On a toutes et tous une santé mentale

Mise à jour : 26/11/2020
On a toutes et tous une santé mentale
Lorsque l’on parle de santé, on pense d'abord à la santé physique et souvent, on oublie la santé mentale. Alors qu'elle est tout aussi importante pour notre bien-être.

Pas de santé, sans santé mentale

La santé mentale est une composante de notre santé aussi importante que la santé physique. « Il n’y pas de santé, sans santé mentale », rappelle l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Autrement dit, on a toutes et tous une santé mentale dont il est important de prendre soin. 

Il n’existe pas une manière unique de définir la santé mentale. Pour Psycom, la santé mentale est la recherche permanente d’un équilibre entre toutes les dimensions de notre vie  : émotionnelle, psychique, physique, sociale, spirituelle, économique. Notre état n’est pas figé. Il varie du bien-être au mal-être et cela, tout au long de notre vie.

Deux situations, fictives, permettent d’illustrer cette recherche d’équilibre. Premier exemple, je suis lassé de l’emploi que j’occupe et cela me mine. Je choisis pourtant de ne pas démissionner, parce que la sécurité financière est importante pour moi. Je décide de m’inscrire à des cours du soir pour pouvoir changer de voie. Cette perspective me porte et je retrouve de l’énergie. Deuxième exemple, je viens de vivre une rupture amoureuse et j’ai perdu l’envie de voir mes amis. Je trouve du réconfort en pratiquant intensément, seule, la course à pied. Bientôt je me sens mieux et prête à reprendre les sorties avec mon groupe d’amis.

Trop souvent, on pense qu’être en bonne santé mentale signifie n’être concerné par aucun trouble psychique. Or une personne peut vivre avec un trouble psychique et ressentir un bien-être mental, grâce à des relations sociales satisfaisantes, une activité épanouissante, une bonne estime personnelle. De même, une personne peut ressentir un mal-être, sans pour autant être touchée par un trouble psychique. Ainsi, il n’y a pas d’un côté des personnes en bonne santé mentale et de l’autre, des personnes qui ont des troubles psychiques.

Comment préserver notre santé mentale

Il y a de multiples façons de prendre soin de notre santé mentale. Voici dix conseils, réunis par l’association de promotion de la santé mentale suisse Minds :

  • Parler de ses émotions

  • Rester actif en faisant de l’exercice régulièrement
  • Bien manger
  • Eviter les excès d’alcool
  • Rester en contact avec ses proches, famille ou amis
  • Demander de l’aide quand les choses deviennent trop difficiles
  • Prendre une pause dans la journée, dans la semaine, pour changer de rythme
  • Faire des choses que l’on aime
  • S’accepter, avec ses imperfections
  • S’investir pour les autres, par l’entraide, la solidarité. 

Ce qui influence notre santé mentale

Notre santé mentale évolue tout au long de notre vie. Elle se consolide ou se détériore en fonction de facteurs extérieurs à nous, par exemple notre embauche dans une entreprise ou la perte de notre emploi, mais aussi de facteurs qui nous sont propres, par exemple la qualité de notre sommeil.   

Psycom a créé un kit pédagogique, qui comprend une vidéo et des outils d’animation, pour mieux comprendre la santé mentale et ce qui l’influence.

Ainsi nous sommes en permanence à la recherche d’un équilibre entre nos ressources, internes ou externes, et les obstacles, internes ou externes, que nous rencontrons dans notre existence. Ressources et obstacles correspondent à ce que l’on appelle, en sociologie, les déterminants de la santé mentale. Certains relèvent de l’individu, d’autres de la société ou de l’environnement au sens large. Ces déterminants interagissent les uns sur les autres. Voici les principaux: 

  • Au niveau individuel : notre personnalité, notre patrimoine génétique, notre capacité à faire face à nos émotions, notre estime personnelle, les événements marquants de notre existence comme les rencontres, les séparations, les deuils
  • Au niveau social et environnemental : nos ressources financières, nos conditions de travail, de logement, de sécurité, nos relations sociales, notre accès aux soins, la société et la culture dans lesquelles nous évoluons.

Une question de vocabulaire

On utilise parfois les mots « santé mentale » comme un synonyme de « psychiatrie ». Cela peut créer de la confusion dans l’esprit des personnes qui s’intéressent à ce sujet. En fait, la “santé mentale” peut prendre plusieurs sens, en fonction du point de vue de la personne qui s’exprime. Il est utile de connaître ces différentes conceptions, pour interpréter correctement les propos tenus sur ce thème. 

“Santé mentale et psychiatrie, deux choses bien différentes”

Pour certaines personnes, la santé mentale se définit comme l’absence de troubles mentaux.  Il y aurait d’un côté des personnes ne présentant pas de trouble psychique, donc en “bonne” santé mentale ; et de l’autre, les personnes ayant des troubles psychiques, donc en “mauvaise” santé mentale, nécessitant des soins relevant de la psychiatrie. 

“Santé mentale et psychiatrie, c’est la même chose”

D’autres utilisent les termes “santé mentale” pour parler de psychiatrie d’une manière plus légère, moins effrayante. Dans leur esprit, ces mots sont synonymes. La santé mentale, c’est la psychiatrie en plus acceptable, en moins stigmatisant. L’effet recherché est le même que lorsque l’on utilise les termes “troubles psychiques” au lieu de “maladies mentales” ou “pathologies psychiatriques”. Dans cette conception comme dans la précédente, il y a toujours d’un côté les personnes qui n’ont pas de problème de santé mentale (c’est- à-dire pas de troubles psychiques) et de l’autre, les personnes qui en ont.

“La psychiatrie fait partie de la santé mentale”

Il existe une autre façon de voir les choses, dans laquelle la psychiatrie est considérée comme une partie du vaste champ de la santé mentale. C’est la vision globale promue par l’OMS, dans laquelle les personnes vivant avec des troubles psychiques ne constituent pas une catégorie à part. 

La santé mentale considérée comme un tout

La santé mentale peut être comprise comme un ensemble d’états présentant une continuité dans leur variation, un continuum – pour reprendre un terme emprunté à la physique. Cette progressivité commence avec le bien-être, puis passe par le mal-être, la souffrance psychique et enfin les troubles psychiques. Dans cette conception, la santé mentale est considérée comme un tout, le bien-être et les troubles psychiques étant les deux extrêmes d’un même continuum. Chaque individu peut, au cours de sa vie, faire des allers et des retours d’un bout à l’autre du continuum. C’est-à-dire connaître des troubles psychiques, puis s’en rétablir, passer par des états de bien-être ou de mal-être

Au cours des dernières années, une nouvelle conception a émergé en psychologie : la santé mentale positive. Elle se focalise sur ce qui va bien chez un individu afin de promouvoir le sentiment d’accomplissement. L’état d’un individu y est décrit selon sa position, non plus sur un seul continuum, mais sur deux. Le premier continuum concerne le ressenti de la personne, allant du bien-être au mal-être. Le second porte sur les troubles psychiques, allant de leur absence jusqu’à leur présence caractérisée. Ces deux aspects sont distincts, mais se trouvent en interaction permanente pour chaque individu, tout au long de sa vie.

Cette conception est illustrée par le modèle du double continuum, décrit par le psychologue et sociologue américain Corey L. M. Keyes.

Ce modèle propose quatre positionnements possibles pour un individu. Deux d’entre eux paraissent assez évidents :

  1. En l’absence de troubles psychiques, on a un sentiment de bien-être.
  2. En présence de troubles psychiques, on a un sentiment de mal-être.

Les deux autres apparaissent comme tout aussi pertinents, même s’ils sont moins intuitifs :

  1. On peut vivre avec des troubles psychiques et avoir un sentiment de bien-être, si l’on bénéficie de soins, d’un accompagnement, d’un soutien social qui permet de trouver un équilibre. On est rétabli d’un trouble psychique, c’est à dire qu’on a retrouvé une vie satisfaisante malgré ce trouble. C’est ce que l’on nomme le rétablissement
  2. On peut aussi ressentir un sentiment de mal-être sans avoir de trouble psychique caractérisé, sans qu’un tel diagnostic ait été posé.

Nous pouvons, au cours de notre vie, passer par chacune de ces 4 positions. Ainsi, nous avons toutes et tous une santé mentale, que nous ayons rencontré ou pas des troubles psychiques durant une période donnée. 

Un enjeu collectif

La promotion de la santé mentale est devenue un enjeu clé, qui concerne l’ensemble de la société. C’est-à-dire celles et ceux qui gouvernent et les citoyennes et les citoyens. Promouvoir la santé mentale, c’est agir en faveur de conditions de vie et d’un environnement qui favorisent la santé mentale. Ainsi, cet objectif n’implique pas seulement les acteurs et actrices de la santé, mais aussi celles et ceux de l’éducation, de l’emploi, de la justice, des transports, de l’environnement, du logement et de la protection sociale. Il est nécessaire d’agir pour :

Faire de la santé mentale une question politique

Il s’agit de passer d’une vision excluante « il y a les personnes avec des troubles mentaux qui ont besoin d’aide, de soins et d’accompagnement et il y a celles qui vont bien » à la vision inclusive « nous avons toutes et tous une santé mentale, qui varie tout au long de notre vie ». Cela implique de cesser de désigner la personne qui a des troubles psychiques par sa différence, de cesser de pointer son écart à la norme. Cela implique d’agir à la racine même des mécanismes de stigmatisation qui entraînent les discriminations, pour favoriser une société plus respectueuse et attentive.

Faire de la santé mentale une responsabilité collective

Chaque personne peut contribuer à la santé mentale de toutes et de tous, en fonction de son rôle et de ses compétences :

  • Élu ou élue : responsable du bien-être de la population, nous pouvons agir via les politiques de logement, de droits, d’inclusion sociale, de protection de l’enfance
  • Voisin, voisine, collègue de travail  : nous pouvons porter attention aux signes de mal-être de ceux qui nous entourent, et apporter écoute ou soutien
  • Journaliste : nous pouvons choisir avec soin nos mots, sans rechercher le sensationnalisme, traiter des questions de santé mentale régulièrement et pas seulement à l’occasion de faits divers ou de crises
  • Personne vivant avec un trouble psychique : nous pouvons utiliser notre expérience pour aider d’autres personnes à recouvrer leur santé mentale, et prendre la parole pour témoigner
  • Responsable des ressources humaines : nous pouvons nous montrer vigilant sur la qualité de vie au travail, la prévention des risques psychosociaux, les conditions de management
  • Aidant, aidante : nous pouvons contribuer à la santé mentale de nos proches, sans pour autant oublier la nôtre
  • Professionnel, professionnelle du soin et du social : nous pouvons miser sur le rétablissement qui aide la personne à retrouver une santé mentale satisfaisante malgré les troubles.

Développer une véritable culture de la santé mentale

Il s’agit d’intégrer la santé mentale comme une composante importante de la santé dès le plus jeune âge, dans tous les cursus d’éducation et de formation, à tous les niveaux de soins, de l’accompagnement social et au niveau des droits. Il s’agit aussi d’ouvrir la parole, en tout lieu et à tout âge, sur le mal-être et les troubles psychiques.

Il s’agit, aussi, de reconnaître les savoirs d’expérience des personnes vivant avec des troubles psychiques, de défendre leur citoyenneté, de lever le tabou à la force des mots, de déconstruire les stéréotypes, de dévoiler les ressources disponibles, de développer le rétablissement et l’auto-support, de valoriser l’entraide et la pair-aidance, de soutenir les initiatives innovantes. En bref, il s’agit de rendre la santé mentale populaire, au sens d’un enjeu important pour le plus grand nombre. 

Finalement, promouvoir une vision globale de la santé mentale, c’est mettre en lumière ce qui nous rassemble, ce qui fonde et soude notre humanité, plutôt que ce qui pointe et exacerbe nos différences.

Cet article a été rédigé par Psycom.

Les membres de l’équipe Psycom déclarent ne pas avoir de liens d’intérêts avec des entreprises fabriquant ou commercialisant des produits de santé (médicaments, dispositifs médicaux, matériel médical, e-santé, marketing médical, etc.).