Arts : quels effets sur la santé mentale ?

Publié le 01/10/2026
Les médias s’intéressent au lien entre santé mentale et arts, alors que s’ouvrent les Semaines d'information sur la santé mentale (SISM) sur ce thème. Pratiquer une activité artistique dans un cadre adapté contribue au bien-être et peut aider au rétablissement.

[REVUE DE L’ACTU] Cette année, les arts sont à l’honneur de la nouvelle édition des Semaines d’information sur la santé mentale (SISM). Jusqu’au 18 octobre, plus de 3 000 événements sont programmés partout en France. Des associations d’entraide, des collectivités locales ou encore des structures de soin se sont saisies de ce rendez-vous annuel (Psycom coordonne le collectif national des SISM), organisant notamment des ciné-débats, des expositions ou des concerts.

La pratique d’une activité artistique (comme peindre) ou le contact avec l’art (par exemple aller au cinéma) peut avoir une influence positive sur la santé physique et mentale, comme le montre un rapport de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS). Ce document,  publié en 2019, s’appuie sur plus de 3 000 études. 

Guillaume, personne concernée par un trouble psychique a choisi le dessin. Il raconte dans le podcast La perche comment sa pratique artistique l’aide au quotidien. « Depuis quelques temps, j’ai créé un personnage, un gros chat blanc […] que je me plais à maltraiter quand je ne vais pas forcément très bien [ou] à câliner quand j’en ressens le besoin. [Lorsque] je ne me sens pas très bien, je vais sortir le stylo, je vais commencer à le dessiner et […] ça va me permettre d’aller un peu mieux à certains moments ».

Pour Mickaël, concerné par un trouble bipolaire, l’art est « un peu comme un médicament ». Quand il écrit des chansons, fait de la photo ou de la vidéo, il ne voit plus le temps passer. « On est dans un autre monde parce qu’on imagine, décrit-il. Et l’imagination, c’est ce qu’il y a de plus beau ».

Les bienfaits de l’art s’observent aussi bien chez les personnes qui pratiquent que chez celles qui s’adonnent à des activités plus contemplatives comme assister à un spectacle, regarder un tableau ou écouter de la musique. 

Fréquenter un musée pourrait ainsi faire baisser le stress et l’anxiété, selon une étude italienne menée auprès de 350 personnes. Des visites guidées entraînent par exemple une réduction de 20% du niveau d’anxiété chez les participants à l’issue de la sortie.

En France, certaines collectivités testent par exemple des dispositifs de « prescription muséale », note la socio-anthropologue Maria Elena Buslacchi, dans un article de The Conversation publié en septembre 2026. Ainsi, à Rennes, les professionnels de santé qui le souhaitent disposent depuis 2022 d’ordonnances spéciales permettant à leurs patients d’accéder gratuitement à des lieux culturels partenaires.

À Montpellier, les services psychiatriques du CHU collaborent avec le centre d’art contemporain MoCo pour proposer des rencontres avec les œuvres et les artistes, des visites d’expositions et des ateliers de pratiques artistiques à des personnes concernées par la dépression. Ce public a été ciblé car il peut avoir besoin du soutien d’une prescription pour se sentir « capable » et « motivé à s’engager », selon le MoCo. Le trouble dépressif constitue en effet parfois un « obstacle » dans l’accès aux arts.  

Dans les structures de soin, ou en dehors, l’art-thérapie (l’utilisation de l’art pour soigner) est de plus en plus envisagée comme un complément aux soins classiques. Elle peut notamment faciliter l’expression. Parce qu’elle est une alternative à  la parole, « l’art-thérapie est bénéfique », estime Jean-Luc Martinez, pédopsychiatre et coordinateur d’une unité d’hospitalisation pour jeunes adultes à la clinique des Trois Cyprès, proche de Marseille.

« Je me sens libre. C’est plus simple de partager un texte que de parler à mon psychiatre », confie de son côté Zou, 22 ans, qui participe à un atelier d’écriture et d’enregistrement de morceaux, organisé dans un studio de musique, en lien avec la clinique.  

La pratique d’une activité artistique est souvent bénéfique, mais elle peut aussi n’avoir aucun effet ou même être délétère. « Il ne faut pas supposer que les arts sont un remède universel », met en garde le rapport de l’OMS publié en 2019. 

Participer à une activité comme le chant, le théâtre ou la danse génère parfois du stress ou de l’anxiété de performance, pointe un rapport d’experts des États membres de l’Union Européenne publié en 2025. Les pratiques artistiques peuvent aussi nuire à la confiance en soi des personnes, notamment si elles ne sont pas satisfaites de leur production ou constatent qu’elles ont perdu des capacités.

En groupe, l’expression d’émotions intenses et souvent très personnelles peut déstabiliser. Et il arrive que des tensions émergent lorsque les participants ne parviennent pas à se mettre d’accord sur des choix artistiques.   

La pratique d’une activité artistique peut affecter négativement la santé mentale même lorsqu’elle procure du plaisir ou participe habituellement au bien-être. C’est notamment le cas quand elle vient alimenter un trouble psychique.

Dans le podcast La perche, Guillaume raconte comment son rapport au dessin a changé après un épisode qui l’a mené à l’hôpital.

« Je dessinais énormément. J’étais vraiment dans un moment de productivité exacerbée. À ne plus faire que ça, à ne plus manger pendant je ne sais pas combien de temps. Jusqu’au délire. […]  Après ça, pendant dix ans, je n’ai plus pu tenir un stylo. Pendant très longtemps, j’ai lié la pratique avec quelque chose de douloureux. Puis ça a repris, petit à petit, en faisant attention. J’en ai fait quelque chose qui me sert sans que ça me déborde ».

CRÉDITS DE CETTE REVUE DE L’ACTU 

Veille de l’actualité en santé mentale : équipe Psycom
Choix du sujet en comité éditorial : Estelle Saget, Clémence Kerdaffrec,  Cyril Combes, Léa Sonnet, Aude Caria (Psycom)
Rédaction : Clémence Kerdaffrec (Psycom)