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Québec : "En prison, le gardien qui arrive, c'est comme un monstre de plus"

le 17 mai 2017

[La Presse] Que va-t-il se passer en dedans? Mon fils aura-t-il les soins dont il a besoin? Sa place ne serait-elle pas plutôt dans un hôpital, une clinique ou un centre de thérapie? Les mères (et les proches) qui voient partir un fils fragile pour la prison se posent toutes les mêmes questions. Le Soleil s'est rendu au Centre de détention poser ces questions au directeur Christian Thibault. 

En apparence, rien ne distingue l'aile 9-D des autres secteurs de détention. Le même béton propre avec des murs blancs; un gris verdâtre au sol, sur les cadres de portes et aux barreaux.

Dans l'aire commune éclairée au néon, deux longues tables et des bancs de métal vissés au sol. Une douzaine de détenus y prennent leurs repas et collations, à moins de préférer manger seul dans sa cellule.

Une lumière blanche filtre des trois fenêtres obstruées par des stores à l'intérieur et des barreaux de béton à l'extérieur. Elles donnent sur la cour gazonnée, déserte à cette heure, et sur ses murs hérissés de barbelés.

Sur l'étagère dans le coin, un sac de pain tranché, et posés sur le plat des grilles, des gobelets de carton numérotés où des détenus ont réservé leur pomme.

Dans le local voisin, une buanderie avec laveuse, sécheuse et dans le coin, un téléphone. Chacun est responsable de son lavage avec le savon acheté à la cantine.

Collés sur le poste de garde et au mur de la buanderie, les numéros de téléphone du Centre de prévention du suicide, du protecteur du citoyen et de l'aide juridique.

Les détenus ont été renvoyés à leur cellule le temps que Le Soleil prenne des photos. Au bout de quelques minutes, on les entendra cogner aux murs pour marquer leur désir de retrouver leur «liberté».

Rien ne distingue l'aile 9D, disais-je, sauf le plus important : sa clientèle. Depuis 2015, cette aile est réservée à des détenus qui ont des problèmes de santé mentale.

Les agents carcéraux qui y travaillent se sont portés volontaires et reçoivent l'accompagnement nécessaire.

«Un gros succès», évalue le directeur du Centre de détention de Québec, M. Christian Thibault, qui, pour la première fois en 26 ans de carrière, ouvre (une petite partie de) sa prison à un journaliste.

Dans cette aile 9D, on mise davantage sur les relations personnelles, l'encadrement et la négociation que sur les mesures disciplinaires traditionnelles d'une prison.

On enverra le détenu réfléchir dans sa cellule, on prendra plus le temps de lui expliquer.

Lors des formations, le personnel apprend «comment les détenus se sentent quand ils sont envahis par les symptômes», décrit la travailleuse sociale Guylaine Cayouette, de PECH, qui assiste à notre entretien.

Mme Cayouette connaît la prison pour y travailler quatre jours par semaine depuis 10 ans.

«Pour la personne, un gardien qui arrive, c'est comme un monstre de plus, un méchant de plus, une voix de plus» dans une tête tourmentée, décrit-elle.

«Il y a une technique, une façon de faire avec eux autres». Baisser le ton, ne pas toucher la personne. Avoir le moins de stimuli possible, explique Mme Cayouette. Les pensionnaires du 9D sont ainsi logés un par cellule plutôt qu'en «occupation double».

Cela entraîne des coûts additionnels pour le Centre de détention qui n'aurait pas les budgets ni l'espace pour en ouvrir davantage.

Source La Presse