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Luxembourg : Schizophrénie, "Au début, on pensait à une déprime"

le 10 octobre 2016

[Le Quotidien] À 20 ans, Max est tombé malade. Une maladie méconnue, voire taboue au Luxembourg : la schizophrénie. Cinq ans après, ses proches se battent contre la fatalité et l’ignorance.

Vacances de Pâques, en 2011. Max (prénom modifié), 20 ans, devient triste, rentre tard, fuit ses proches, s’enferme dans le noir. «Au début, on pensait à une déprime, car il avait raté ses examens d’université. Ou à une déception amoureuse. Impossible de discuter avec lui pour savoir ce qui le torturait», raconte sa mère.

Aujourd’hui, Mady sait : Max est schizophrène. Une maladie sournoise. Elle est souvent confondue avec un vague à l’âme, une dépression ou une double personnalité. Tout ceci n’a pourtant rien à voir avec cette maladie qui entraîne des troubles du comportement et des hallucinations.

Une maladie complexe, aussi. Car le chemin jusqu’au diagnostic n’a pas été facile. «Son comportement envers nous a changé au point que je ne reconnais plus mon enfant.» En témoigne cette crise survenue en septembre. «Il était enfermé dans la salle de bains, par moments, je l’entendais gémir, sans obtenir une réponse. J’ai essayé d’enfoncer la porte, sans succès, et j’ai dû appeler le 112. Les pompiers et la police sont venus. Il est resté sous observation pendant 48 heures à l’hôpital, puis on l’a relâché. Parce qu’il était soi-disant normal.»

« Un cercle vicieux »

Un mois après, son comportement empire. Sa chambre devient un dépotoir… Retour forcé à la case hôpital. «Ce qui est triste et frustrant, c’est de voir son enfant, qui jusque-là n’a jamais été malade si ce n’est un rhume par an, qui n’arrive pas à exprimer ce qu’il ressent. Impossible de le convaincre d’aller voir un médecin. On est forcé de réagir pour lui et d’appeler l’ambulance pour l’aider.»

Finalement, le diagnostic tombe. Mady peut enfin mettre un nom sur les tourments qui assaillent Max. Mais ce dernier ne comprend pas et réagit mal. «Max ne se sent pas malade, il ne comprend pas ce qui lui arrive, pourquoi on le force à prendre un neuroleptique, avec beaucoup d’effets secondaires qui transforment son corps, le font grossir…»

Eric Krebs, le compagnon de Mady, ajoute : «Comme les schizophrènes ne se sentent pas malades, ils arrêtent souvent leur traitement, alors qu’il est nécessaire pour ajuster le dérèglement hormonal de la dopamine dans leur cerveau. Ce qui fait qu’ils rechutent. 60% des malades sont dans le déni ! C’est un cercle vicieux.»

Selon une étude publiée en 2015 par le Luxembourg Institut of Health, les troubles mentaux et du comportement ont représenté en 2009 la première cause d’hospitalisation (en nombre de journées) avec 23,5% du total des journées. Avec 479 lits hospitaliers, 17% des lits des hôpitaux du pays sont consacrés à la psychiatrie. Le Luxembourg compte 15,5 psychiatres pour 100 000 habitants. 12,7% des jeunes ont pensé au suicide dans les douze derniers mois, 6,4% des jeunes ont fait une tentative de suicide. Un cinquième de la population a reçu au moins un remboursement de psychotropes en 2010 comprenant les antidépresseurs, les tranquillisants, les somnifères, les neuroleptiques et les psychostimulants, soit 24,9% des femmes et 15,1% des hommes.

Source Le Quotidien