20 ans de règne fasciste, de 1922 à 1943.

Pourquoi ? Qu'est-ce qui vous intéresse tant à leur sujet ?

À l'époque fasciste, des photos d'identité ont commencé à apparaître sur les registres médicaux des femmes. Et au cours de ces années, de plus en plus de femmes ont été admises à l'asile pour « déviance ». J'ai trouvé ce concept de « déviance féminine » fascinant, donc j'ai décidé de m'y intéresser de plus près.

Pourquoi les photos d'identité avaient-elles de l'importance ?

Selon la théorie positiviste, qui était populaire à l'époque, il était possible de déterminer si quelqu'un était un criminel ou un malade mental simplement d'après la dimension de son crâne, la forme de ses pommettes ou la position de ses yeux. Les photos avaient également une fonction utilitaire – les patients pouvaient être facilement reconnus s'ils tentaient de s'échapper.

Quel diagnostic recevaient ces femmes, exactement ?

Celui de la « déviance », mais l'État a créé bon nombre de catégories de la déviance. Dans un discours célèbre daté de 1925, Mussolini a déclaré que l'unique rôle qu'une bonne épouse doit jouer est celui d'une bonne mère. La plupart des femmes hospitalisées étaient accusées d'être des « mères dégénérées » – elles ne correspondaient pas à l'image que l'État se faisait d'une bonne mère.

Cela touchait-il les femmes d'une classe en particulier ?

La plupart venaient de la classe ouvrière et vivaient dans une extrême pauvreté. Elles travaillaient dans les champs et avaient dix, douze, quatorze enfants. Quand elles étaient submergées par leurs responsabilités – la famine et la pauvreté n'arrangeaient rien – et qu'elles ne pouvaient plus subvenir aux besoins de leur famille d'une manière jugée acceptable par l'État, elles se faisaient cataloguer de « mères dégénérées ». La même chose était dite des femmes souffrant de dépression post-partum et de celles qui refusaient d'avoir d'autres d'enfants. Elles ne collaient pas à l'image de la parfaite femme au foyer de Mussolini.

Source Vice