[REVUE DE PRESSE] Alors que les délais d’attente s’allongent pour obtenir un rendez-vous avec une psychiatre ou un psychologue, la Ministre de la santé, Stéphanie Rist, a annoncé le 2 juin, la mise en place d’un système « coupe-file » pour les jeunes « ayant un trouble éventuel de santé mentale […] repérés » par l’Education nationale. Dès la rentrée 2026, elles et ils pourraient avoir accès à un professionnel « dans les 24-48 heures ».
En réaction à cette déclaration, de nombreux acteurs de la santé ont notamment dénoncé, dans les médias, une mesure considérée comme impossible à mettre en œuvre dans un contexte de moyens limités, ou risquant d’accroître les inégalités entre les personnes concernées par des troubles psychiques.
Concrètement, le plan présenté par la ministre permettrait à l’infirmerie ou à la médecine scolaire, aux enseignants ou à la direction d’établissement d’appeler le Samu afin de décrocher un rendez-vous pour une ou un élève présentant des signes de difficultés psychiques importantes et risquant de se faire du mal ou de blesser quelqu’un d’autre.
« Il y aura une organisation, sur le territoire, des professionnels de santé entre eux [afin de] libérer des créneaux pour de l’urgence », assure Stéphanie Rist sur France Info. Ce sont les agences régionales de santé (ARS) qui organiseront ce système, sur le modèle du service d’accès au soin (SAS). Ce service, accessible par une plateforme en ligne et le numéro 15, repose sur la collaboration entre le SAMU et la médecine de ville. « [Il] permet d’avoir un médecin dans les 24-48 heures quand on n’a pas de médecin traitant », présente la ministre de la Santé.
L’annonce de cette mesure « coupe-file » intervient alors que plusieurs indicateurs de la santé mentale des jeunes sont considérés comme inquiétants, selon plusieurs études publiées le 2 juin par Santé Publique France. Ainsi, bien que la majorité des collégiens (70%) et des lycéens (63%) déclarent un bon niveau de bien être mental, 45% des collégiens (de 6e, 5e et 4e) ont formulé des plaintes d’ordre psychologique plus d’une fois par semaine pendant au moins six mois et 15 % des lycéens indiquent avoir déjà fait une tentative de suicide au cours de leur vie.
« Ces chiffres montrent que la souffrance psychique des jeunes ne relève pas seulement d’un ressenti diffus : elle peut conduire à des situations de crise, nécessitant une prise en charge rapide et adaptée », indique un article publié le 16 juin par le site gouvernemental Info.gouv.
Face à ce constat, les associations et professionnels de la santé mentale s’accordent sur la nécessité d’agir, mais la majorité conteste la pertinence du plan de la ministre.
Le Collectif Santé mentale Grande cause, représentant plus de 3 000 acteurs, a par exemple déclaré, dans un communiqué publié le 3 juin : « Nous restons perplexes face à une annonce de “coupe-file” qui n’est pas à la hauteur des enjeux et dont la faisabilité nous semble irréaliste ».
Du côté des soignants, on estime aussi que les conditions nécessaires à la mise en place du dispositif ne sont pas remplies.
« Un accès facilité en 48 h est une bonne nouvelle, réagit ainsi sur LinkedIn Virginie Blanchart, infirmière coordinatrice de la cellule urgence médico psy au Centre hospitalier André Mignot. Mais encore faut-il qu’il y ait des équipes pour recevoir ces jeunes. Entre le manque de soignants, la fermeture de lits, les délais d’attente et des structures déjà saturées, la réalité du terrain est tout autre ».
« Consternés» par les annonces ministérielles, les principaux syndicats de psychiatres du secteur public appellent par ailleurs à la grève à partir de mi-septembre.
Les difficultés d’accès au soin et la dégradation des conditions de prise en charge des personnes concernées sont particulièrement importantes en pédopsychiatrie. Cela s’explique notamment par l’augmentation des besoins et la réduction du nombre de psychiatres hospitaliers. Entre 2010 et 2025, il a diminué de 40 % en pédopsychiatrie, selon un rapport d’information déposé au Sénat en juin 2025.
Compte tenu des moyens limités du système de santé et de son organisation actuelle, certains détracteurs de la mesure « coupe-file » s’interrogent également sur les critères du choix à opérer entre les personnes en attente de soin.
Faudra-t-il faire passer « Léo, 19 ans », devant « Jérôme, 32 ans , […] qui a des « idées suicidaires assez envahissantes [et] attend un rendez-vous au CMP depuis huit mois ? » , questionne également le psychiatre Nicolas Rainteau dans un post dont les personnages sont fictifs, publié sur Linkedin. « Avoir la possibilité de […] recevoir [les personnes en souffrance] en 48h est un de nos vœux les plus chers. Mais actuellement ce sera au détriment d’un autre. Aider vite oui, choisir qui non », conclut-il, avant de nuancer en commentaire : « Évidemment que chaque situation a sa temporalité. Mais là on risque de devoir « trier » des situations de même niveau d’urgence ».