Le rétablissement des troubles psychiques

Mise à jour : 12/11/2020
Si l’on peut facilement concevoir de se rétablir d’un problème de santé physique, c’est plus compliqué à envisager pour un problème de santé mentale. Mais depuis quelques années, cette perspective porteuse d’espoir fait son chemin.

Se rétablir d’un problème de santé mentale

D’apparition récente en France, le concept de rétablissement a été largement porté par des personnes vivant avec des troubles psychiques et souhaitant témoigner d’un espoir : oui, il est possible de se rétablir de problèmes de santé mentale. Pourtant, cette vision reste discrète dans les pratiques psychiatriques et d’accompagnement.

Plus globalement, le principe selon lequel des personnes ayant un trouble psychique peuvent se rétablir et aller mieux, est un principe peu répandu, voire inconnu, dans la société. En effet, trop souvent, des a priori pessimistes, associés aux troubles psychiques et au devenir des personnes, occultent les perspectives de rétablissement. Des idées reçues empêchent de voir les ressources et les forces développées par les personnes pour faire face à ces troubles et trouver un équilibre de vie satisfaisant.

Les contours du rétablissement

Le rétablissement n’est pas un concept simple à résumer ni même à définir. S’il n’est pas synonyme de guérison, il est synonyme d’espoir. Espoir d’une vie satisfaisante pour les personnes qui doivent composer avec la survenue d’un trouble psychique. Espoir d’une vie qui leur appartienne et qui reprend tout son sens. 

C’est une notion forte qui invite à modifier les regards portés sur les personnes au prise avec un trouble psychique, qui offre des perspectives et qui transforme les pratiques de soin et d’accompagnement.

Le rétablissement est un processus qui varie selon les personnes (selon leur parcours, leur environnement, les ressources internes et externes sur lesquelles elles peuvent compter).

Actuellement, il n’y a pas de définition consensuelle du rétablissement, mais plusieurs éléments aident à en définir les contours.

Ainsi, il est souvent décrit comme “une attitude, une manière de vivre, un sentiment, une vision, ou une expérience plutôt qu’un retour à la normalité ou la santé” (Davidson, 2003). Le vécu d’un trouble psychique vu sous l’angle du rétablissement consiste à rechercher un point d’équilibre qui tient compte de ses vulnérabilités tout en s’appuyant sur ses forces, ses ressources et ses capacités.

Agathe Martin, membre de l’association Comme des fous défini le rétablissement comme un rapport à la vie :

« A mon sens, le rétablissement apparaît quand la personne se connaît suffisamment pour savoir si elle va bien, un peu moins bien ou si elle va mal. C’est un rapport à soi et à la maladie, différent. C’est un mode de vie, un rapport à soi dans lequel on essaie constamment de déterminer ses limites […], dans lequel les possibles ont été redéfinis en tenant compte de la maladie mais en l’ayant intégrée en soi comme paramètre de son existence ».

Se rétablir c’est peut-être simplement donner sa juste dimension à la maladie dans sa vie et dans son identité

Agathe Martin

Le rétablissement en quelques repères 

Les processus de rétablissement sont individuels et propres à chaque parcours. Il n’est pas possible de standardiser un parcours de rétablissement. Mais il est toutefois possible d’identifier quelques composantes, issues de l’analyse de nombreux récits et témoignages de personnes concernées par un trouble psychique :

L’espoir, un avenir ouvert, ambigu et incertain

L’espoir porté par les équipes professionnelles, la famille et les personnes elles-mêmes, est un élément essentiel, voire incontournable, pour une évolution positive à court terme.

La redéfinition identitaire : Je suis une personne, pas une maladie

L’identité de la personne ne se résume pas à ses symptômes, à un diagnostic psychiatrique. Le problème de santé mentale est envisagé comme un élément parmi tous les autres qui composent l’identité de la personne (sa vie sociale, affective, professionnelle, son environnement, ses croyances, ses loisirs, etc.). Cette considération ne concerne pas que la personne malade, mais également les professionnels du soin ou de l’accompagnement ainsi que l’entourage, qui doivent se méfier de confondre la personne et sa maladie.

Accepter la maladie et s’ouvrir à toutes les possibilités

L’acceptation de la maladie est un processus souvent décrit comme étant le premier stade de la reconstruction identitaire. Accepter la maladie, ne signifie pas s’enfermer dans un diagnostic, mais plutôt de considérer le trouble psychique vécu comme une expérience sur laquelle on peut avoir prise.

Le pouvoir d’agir, la capacité à changer nos vies

Le principe selon lequel chaque personne doit pouvoir décider et agir par et pour elle-même (empowerment) va de paire avec le concept de rétablissement. Il fait référence au niveau de choix, de décision, d’influence et de contrôle que les personnes peuvent exercer sur les événements de leur vie et sur leur environnement.

Le contrôle des symptômes

Le pouvoir d’agir se traduit aussi par la capacité à mieux contrôler les symptômes ressentis. Ainsi, de nombreuses personnes en rétablissement racontent qu’elles développent des stratégies personnelles issues d’un savoir acquis par l’expérience (aussi appelé le savoir expérientiel). 

J’ai appris à éviter certains types de situations et de sujets qui m’entraînaient dans des idées délirantes.

Patricia Deegan

L’engagement dans des actions qui ont du sens 

Le pouvoir d’agir, comme moteur du rétablissement, parallèlement à la capacité à mieux faire face à ses souffrances et ses difficultés, permet aussi une ouverture sur des projets de vie qui ont du sens pour la personne. En effet, s’engager dans une activité qui a du sens et qui fait plaisir réaffirme un statut social, parfois oublié, et apporte un sentiment d’appartenance à une communauté

Le soutien et l’entraide mutuelle

Les témoignages de personnes qui partagent leur chemin de rétablissement évoquent fréquemment une ou plusieurs rencontres « significatives » (amis, famille, pairs, professionnels…) dans leur parcours. “C’est-à-dire qu’au moment où ils allaient s’abandonner à la maladie, quelqu’un a cru en eux, a espéré ‘pour eux'” (Peneau, 2014).

A ce titre, rencontrer des personnes faisant l’expérience du rétablissement est une aide précieuse. Cela contribue à transmettre l’espoir d’une vie “après la maladie” ou “avec la maladie”.

Nous avons besoin de quelqu’un qui croit en nous lorsque nous ne pouvons pas le faire nous-mêmes.

Témoignage recueilli par Larry Davidson

Cet article a été écrit par Psycom.

Les membres de l(équipe Psycom déclarent ne pas avoir de liens d’intérêts avec des entreprises fabriquant ou commercialisant des produits de santé (médicaments, dispositifs médicaux, matériel médical, e-santé, marketing médical, etc.).

  • Ciompi L., Harding C., Lehtinen K., Deep concern, Schizophrenia Bulletin, 36, pp. 437-439, 2010
  • Davidson L. Living outside mental illness : Qualitative studies of recovery in schizophrenia, New York University Press, 2003
  • Daumerie N., L’empowerment en santé mentale : recommandations, définitions, indicateurs et exemples de bonnes pratiques, La Santé de l’Homme. INPES. n° 413. Mai Juin 2011
  • Koenig M., Le rétablissement dans la schizophrénie, Un parcours de reconnaissance, ed PUF, 2016
  • Peneau E. De la psychose irréversible au rétablissement dans la schizophrénie. Paradigmes psychiatriques et idée de guérison, Thèse de médecine, Université Claude Bernard, Faculté de médecine Lyon Est, 2014
  • Provencher, H. L. & Keyes, C. L. Une conception élargie du rétablissement, L’information psychiatrique, 86, 579-589, 2010