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Québec : "Policier ou psy ?" Policiers d’un "hôpital à ciel ouvert"

le 7 septembre 2017

Les policiers doivent de plus en plus souvent intervenir auprès de personnes atteintes de problèmes de santé mentale. Une formation volontaire leur permet d’être un peu mieux outillés pour faire face à ces situations.

Le 3 février 2014, Alain Magloire, marteau à la main, tombait sous les balles des policiers en plein jour au centre-ville de Montréal. Bien loin du profil type de l’itinérant — père de famille et ancien chercheur en biochimie —, il aura permis de bouleverser les consciences et d’ouvrir un débat sur les interventions policières. Une question s’impose : les policiers sont-ils « armés » pour faire face à la santé mentale ?

Un « hôpital à ciel ouvert » , c’est ainsi que Pierre Magloire, frère d’Alain, décrit le centre-ville de Montréal dans Police ou psy ?, nouveau documentaire réalisé par la productrice, journaliste et animatrice Claire Lamarche sur les ondes de Télé-Québec. Chaque année, le bilan de personnes en détresse abattues par la police s’alourdit. « On a fait la désinstitutionnalisation à partir de principes très louables. On a dit que ces gens-là n’ont pas à vivre enfermés tout le temps, qu’il faut les réintégrer dans la société. Je dis bravo à tout ça, sauf qu’on n’a pas mis les ressources suffisantes à leur disposition. » Claire Lamarche se défend bien de vouloir trouver un bouc émissaire ou lancer des pierres aux policiers. « J’ai beaucoup de respect pour les policiers. Comme société, comme parent ou comme voisin, on ne sait pas trop quoi faire avec les problèmes de santé mentale. On est désemparés, on a peur. Le système de santé ne met pas les ressources suffisantes pour bien prendre soin de ces personnes-là » , déplore Mme Lamarche au Devoir.

Interventions

De son côté, le SPVM a mis sur pied une formation sur une base volontaire en réponse en intervention de crise (RIC). Introduits en 2013, les agents RIC se retrouvent maintenant au sein de toutes les équipes de travail du poste de quartier 21, situé en plein coeur du centre-ville. L’objectif est d’étendre le principe à l’ensemble du SPVM, comme le recommande le rapport de l’enquête publique sur la mort d’Alain Magloire. La formation offre, entre autres, une meilleure compréhension de la santé mentale, de ses enjeux, et apprend à mieux maîtriser un individu en situation de crise. À l’inverse des interventions habituelles, les agents RIC doivent, plutôt qu’utiliser la force, l’assurance et les armes, aller à l’encontre du temps, avec moins de bruit et moins de force. « C’est l’expression « humilité » qui me vient [à l’esprit] à ce moment-là » , ajoute Claire Lamarche. Quarante heures de formation, est-ce réellement suffisant ? « Probablement pas. Mais si au moins cela peut être fait et si on peut multiplier les agents RIC au sein des patrouilles, tant mieux. Il y a ce que l’agent apprend à faire comme intervention différente, mais aussi le rayonnement que l’agent RIC peut avoir sur ses collègues, qui ne peuvent plus voir les problèmes de santé mentale de la même façon et qui vont peut-être modifier progres-sivement leurs façons d’intervenir aussi » , explique Mme Lamarche.

S’ajoutent à ces formations des partenariats mixtes entre des organismes (ou intervenants) sociaux et la police. Ensemble, ils interviennent et permettent, entre autres, une meilleure prise en charge par le milieu de santé par la suite en offrant une réduction du phénomène des portes tournantes (entrer à l’urgence pour mieux en ressortir quelques heures plus tard).

Source Le Devoir