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Suisse : Le manque de lieux est particulièrement aigu pour les malades psychiques.

le 17 mars 2017

[Tribune de Genève] Depuis deux ans, des parents multiplient les actions de protestation afin de réclamer des places d’hébergement et d’accueil de jour en institutions spécialisées pour leurs enfants handicapés. Avec un succès mitigé. «Quelque 120 à 150 personnes souffrant de troubles psychiques sont toujours en attente d’une solution», estime Jean Dambron, président de l’association Le Relais, qui soutient les proches de ce type de malades.

La mobilisation des familles a toutefois fini par payer dans le secteur du handicap physique et polyhandicap. Il semble même sous contrôle à entendre Christian Frey, membre de la commission des Affaires sociales du Grand Conseil: «Cela grâce à l’ouverture des nouvelles places de Clair Bois et alors que le foyer de Clair Bois-Gradelle n’est pas encore plein.»

Situation des plus tendues

Dans le domaine de la déficience mentale, «les situations les plus urgentes ont trouvé des solutions l’an dernier», se réjouit Céline Laidevant. Mais la secrétaire générale d’Insieme-Genève, association de parents et d’amis de personnes mentalement handicapées, a des craintes pour 2017: «D’abord parce qu’il reste compliqué d’accueillir les mineurs scolarisés hors canton à leur retour à Genève lorsqu’ils atteignent l’âge adulte. Ensuite parce que bien des projets ont été annoncés dans la planification 2017, or certains sont déjà reportés à 2018. Des places de résidence devraient alors voir le jour aux Vergers, dans un immeuble des Pâquis, ainsi que dans un bâtiment destiné à des personnes âgées à Aigues-Vertes. On pourrait alors entrer dans une période plus aérée.»

La situation dans le domaine du handicap psychique reste, elle, des plus tendues! «Selon mes informations à la Commission cantonale d’indication, le nombre de demandes, déjà considérable, continue à croître, prévient Jean Dambron. Une quarantaine de malades se retrouve ainsi à l’hôpital psychiatrique de Belle-Idée, alors qu’ils n’ont rien à y faire. Un site en outre surpeuplé, où le personnel se plaint régulièrement d’une surcharge de patients.»

Dans des hôtels

Le président du Relais souligne que les Etablissements publics pour l’intégration (EPI), le Centre Espoir, Trajet et la Maison-des-Champs – principaux acteurs du secteur – font le maximum pour trouver des solutions: «Trajet vient d’ouvrir une dizaine de lits à Troinex, un hôtel a été racheté par les EPI aux Pâquis, l’EMS de La Méridienne devrait augmenter sa capacité et un ancien EMS projette, lui aussi, d’accueillir des malades psychiques au Nant d’Avril», énumère Jean Dambron.

En attendant, la pénurie est telle que nombre de personnes souffrant de troubles psychiques continuent à vivre dans des hôtels (voir notre édition du 24 novembre 2015). Jean-Christophe Bretton, directeur général de l’action sociale du Département de l’emploi, des affaires sociales et de la santé (DEAS) – notamment en charge du secteur du handicap – ne cache pas son insatisfaction quant à ce mode d’hébergement: «Non seulement il n’est de loin pas idéal pour cette population, mais en plus l’Hospice général dépense 9 millions par an pour héberger notamment ce profil de personnes! Pour y remédier, l’institution sociale ambitionne d’acheter un immeuble.»

Souplesse requise

Le haut cadre ajoute que l’Etat «a une tradition historique de bonne prise en charge structurée du polyhandicap, du handicap mental et du handicap physique. Pas moins de 15 institutions offrent près de 1000 places résidentielles dans le canton. Concernant le handicap psychique, dont je n’aime pas le terme car il sous-entend une notion d’invalidité, la situation est plus complexe.» Selon une récente étude, poursuit-il, «une personne sur deux pourrait souffrir de troubles psychiques durant son existence, soit 200 000 individus à l’échelle genevoise. Mais entre un léger trouble temporaire, une crise de décompensation épisodique et une hospitalisation d’urgence, le spectre est extrêmement large et mérite des réponses diversifiées et plus souples que la seule solution institutionnelle.»

Cour des comptes

Jean-Christophe Bretton note encore que le DEAS travaille avec le Centre Espoir, «pour doubler la capacité de cette structure flexible avec encadrement qui constitue une excellente réponse à la problématique». Enfin, tous les protagonistes attendent le prochain rapport de la Cour des comptes qui s’est saisie du handicap psychique; il devrait sortir ce mois-ci.

Source Tribune de Genève