Mobilisations lycéennes : un rapport avec la santé mentale ?
[REVUE DE L’ACTU] Depuis plus d’un mois, les mobilisations des jeunes font l’actualité. Les lycéennes et les lycéens, rejoints par des camarades plus âgés, réclament, entre autres, une amélioration de leurs conditions de scolarité (un système d’orientation moins opaque et plus juste, du chauffage en hiver, des professeurs toute l’année…). Certains médias explorent les liens de cause à effet entre ce mouvement et la santé mentale des jeunes.
Celle-ci est notamment affectée par la « pression à la réussite scolaire », peut-on lire dans une dépêche de l’Agence France Presse reprise par le journal Libération le 8 octobre. « On vit dans un système scolaire qui nous met constamment sous la pression, sous le stress : Parcoursup [la plateforme nationale d’affectation dans l’enseignement supérieur, au cœur des critiques], c’est là juste pour nous enterrer », dénonce Pierre, 18 ans, élève en terminale STMG dans le lycée public parisien Henri IV.
Selon l’étude Mentalo 2026 sur la santé mentale des jeunes menée par l’Inserm et l’université Paris-Cité, 73% des 11 à 24 ans sont préoccupés et 87% ressentent une pression à la réussite (et plus d’un sur deux une très forte pression).
- Lire l’article sur Libération
- Consulter le communiqué de presse de Mentalo
Les problèmes de santé mentale ne sont pas la cause du mouvement, mais les deux pourraient avoir des origines communes. « Les raisons pour lesquelles les lycéens se mobilisent pourraient bien être, au moins en partie, les mêmes que celles pour lesquelles leur santé mentale s’est dégradée au cours des dernières années », analysent Maria Melchior et Camille Davisse-Paturet, deux chercheuses de l’Inserm dans un article publié sur The Conversation.
Elles notent que si la pression ressentie par les élèves peut venir de la charge de travail et de la manière dont elles et ils sont évalués, celle-ci peut également être révélatrice des conditions et de l’environnement d’apprentissage. Il est sans doute, par exemple, plus difficile de trouver du soutien auprès de ses enseignants et de ses camarades dans des classes surchargées.
- Lire l’article du 14 octobre sur The Conversation
L’anxiété, en augmentation chez les jeunes, tient à la scolarité, mais pas seulement. Le pédopsychiatre, psychanalyste et juriste Patrick Landman rappelle que la mobilisation lycéenne parle aussi des inquiétudes des jeunes face à « un avenir que la guerre, la dette, le climat et l’intelligence artificielle rendent illisible ».
« Leur souffrance a un environnement », écrit-il dans une tribune publiée sur le site du Nouvel Obs le 26 octobre, ajoutant qu’ « une inquiétude lucide n’est pas une maladie ».
Ces propos pourraient venir contredire, sans y répondre directement, ceux de l’étudiante et militante du Rassemblement national Louise Montangon qui, le 13 octobre, déclarait sur Cnews, au sujet de manifestants : « On voit que c’est des gens qui ne vont pas bien, qui ne sont pas très stables ».
- Lire la tribune de Patrick Landman sur Le Nouvel Obs
La tentation de « réduire le mouvement des jeunes à une problématique de santé mentale, au risque de disqualifier leurs revendications », est dénoncée par des internautes sur le réseau social LinkedIn. « À mesure que les problèmes sociaux entrent dans le vocabulaire de la santé mentale, la colère devient une émotion à réguler. L’inquiétude, un symptôme à surveiller. Le sentiment d’impuissance, une vulnérabilité psychologique à accompagner », écrit Arnaud Gouillard, délégué général de la Fédération française pour les liens sociaux. Il réagit à un article du journal Le Monde (réservé aux abonnés) consacré aux effets de la crise sociale sur la santé mentale.
- Voir sa publication du 28 octobre sur LinkedIn
Même son de cloche, du côté du psychiatre Mathieu Bellahsen. « Le problème principal de cette histoire de santé mentale, c’est d’individualiser sur les personnes des troubles, et notamment des troubles sociaux […] Quand l’institution scolaire [..] est malade, c’est un problème de ne pas penser la pathologie de cette institution », souligne-t-il sur Arte.
- Regarder l’émission 28 minutes du 15 octobre sur Arte
Les conséquences des violences subies ou observées au cours des manifestations sur la santé mentale des jeunes sont aussi abordées par certains professionnels de santé. Ils parlent notamment de possibles troubles anxieux ou de stress post-traumatique.
« Je pense que l’on va se retrouver avec beaucoup de jeunes qui vont avoir besoin de suivi thérapeutique après les manifestations », commente ainsi sur Instagram, le psychologue Lucas Podeur (alias lucaslepsy).
- Regarder le reel publié le 7 octobre sur Instagram
D’autres professionnels soulignent plutôt l’humour, les danses et les chants qui égayent les manifestations. Ainsi, pour Julien Coué, directeur de la Maison des adolescents de Loire-Atlantique, à Nantes, le mouvement montre aussi ce qui va bien chez les jeunes : « On parle souvent d’individualisme des jeunes, de décrochage, de refus scolaire anxieux, mais de voir qu’il y a du collectif, de la joie, qu’ils souhaitent faire entendre leur voix… Pour nous, c’est plutôt bon signe ».
- Lire ou écouter le reportage du 8 octobre sur ICI Loire Océan
CRÉDITS DE CETTE REVUE DE L’ACTU
Veille de l’actualité en santé mentale : équipe Psycom
Choix du sujet en comité éditorial : Estelle Saget, Clémence Kerdaffrec, Cyril Combes, (Psycom)
Rédaction : Clémence Kerdaffrec (Psycom)