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Rétablissement

le 28 mai 2015

Définition

Le « rétablissement » est un concept anglo-saxon qui trouve son origine dans des mouvements  d’usagers des années 1980 et 1990, qui prônaient la reprise du pouvoir d’agir (empowerment) et la défense des droits. Il désigne un cheminement personnel de la personne pour se réapproprier sa vie et se réinsérer dans la société. Pour les soignants, ce modèle suppose un accompagnement sur le long terme et axé dès le début vers l’autonomie de la personne.

L’un des concepteurs du mouvement du rétablissement, Bill Anthony, explique en 1993 :
« Le rétablissement est un processus foncièrement personnel et unique qui vise à changer ses attitudes, ses valeurs, ses sentiments, ses objectifs, ses aptitudes et ses rôles. C’est un moyen de vivre une vie satisfaisante, remplie d’espoir et productive malgré les limites résultant de la maladie. Le rétablissement va de pair avec la découverte d’un nouveau sens et d’un nouveau but à sa vie, à mesure qu’on réussit à surmonter les effets catastrophiques de la maladie mentale ... ».

De nombreux services de santé mentale en Nouvelle-Zélande, aux États-Unis, en Australie et en Grande-Bretagne considèrent le rétablissement comme un nouveau principe d’organisation.
Pour en savoir plus sur les expériences étrangères .

Les principes du rétablissement

Le rétablissement est à la convergence de plusieurs concepts : apprentissage de l’autonomie, autogestion, droits des personnes handicapées, inclusion sociale et réadaptation. Ses principaux leitmotivs sont les suivants :  

  • Le rétablissement consiste à rendre sa vie intéressante et satisfaisante, en se concentrant sur ses forces et son bien-être, en présence ou non de symptômes de maladie. L’amélioration symptomatique demeure importante mais la qualité de vie, telle que définie par l’individu lui-même, est cruciale. La preuve la plus flagrante du rétablissement réside dans les témoignages des patients.
  • L’espoir est au centre du rétablissement. Il peut se développer davantage quand le patient prend le contrôle de sa propre vie (« pouvoir d’agir ») et découvre comment d’autres ont réussi à progresser.
  • L’autogestion est encouragée et facilitée.
  • La relation d’aide offerte par le clinicien évolue d’expert à partenaire au cours du cheminement vers la découverte de soi. Les cliniciens sont là pour « être disponibles, sans être dans une position de supériorité » (« on tap, not on top »), et avant tout pour écouter la personne.
  • Le rétablissement ne survient pas dans l’isolement. Il est étroitement associé à l’inclusion sociale et à la capacité d’assumer des rôles sociaux significatifs et satisfaisants dans la communauté. Le travail, les études ou l’implication dans une activité bénévole sont de bons moyens de tisser des liens avec sa communauté et de bâtir sa vie, en développant une estime de soi positive.
  • La famille et les autres aidants jouent souvent un rôle décisif dans le rétablissement et devraient être acceptés comme partenaires dans la mesure du possible.

Les étapes du rétablissement

 Le rétablissement est un cheminement propre à chaque personne, dans lequel chacun s’investit différemment. À la suite d’un très grand nombre d’entrevues auprès d’usagers, Andresen, Caputi et Oades (2006) font observer que ce processus semble se diviser en cinq étapes.

  1. Moratoire. Un temps de retrait caractérisé par un profond sentiment de perte et de désespoir;
  2. Prise de conscience. La réalisation que tout n’est pas perdu et qu’une vie enrichissante est possible, le sentiment personnel de pouvoir agir ;
  3. Reconstruction. Un travail actif pour établir une identité positive, des objectifs significatifs, et reprendre sa vie en main ;
  4. Préparation. Un bilan des forces et des faiblesses concernant le rétablissement et le début des efforts d’acquisition des compétences pour y arriver ;
  5. Croissance. Le fait de mener une vie significative marquée par l’autogestion de sa maladie, la résilience et une image de soi positive.

Comment favoriser le rétablissement dans les pratiques de soins ?

Les concepteurs du rétablissement ont formulé des conseils pour les soignants, afin de les aider à progresser dans leur pratique. D’après Shepherd (2007), le professionnel de la santé mentale devrait se demander, après chaque interaction avec son patient : ai-je

  • écouté activement la personne pour l’aider à comprendre ses problèmes de santé mentale ?
  • aidé la personne à préciser ses objectifs personnels et établir ses priorités pour se rétablir, et non ceux identifiés par les professionnels ?
  • montré que je croyais dans les forces et les ressources existantes de la personne pour atteindre ces objectifs?
  • donné des exemples de mon vécu ou du vécu d’autres usagers qui valide ses espoirs? 
  • recensé des ressources autres qu’en santé mentale – amis, contacts, organisations – qui pourraient jouer un rôle dans l’atteinte de ses objectifs? 
  • en tout temps fait preuve d’une attitude respectueuse à l’égard de la personne et d’un désir de travailler ensemble d’égal à égal ?...

L’implantation d’une pratique axée sur le rétablissement suppose un changement de taille à l’égard de la culture du service, tout comme dans son organisation. Selon le Dr Marianne Farkas (Center for psychiatric rehabilitation, Boston University), le professionnel doit orienter sa pratique sur la personne, et non plus sur l’institution. Il doit s’adapter à une relation de partenariat avec son patient, au profit du « réveil du pouvoir de la personne ». 
Concrètement, une organisation reflétant l’orientation sur la personne doit répondre à plusieurs principes, par exemple :

  • Elargir la gamme des services d’accompagnement de la personne en proposant des accompagnements dans le « monde réel » et plus seulement dans les services protégés.
  • les personnes qui peuvent et souhaitent offrir leur talents sont encouragées et soutenues à le faire 
  • Le traitement est discuté avec la personne et son équipe
  • le rétablissement est un élément central de la formation du personnel, qui comprend des échanges avec des personnes qui se sont rétablies…

La modification des pratiques de recrutement, de manière à intégrer parmi les intervenants des personnes ayant une expérience vécue de la maladie mentale, fait aussi partie de cette évolution. (Voir fiche « Médiateur de Santé Pair »).

Synthèse réalisée par Catherine Holué à partir des documents listés dans la rubrique "sources", mars 2013.