Paris sportifs, poker, lotos : aider les addicts aux jeux en ligne

Publié le 19/05/2026
Après que l’autorité nationale des jeux a présenté son algorithme pour détecter les « joueurs excessifs », les médias s’interrogent sur les réponses à apporter face à l’addiction aux jeux d’argent et de hasard sur Internet.

[REVUE DE PRESSE] En France, les adeptes des jeux d’argent en ligne sont de plus en plus nombreux à présenter des comportements excessifs. En 2025, ces joueurs étaient « manifestement » 300 000, soit près de 5% d’entre eux, selon l’Autorité nationale des jeux (ANJ).

Rendus publics le 12 mai, ces chiffres ont retenu l’attention des médias qui se sont notamment intéressés à la technologie utilisée pour produire cette estimation inédite. Ils ont aussi abordé les solutions pour prévenir et traiter l’addiction aux paris sportifs, poker ou encore lotos en ligne.

Ainsi, l’ANJ a créé un algorithme pour identifier les profils à risque à partir des données des comptes ouverts par les joueuses et les joueurs auprès d’un opérateur agréé ou d’un opérateur sous droits exclusifs comme la Française des jeux (FDJ) ou du Pari mutuel urbain (PMU). Elle souhaiterait que les opérateurs adoptent cet outil pour mieux repérer leurs utilisateurs susceptibles de développer une addiction et leur proposer un accompagnement. Ils y sont légalement tenus. 

Mais pour l’heure, les opérateurs n’ont identifié, à eux tous, que 90 000 joueurs excessifs, bien moins que l’estimation de l’ANJ. « [C’est] insuffisant », indique l’Autorité, citée par Sud Ouest avec l’Agence France Presse.  « [Il faut] déconstruire l’idée […] que les joueurs excessifs, il n’y en a pas tant que cela. Si ! Il y a une vraie population de joueurs excessifs qui représentent une part trop importante du chiffre d’affaires de cette industrie », insiste la présidente de l’ANJ, Isabelle Falque-Pierrotin. En effet, 60% du produit brut des jeux provient des 9% environ de joueurs aux comportements problématiques. 

Jouer en ligne, plutôt que dans un bar tabac PMU, un casino ou une salle de jeu, attire de plus en plus de personnes. Ils sont maintenant un adulte sur dix, en majorité des hommes, et plutôt des jeunes, à jouer à des jeux d’argent et de hasard en ligne chaque année, selon les derniers chiffres de l’Observatoire français des drogues et des conduites addictives (OFDT). Cela représente environ un tiers du total des joueurs.

Or jouer en ligne augmente le risque de perdre le contrôle puisqu’on peut miser à tout moment, sans s’arrêter. « Il est possible, là, maintenant, dans ma poche, de réaliser à toute heure du jour et de la nuit un comportement addictif », analyse pour France 3, Julie Giustiniani, psychiatre addictologue au CHU de Besançon.

Nicolas peut en témoigner. Ce jeune homme de 24 ans, qui s’exprime sous un pseudonyme, a commencé les jeux d’argent et de hasard à 15 ans, dans des points de vente près de chez lui. À 18 ans, l’âge légal minimum, il s’ inscrit sur des sites de paris en ligne.

 « [Il] y avait 100 ou 150 euros offerts. J’en ai profité. J’allais vraiment pouvoir parier parce que le bureau de tabac, il ferme à 20 heures. Donc on ne peut pas parier sur les matchs [de football] de nuit », explique-t-il. 

Rapidement, les paris deviennent quotidiens et l’addiction s’installe : « Je mise 50 euros et je gagne 100 euros. Je suis content alors je remets les 100 euros, mais je perds. Donc pour me rattraper, je mets 200 euros pour me refaire. Je les perds et je mise plus gros. Sauf qu’en une soirée, ça franchit vite les quatre chiffres », confie-t-il au journaliste David Segal. Au total, Nicolas pense avoir perdu 20 000 euros avant de prendre conscience de ses difficultés et de demander à être interdit de jeux.

« La plupart du temps, les gens ne veulent pas admettre qu’ils ont un problème de jeu », constate Timothy Fong, professeur de psychiatrie à l’Université de Californie à Los Angeles.

Les joueuses et les joueurs peuvent être dans une forme de déni et continuer longtemps à envisager le jeu comme une solution à leurs soucis financiers ou psychologiques. Pourtant, de nombreuses personnes concernées par un trouble addictif aux jeux en ligne déclarent s’être senties stressées, anxieuses ou dépressives lorsqu’elles étaient le plus dépendantes, relève le magazine National Geographic.

Même lorsqu’elles reconnaissent le problème, elles peuvent éprouver des difficultés à demander de l’aide en raison de la honte souvent associée à leurs comportements.  

Identifier ces joueuses et ces joueurs pour les aider à prendre conscience du caractère excessif de leurs pratiques et leur proposer un soutien est important. Sur ce point, le rôle dévolu aux opérateurs de jeux suscite des interrogations.

« [Il est] étonnant de compter sur les opérateurs de jeux pour réduire le nombre de joueurs excessifs, alors même que ce sont eux qui, avec le marketing, inondent les populations vulnérables [notamment les jeunes] de messages attractifs sur les réseaux sociaux, sur les pubs dans la rue, etc. », remarque ainsi sur Linkedin Karine Gallopel-Morvan, professeure des université, spécialisée dans le marketing social à l’Ecole des Hautes Etudes en Santé Publique (EHESP).

« Doit-on (peut-on) s’appuyer uniquement sur les opérateurs de jeux […] pour casser cette explosion du jeu pathologique ? À l’approche de la Coupe du Monde [de football], permettez-moi d’en douter ! », réagit sur le même réseau social Myriam Savy, directrice de la communication, animation associative et plaidoyer de l’association Addictions France.

Cette association propose notamment de « protéger les populations vulnérables en adoptant une [loi] pour réglementer la publicité sur les jeux d’argent et de hasard » et de « réfléchir à l’interdiction des offres promotionnelles ».

CRÉDITS DE CETTE REVUE DE PRESSE 

Veille de l’actualité en santé mentale : équipe Psycom
Choix du sujet en comité éditorial : Estelle Saget, Clémence Kerdaffrec,  Léa Sonnet, Aude Caria (Psycom)
Rédaction : Clémence Kerdaffrec (Psycom)