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Maroc : Art-thérapie avec les malades psychiatriques de Casablanca

le 26 août 2016

[Huffington Post Maghreb] "Ce qui est plus triste qu’une œuvre inachevée, c’est une œuvre jamais commencée". Inscrite sur une carte collée au mur de l’atelier d’art- thérapie du centre psychiatrique de l’hôpital Ibn Rochd de Casablanca, cette citation pourrait être le crédo de Boushra Benyezza.

Psychothérapeute et artiste, elle a lancé bénévolement, il y a cinq ans, le premier atelier d’art-thérapie du Maroc, avec la certitude que l’enfermement ou les traitements médicamenteux ne peuvent pas être l’unique remède pour soigner les schizophrènes, dépressifs, toxicomanes ou bipolaires, mais que l’art et la création en général peuvent, aussi, pousser les patients vers la voie de la guérison.

Il est un peu plus de onze heures, ce vendredi, quand elle nous ouvre les portes de l’unique hôpital psychiatrique de Casablanca, qui dispose d’une centaine de lits seulement (pour une ville qui compte plus de 4 millions d’habitants) et quelques pièces d’isolement dans lesquelles sont enfermés les patients les plus dangereux ou les suicidaires. "Ils ont juste droit à des couvertures auxquelles on retire les bords pour éviter qu’ils ne les déchirent et tentent de se tuer avec", nous explique Boushra Benyezza. Derrière la minuscule fenêtre d'un isoloir, un patient nous observe, le regard vitreux. Le décor est planté.

"Combattre la stigmatisation"

Aujourd’hui, la spécialiste, qui a suivi une formation de deux ans en art-thérapie à Tours, en France, reçoit quatre nouveaux patients pour son atelier hebdomadaire. Quatre hommes, entre 25 et 50 ans qui, pendant une heure trente environ, vont pouvoir s’exprimer librement autour d’une table et d’une tasse de café préparée par ses soins. Après un temps de rédaction, où chacun doit écrire son histoire sur une feuille blanche, vient celui de la présentation, puis de la création en s’inspirant d’images distribuées par l’art-thérapeute qu’ils sont libres de copier ou de réinterpréter.

Il y a Youssef*, schizophrène qui raconte être "malade de jalousie" de sa sœur. Reda, qui a perdu tous ses cheveux suite à un choc émotionnel. Ahmed, qui a déserté la gendarmerie royale, dont le frère s’est suicidé et qui a fui un temps en Libye où "il dormait dans la rue". Et Abdelkader, bac+5, "gros fumeur de haschich", la peau sur les os. Des enfances difficiles, des vies disloquées, sur lesquelles pèse souvent la honte de leur famille d’avoir un enfant, un frère ou un mari malade mental. Des "fous", aux yeux de la société.

"C’est aussi pour combattre la stigmatisation que j’ai lancé cet atelier", nous explique Boushra Benyezza. "La maladie mentale reste tabou au Maroc, comme si c’était contagieux. Beaucoup de malades rechutent même à cause de cela. J’essaie ainsi de montrer que ces gens sont comme nous. Ils sont humains, et il faut leur apprendre à se reconstruire", ajoute-t-elle.

C’est en réalisant qu’elle avait elle-même réussi à se reconstruire grâce à l’art que la psychothérapeute, diplômée de l’Ecole des Beaux-Arts de Montpellier en France, qui a exposé dans plusieurs pays, a eu l’idée de lancer l’art-thérapie au Maroc. Une méthode de médecine alternative qui permet non seulement de regagner l’estime de soi, mais aussi de repartir sur un projet de vie concret. "Il ne faut pas que l’atelier artistique ait uniquement une fonction occupationnelle. C’est bien de les laisser peindre, écrire ou faire du théâtre, mais il faut que cela les aide à réfléchir à un projet de sortie", explique-t-elle.

Source Huffington Post Maghreb