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Journée Psycom "Maux Croisés : Parler de santé mentale sans stigmatiser" - MERCI !

le 24 novembre 2017

Le Psycom, en partenariat avec la Maison des métallos, a organisé le 23 novembre 2017 une journée anniversaire de ses 25 ans "Maux Croisés : Parler de santé mentale sans stigmatiser" autour de 3 univers : "Santé Mentale", "Schizophrénie(s)" et "Guérison". Vous avez été nombreux à nous faire des retours positifs et nous vous en remercions. Les vidéos de la journée seront bientôt en ligne.

Merci à tous et à toutes pour cette journée riche en échanges, contributions, réflexions, partage de savoirs et en rencontres. Nous remercions tout spécialement les intervenant.e.s pour leur participation à la réalisation de cette journée mémorable.

La journée sera prochainement disponible au format vidéo sur notre site. En attendant, voici deux extraits du discours d'ouverture d'Aude Caria, directrice du Psycom :

« Parler de santé mentale sans stigmatiser »

Même si nous utilisons les mêmes mots, le sens qu’on leur attribue varie beaucoup d'une personne à l'autre, en fonction de sa position et de son expérience (en tant que patient ou patiente, psychiatre, infirmier, journaliste, politique, etc.), c’est-à-dire en fonction de la représentation que l’on en a.

C’est un signe de richesse de la langue, mais c’est aussi une source de grande confusion, d’incompréhensions et de malentendus qui font le lit de la stigmatisation.
Depuis 25 ans, le Psycom contribue à la vulgarisation des savoirs sur la santé mentale et agit pour faire évoluer les idées reçues. Si en 25 ans la connaissance sur les troubles psychiques a évolué, leur stigmatisation est toujours forte. Pourtant les personnes vivant avec des problèmes de santé mentale témoignent de plus en plus de leur vécu, défendent leurs droits de citoyens et de citoyennes, questionnent les savoirs scientifiques et interpellent les medias.

Plusieurs leviers peuvent contribuer à parler de santé mentale sans stigmatiser.
Diffuser une information fiable sur les troubles psychiques et leurs traitements, mais aussi sur les droits en psychiatrie, participe à l’évolution des idées reçues et de la stigmatisation. C’est une des actions principales du Psycom depuis sa création, qui s’accentue d’année en année.
L'émergence des questions de santé mentale dans le débat public peut aussi favoriser cette évolution. Nous assurons depuis plusieurs années une revue de presse hebdomadaire de l’actualité « Psy et santé mentale » (Hebdo du Psycom  »). De cette position d’observatoire, nous avons vu émerger de nouveaux discours : des témoignages directs et des revendications explicites contre la stigmatisation, en réaction à l’actualité.
Pensez à la mobilisation qui a eu lieu sur les réseaux sociaux cette année, suite à telle ou telle émission de télévision, ou à la une sensationnaliste de certains journaux, ou à l’utilisation de diagnostics psychiatriques dans un sens métaphorique et souvent péjoratif. Pensez à l’émergence du terme de « psychophobie », pour désigner la stigmatisation systémique qui concerne les personnes qui vivent avec des troubles psychiques.

C’est tout à fait nouveau d’oser parler publiquement de ses troubles psychiques,  d’avoir le courage de défendre ses droits et de dénoncer ouvertement la stigmatisation. Cette parole était auparavant taboue, impossible à dire et à entendre ; elle s’émancipe.

Et grâce à la chambre d’échos d’internet et des réseaux sociaux, cette parole individuelle devient une force collective. Tout cela peut participer, comme dans d’autres domaines, à une prise de conscience individuelle et sociétale, sur les stéréotypes et les discriminations.

Nous en sommes convaincue, pour parler de santé mentale sans stigmatiser, chacun, chacune d’entre nous peut faire sa part.

Le Psycom a 25 ans !

Il y a 25 ans, la santé mentale n’était pas l’affaire de tous. C’était seulement l’affaire des équipes de psychiatrie. Les soins psychiatriques commençaient à se déployer hors des murs des hôpitaux. On ouvrait des Centre médico-psychologiques, des hôpitaux de jour, qu’on appelait « alternatives à l’hospitalisation » ou « soins extra-hospitaliers ». L’accompagnement social et médico-social était peu développé. On ne parlait pas d’équipes mobiles, ni de soins à domicile, encore moins d’impliquer les élue.e.s dans les réponses aux problèmes de santé mentale des populations

Il y a 25 ans, on n’annonçait pas leurs diagnostics aux personnes soignées en psychiatrie. Les mots « schizophrénie », « psychose maniaco-dépressive » étaient tabous. On avait peur des conséquences de leur énonciation, parce qu’on avait peur des maladies elles-mêmes et des malades aussi, parfois.
Et, comme dans d’autres domaines de la médecine, le savoir n’était pas facilement partagé entre soignants et soignés. L’information médicale était jalousement gardée dans des dossiers clos, auxquels les personnes malades ne pouvaient pas accéder directement. La stigmatisation régnait partout dans la société, mais on ne parlait pas encore d'agir contre elle.

Il y a 25 ans, on assistait aux prémices de la prise de parole publique des personnes concernées par des troubles mentaux, que l’on n’appelait pas encore des troubles psychiques. En 1992 naissaient l’association France Dépression, l’association française de personnes souffrant de troubles obsessionnels et compulsifs et la Fédération des associations de patients et ex-patients en services de psychiatrie (Fnapsy). Tandis que l’Union nationale des amis et familles de malades mentaux (Unafam) fêtait presque ses 30 ans.

Il y a 25 ans, Internet balbutiait, le world wide web, était créé, l’expression "surfer sur internet" était inventée par Jean Armour Polly, une bibliothécaire américaine. La France comptait 160 000 utilisateurs, qu’on n’appelait pas encore des internautes. Pour chercher des informations sur les maladies psychiatriques ou les médicaments, on allait à la bibliothèque ou à la librairie.

Il y a 25 ans, le psychiatre Edouard Zarifian présidait une mission ministérielle sur l’Image de la psychiatrie. Auteur de nombreuses émissions de télévision et de radio, et de livres (« Les jardiniers de la folie », « Des paradis plein la tête »), il avait à cœur de faire connaître à un large public les enjeux de la psychiatrie. Visionnaire, il lancera en 1996 un cri d’alarme sur la prescription et l'utilisation des médicaments psychotropes en France, dans son rapport ministériel, dont il fit un livre : « Le prix du bien-être. Psychotropes et société ».

Il était convaincu que l’image de la psychiatrie ne pourrait changer que si on accordait plus d’importance au savoir et à la parole des personnes concernées par les troubles psychiques.
Il recommanda d’intégrer des représentants d’usagers et de familles dans les conseils d’administration des hôpitaux, de faire des campagnes d’information et de prévention auprès du grand public, de communiquer largement sur les maladies et sur les soins.

C’est lui qui a inspiré la création du Psycom, en 1992.

Le Psycom a 25 ans !