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Troubles dépressifs

« La dépression se manifeste par une humeur triste, une perte d’intérêt pour toute activité et une baisse de l’énergie. Les autres symptômes sont une diminution de l’estime de soi et de la confiance en soi, une culpabilité injustifiée, des idées de mort et de suicide, des difficultés à se concentrer, des troubles du sommeil et une perte d’appétit. La dépression peut aussi s’accompagner de symptômes somatiques. »1.

(1) OMS, 2001.

Ces troubles ont des conséquences sur la vie affective, familiale, professionnelle et sociale. À la différence du « coup de blues », ou de la « déprime », dans la dépression l’humeur et le mal-être varient peu d’un jour à l’autre ou selon les événements de vie. En France, la prévalence annuelle des épisodes dépressifs est estimée à 8 % chez les 18-75 ans Les femmes sont deux fois plus touchées que les hommes. Le risque suicidaire est fortement associé aux troubles dépressifs : 15 à 20 % des personnes dépressives chroniques mettent fin à leurs jours2.

Classification des troubles psychiques

A l’heure actuelle, deux classifications internationales des diagnostics psychiatriques sont principalement utilisées par les psychiatres :

Elles proposent une description clinique de syndromes (ensemble de symptômes) mais ne tiennent pas compte de l’origine des symptômes, ni de la personnalité qui les accompagne.

Troubles dépressifs

Dans la CIM-10 la dépression, appelée épisode dépressif, se définit par un certain nombre de symptômes, présents toute la journée et presque tous les jours, non influencés par les circonstances et durant au moins deux semaines :

La CIM-10 classe les épisodes dépressifs selon la durée, la sévérité et la nature des symptômes

Episode dépressif léger

Au moins 2 des 3 symptômes suivants, présents pratiquement toute la journée et presque tous les jours, non influencés par les circonstances et durant au moins deux semaines :

A cela s’ajoutent au moins un ou deux des symptômes listés ci-dessus (donc en tout, un minimum de 4 symptômes pour atteindre le niveau du diagnostic). Aucun des symptômes n’est sévère. Ce type d’épisode peut s’accompagner de détresse et de difficultés pour mener à bien les activités sociales et professionnelles.

Episode dépressif moyen

Au moins 6 symptômes dépressifs listés ci-dessus. Plusieurs de ces symptômes ont une intensité sévère et la personne a des difficultés importantes pour mener à bien ses activités professionnelles, sociales ou familiales. 

Episode dépressif sévère

Au moins 8 symptômes dépressifs. La personne est incapable de poursuivre l’ensemble de ses activités habituelles. Peut être associé à des symptômes psychotiques (idées délirantes d’indignité, de maladie physique ou de désastre imminent, hallucinations auditives de dérision ou de condamnation) au maximum une stupeur dépressive. Les symptômes psychotiques augmentent le risque suicidaire et le risque de récidives dépressives.

Troubles dépressifs récurrents

On parle de troubles récurrents lorsque plusieurs épisodes dépressifs surviennent en l’absence d’épisodes distincts d’excitation (voir troubles bipolaires). Chaque épisode a une durée moyenne d’environ six mois à un an.

Si la dépression est traitée, l’épisode est plus court et évolue vers la disparition de l’ensemble des symptômes ou la persistance de quelques symptômes résiduels, indices d’une évolution générale moins favorable.
Le risque de rechute (recrudescence symptomatique lors d’un même épisode) et de récidive (survenue d’un nouvel épisode) est important. Un patient sur deux rechutera un jour. Deux sur trois pour ceux qui ont fait 2 épisodes et 80 % pour ceux qui ont fait 3 épisodes. Au fil des récidives les événements déclenchant des épisodes sont mineurs, la réactivité thérapeutique est moindre et la persistance de symptômes résiduels de plus en plus fréquente.

Autres épisodes dépressifs

Dépressions persistantes (plus de 2 ans)

Cyclothymie : périodes de dépression et d’excitation légères en alternance. Souvent ces variations de l’humeur restent méconnues, limitées à des variations périodiques d’activité, de confiance en soi, de sociabilité ou des intérêts.

Dysthymie : dépression mineure chronique. Les personnes sont la plupart du temps tristes, moroses, manquent d’enthousiasme et d’énergie, se sentent au bout du rouleau et ont peu d’espoir d’amélioration.

Trouble dysphorique prémenstruel : humeur désagréable, avec anxiété, irritabilité, variabilité émotionnelle, tristesse, colère, associées à des troubles du sommeil et/ou de l’appétit et à une perte d’énergie. Apparaît dans la première semaine de la phase lutéale (ou prémenstruelle) et disparaît la première semaine qui suit les règles.

Dépression du post-partum : quelques semaines après un accouchement (au maximum six mois). Se caractérisent par des craintes de mal s’occuper de son enfant, des projets de suicide impliquant mère, enfant, voire les autres enfants de la fratrie. Les formes les plus graves surviennent juste après l’accouchement.
Différente de la psychose puerpérale (état délirant aigu qui survient dans le premier mois qui suit l’accouchement) et du post-partum blues (survenant au 3e jour après l’accouchement : humeur désagréable, anxiété, irritabilité, tristesse, hypersensibilité aux critiques, craintes pour la santé de l’enfant et doutes sur sa propre capacité à pouvoir élever un enfant).

Dépression saisonnière : survient le plus souvent dans l’hémisphère nord entre fin septembre et début novembre. Symptômes habituels : fatigue, augmentation du besoin de sommeil et de l’appétit, prise de poids et goût pour les aliments sucrés.

Dépressions dites secondaires

Dépression et schizophrénie 
Certaines dépressions surviennent lors d’une augmentation des symptômes chez une personne atteinte de schizophrénie. Ces dépressions aggravent le pronostic.

Dépressions et pathologie vasculaire
Le risque de dépression peut être augmenté par certains facteurs de risque cardiovasculaire : hypertension artérielle, hypercholestérolémie ou diabète. Les dépressions dites vasculaires se caractériseraient par : apparition relativement tardive, perte d’énergie et d’initiative, ralentissement et moins bonne réponse aux antidépresseurs.

Dépressions révélatrices d’une affection d’une autre nature
Liste non exhaustive

Dépression et risque suicidaire

Il est important de savoir que :

  • Les personnes suicidaires ne veulent pas nécessairement mourir, mais souhaitent avant tout mettre fin à une souffrance devenue insupportable ;
  • La majorité des personnes ayant des idées de suicide ne feront pas de tentative.

La dépression est la première cause de suicide : 70 % des personnes qui décèdent par suicide souffraient d’une dépression, le plus souvent non diagnostiquée ou non traitée3.
Entre 15 et 20 % des personnes souffrant de trouble dépressif caractérisé commettent un suicide4. Le taux annuel de suicide est environ 4 fois plus élevé chez les personnes souffrant de trouble dépressif que chez les personnes atteintes d’un autre trouble psychique. Ce taux est environ 30 fois plus élevé que dans la population générale.

Facteurs de risque suicidaire :

Origine des dépressions

On situe l’origine de la dépression dans des expériences infantiles de perte, de souffrance et d’échec. Il existe une vulnérabilité génétique : une personne dont le parent de premier degré est atteint a 10 fois plus de risque de développer un trouble bipolaire. Les événements de vie (divorce, séparation, problèmes professionnels ou financiers…) et les stress répétés (surmenage, manque de sommeil, perturbation des rythmes sociaux et biologiques), sont des facteurs précipitants. Mais leurs effets dépendent aussi de facteurs complexes, psychologiques et biologiques.

Le modèle théorique actuel pour expliquer la dépression est biopsychosocial : interactions complexes entre vulnérabilité génétique, modifications des systèmes de régulation du stress et influences environnementales.

Prendre en charge les troubles dépressifs

Le choix de la meilleure thérapeutique repose sur une évaluation médicale approfondie pour confirmer le diagnostic, évaluer le risque suicidaire, les antécédents pathologiques et la réactivité thérapeutique lors d’un éventuel épisode antérieur et l'entourage social.

Les recommandations5

Dans certains cas de non-réponse au traitement antidépresseur seul, on peut envisager certaines associations médicamenteuses (thymo-régulateurs, hormones thyroïdiennes, méthylphénidate), l’électroconvulsivothérapie, la stimulation magnétique transcrânienne, ou la photothérapie.

Psychothérapies

Traitement par des moyens psychologiques, qui se fait par des entretiens réguliers, individuels ou en groupe, avec un psychothérapeute. La durée du traitement varie de quelques mois à plusieurs années. Elle peut être pratiquée seule ou associée à d’autres thérapeutiques (ex : prescription de médicaments). Il existe différentes formes de psychothérapies dont peuvent bénéficier les personnes dépressives.

Traitements médicamenteux6

Indications de traitement médicamenteux des troubles dépressifs majeurs unipolaires

Le traitement d’un épisode dépressif majeur isolé comporte deux phases :

En cas de trouble dépressif récurrent, s’ajoute une phase de maintenance, dont l’objectif est la prévention des récidives. Ce traitement de maintenance est indiqué dans le trouble dépressif majeur unipolaire chez les personnes ayant présenté au moins 3 épisodes dépressifs majeurs au cours des 4 dernières années :

Le plus souvent, la prescription d’un antidépresseur ne répond pas à l’urgence ; il est utile de préparer le malade à cette prescription avec un nouveau rendez-vous quelques jours plus tard.

Contre-indications

Il n’est pas recommandé d’associer systématiquement des tranquillisants aux antidépresseurs.

Organisation des soins

Dans la grande majorité des cas le traitement peut être ambulatoire (hors de l’hôpital). Il faut informer le patient et son entourage de la meilleure stratégie thérapeutique envisagée, du délai d’action des traitements médicamenteux, et de leurs effets secondaires. Prévoir un numéro d’appel d’urgence, un arrêt de travail éventuel et une date rapprochée pour le rendez-vous suivant.

Dans certaines dépressions sévères avec risque suicidaire important, ou si un bilan somatique complet est nécessaire, une hospitalisation en service de psychiatrie – parfois sans consentement – peut être décidée par le médecin. Dans tous les cas le patient doit être informé de la raison médicale et être associé aux décisions.

Les associations d’usagers et de proches peuvent apporter une aide et un soutien au patient et à son entourage.

Où s'adresser ?

Ecoute téléphonique (7j/7 & 24h/24)

Par téléphone ou par internet, poser des questions, s’informer, trouver des adresses utiles, demander de l’aide, de manière confidentielle et anonyme.

Renseignent sur les psychothérapies, la formation de leurs membres et les adresses de leurs membres assurant des consultations privées.

 

Bibliographie utile

Rédaction

Pr Julien-Daniel Guelfi (psychiatre, CH Sainte-Anne) et Aude Caria (directrice Psycom) - Dernière mise à jour décembre 2016

(2) INPES, Baromètre Santé 2010.

(3) INPES Guide Dépression, 2007

(4) DRESS , 2001

(5) Haute autorité de santé (HAS) et Agence nationale du médicament (ANSM).

(6) Petit manuel de pharmacovigilance, Prescrire 2014.