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Maroc : "Beaucoup de cas de suicides ne sont pas déclarés"

le 6 juillet 2017

De 2.200 à environ 2.900, un bond de 32% en une année. C’est l’évolution alarmante des suicides et tentatives de suicide qu’a connue le Maroc entre 2015 et 2016, selon une récente note du Centre antipoison et de pharmacovigilance. Une situation inquiétante qui tire la sonnette d’alarme sur un phénomène encore enveloppé du drap de l’interdit.

La hausse exponentielle des cas de suicide au Maroc selon les chiffres révélés par le Centre antipoison et de pharmacovigilance en dit long sur l’ampleur de ce phénomène. Qu’en est-il vraiment?
Inquiétante, oui. Mais exponentielle, on n’en sait rien puisque nous n’avons pas de statistiques antérieures sur lesquelles on peut se baser pour comparer. Et c’est d’ailleurs l’un des problèmes qui se posent au Maroc. Dans ce sens où nous n’avons pas de registre national du suicide comme celui dont disposent les pays développés. Dans le monde, et selon l’OMS, il y a 68 pays qui ont un registre du suicide et qui donnent des chiffres fiables. Ceci dit, je félicite les responsables qui ont pu publier ces chiffres parce qu’on manquait de chiffres nationaux et d’indicateurs lorsqu’on enseigne le suicide à nos médecins qui ont choisi la spécialité psychiatrique.

Ce chiffre est un indicateur d’abord pour attirer l’attention de tout le monde étant donné que c’est un sujet qui n’interpelle pas que les autorités sanitaires mais aussi tous les acteurs de la vie publique. C’est un sujet très complexe qui touche tous les pays, toutes les cultures et qui existe depuis la nuit des temps.

Est-ce que le profil du suicidaire a changé au fil des années?
Normalement, la courbe du suicide suit l’âge. L’on enregistre une augmentation des cas de suicide au-delà de 55 ans. Mais, ces dernières années, on commence à avoir des pics, notamment chez les jeunes entre 15 et 24 ans.

Même au niveau mondial, l’OMS considère le suicide comme la deuxième cause de mortalité chez les jeunes. Il y a un suicide dans le monde toutes les 40 secondes et 800.000 suicides par an. Ce chiffre est multiplié par dix si l’on parle de tentatives de suicides.
Pour ce qui est des cas de suicide, l’on compte le plus de victimes parmi le sexe masculin. Cependant, concernant les tentatives de suicide échouées, c’est le sexe féminin qui prédomine. Heureusement, les femmes échouent souvent. Malheureusement, les hommes réussissent souvent.

Est-ce que les chiffres avancés reflètent la réalité?
Il m’est très difficile de dire si les chiffres reflètent la réalité. C’est uniquement un aspect de tout un iceberg. Ce sont des gens qui ont attenté à leur vie par des moyens chimiques. Il y en a d’autres qui attentent à leur vie par d’autres moyens. Il reste quand même un indicateur important. Peut-être qu’on aura besoin d’autres études. Et comme le suicide est illégal et demeure un tabou et un interdit dans toutes les religions monothéistes, beaucoup de cas de suicides ne sont pas déclarés. Ainsi, les chiffres peuvent être en-deçà de la réalité.

Se référant aux chiffres du Centre antipoison, qu’est-ce qui peut expliquer cette hausse des cas de suicide?
Maintenant, face à l’augmentation des cas de suicide entre 2015 et 2016, on ne peut que formuler des hypothèses. Avec l’évolution de notre société et de l’hyper-connexion, on commence à s’en informer plus spontanément et plus facilement. Dans ce contexte, il y a beaucoup de facteurs de risque. Dans une société en transition démographique, économique, sociale… il y a des moments de stress.
L’on assiste à l’émergence de l’individualisme, ce qui entraîne un effritement des liens sociaux et familiaux. Chose qui est considérée par les psychiatres, les psychologues, les sociologues et les anthropologues comme un facteur majeur de suicide. La vérité, c’est qu’on a besoin de sociologues et d’anthropologues pour faire des études sur notre société. Par ailleurs, il y a un lien important entre le suicide et les troubles psychiques. Le premier facteur de suicide au monde (70 à 80%), c’est la dépression. Il y a ensuite la schizophrénie (10 à 15% des cas), qui touche 1% de la population, puis il y a la toxicomanie.

Source Khabarpress