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Pologne : Un jardin suisse pour soigner des troubles psychiques

le 14 juin 2017

[Tahiti Infos] Dans le grand parc de 13 hectares entourant le palais de Ruskie Piaski, dans l'est de la Pologne, une vieille dame malade se penche sur une touffe de fleurs. Lentement, son visage s'illumine d'un sourire.

Cela n'aurait rien d'extraordinaire, si la promeneuse n'était pas atteinte d'une maladie psychique, la schizophrénie paranoïdale, qui la rend pratiquement autiste, et son visage, immobile comme celui d'une statue en pierre.
Son émotion est l'un des petits effets heureux de l'hortithérapie - la thérapie où c'est le jardin qui soigne - introduite dans cet établissement d'aide sociale réservé aux femmes, grâce à l'exemple et au financement suisses, et qui existe aussi dans quelques autres institutions polonaises.
"Nous avons vu en Suisse, lors de notre visite d'études, pas mal de choses que nous avons ensuite reprises chez nous", explique Alina Anasiewicz, la directrice de Ruskie Piaski.
Elle montre fièrement aux visiteurs une belle fontaine où, les jours de chaleur, ses pensionnaires peuvent non seulement toucher l'eau qui coule, mais aussi entrer dans le petit bassin et toucher de leurs pieds les cailloux qui en tapissent le fond. 
Pour accéder à la fontaine, elles passent, pieds nus, sur un petit "parcours sensoriel", sur du gravier, sur du sable, sur des rondins de bois: autant de stimulations qui font travailler les sens et le cerveau.
De l'autre côté du palais, trois patientes bêchent énergiquement un potager. Non seulement elles peuvent en humer les parfums, mais elles pourront aussi en consommer les produits. Faire des confitures. Voire les offrir. Autant d'expériences positives. 

 Polysensoriel 

"Le jardin constitue un milieu polysensoriel, le patient peut sentir les parfums des fleurs et des plantes, les toucher, et aussi se faire piquer par les épines. Il permet aussi des exercices physiques, par exemple pour ceux qui ont des problèmes d'équilibre, amenés à sauter d'une pierre sur l'autre", explique à l'AFP le Dr Bozena Szewczyk-Taranek, qui vient de créer une filière d'études de l'hortithérapie à l'Université Agricole de Cracovie, pour former des biologistes souhaitant travailler dans ce secteur.
"Bien entendu", ajoute-t-elle, "lorsqu'il s'agit de patients intellectuellement déficients, il faut bannir du jardin les plantes toxiques, tels l'if, l'hortensia ou le muguet de mai".
L'hortithérapie moderne, dont les racines remonteraient notamment à l'Egypte des pharaons, où des prêtres-médecins avaient remarqué les bienfaits des jardins sur les personnes psychiquement malades, est née au XIXe siècle aux Etats-Unis et au Canada, puis a essaimé lentement en Europe. Après la Première guerre mondiale, on envoyait souvent "au vert" les soldats blessés pour les aider à se remettre physiquement et mentalement.
Sans constituer un traitement permettant de guérir une maladie psychique, l'hortithérapie, aujourd'hui bien développée aux Etats-Unis, en Allemagne et en Suisse notamment, contribue à stimuler intellectuellement et socialement les patients, renforce leur confiance en soi et enfin améliore leur condition physique, ne serait-ce qu'en les faisant sortir de leurs chambres, relève un psychothérapeute de Cracovie, Roman Kwiatkowski.
Quand la météo se dégrade, ou bien lors de la saison hivernale, les patients vont moins bien, sont plus déprimés, souligne la direction de Ruskie Piaski, en ajoutant que le jardin est un moteur du bien-être: une patiente qui avait quitté les lieux pour rendre visite à sa famille a ainsi voulu revenir plus tôt que prévu car "le jardin lui manquait". 

Source Tahiti Infos