[REVUE DE PRESSE] Après un été marqué par des canicules à répétition, les effets du changement climatique s’éprouvent toujours davantage, attisant les inquiétudes d’une grande partie de la population. Retour sur ces semaines durant lesquelles les médias ont beaucoup utilisé le terme d’éco-anxiété, pour décrire les émotions liées aux problématiques environnementales.
Ce mot mêlant écologie et anxiété est employé sans distinction pour parler de la peur, de la colère, de la tristesse et même des deuils associés au changement climatique. « Chaque année sera la plus fraîche que je connaîtrai du reste de ma vie. Et c’est ça qui me rend vraiment triste et aussi en colère », témoigne par exemple Lucien Stoven, 25 ans, dans un reportage de France 2.
Le jeune homme, qualifié d’« éco-anxieux », ajoute : « J’ai l’impression de vivre un deuil continuellement. Je ne suis pas en deuil parce que je suis malade et que j’ai une dépression. Je suis en deuil parce que les trucs sont en train de crever. Ce qui me fait peur, ce sont les deuils à venir ».
Des millions de Françaises et de Français présentaient déjà, en 2024, un mal-être « découlant des inquiétudes face à la crise environnementale », d’après une étude de l’Agence de la transition écologique (ADEME).
Ainsi, 15% de la population présentait quelques signes d’éco-anxiété (stress, ruminations), 5% rapportait un vécu significatif d’une éco-anxiété forte et 5% très forte « au point de devoir bénéficier d’un suivi psychologique ». Une partie des personnes très fortement éco-anxieuses sont par ailleurs à risque de dépression ou de trouble anxieux.
Selon l’Observatoire de l’écoanxiété (Obseca), une création de la société de conseil en management de la performance globale Mars-lab, le nombre d’éco-anxieux a augmenté de 20% entre 2024 et 2026, en réaction aux événements climatiques extrêmes vécus ces derniers étés. Environ 15 millions de Françaises et de Français seraient aujourd’hui concernés par une forme d’inquiétude écologique.
La santé mentale est affectée par l’expérience du changement climatique, mais l’éco-anxiété n’est pas considérée en tant que telle comme un trouble psychique. Elle ne figure pas dans les classifications internationales des troubles psychiques.
« Pour la plupart des chercheurs [il s’agit] d’une anxiété qui serait en fait une réponse rationnelle et saine face à la gravité des problématiques environnementales », explique la pédopsychiatre et chercheuse à l’Inserm Laelia Benoit dans un article publié sur le site de l’institution. « « Il conviendrait donc de ne pas [la] ‘’pathologiser’’», souligne-t-elle
Contrairement à une idée reçue, elle ne se manifeste pas que chez des personnes déjà concernées par des problèmes psychiques, ou plus vulnérables que la moyenne.
« Personne n’est protégé. Il n’y a pas de profil type. Il n’y a pas de fragilité psychologique a priori », constate Pierre-Éric Sutter, psychologue et fondateur de l’Obseca, dans le reportage de France 2. « [Elle touche] aussi bien des jeunes de 25 ans que des grands-mères de 60 ans. Ça n’est pas une peur irrationnelle. On ne peut pas supprimer le dérèglement climatique pour soigner les éco-anxieux. C’est le vrai problème ».
C’est pourquoi, pour Laelia Benoït, « […] la réponse à un problème de société comme le changement climatique doit davantage être sociétale que médicale ».
Cet été, fin juillet, le gouvernement a lancé une campagne d’information intitulée « Comment gérer l’éco-anxiété ? ». Elle explique que ressentir des émotions face à la crise climatique est « normal » mais que cela devient problématique quand ces émotions sont « source de souffrance avec des conséquences qui perturbent la vie quotidienne » comme les attaques de panique, les insomnies ou les troubles alimentaires.
Le message, axé sur la santé mentale, n’a cependant pas toujours été bien reçu. Sur les réseaux sociaux, de nombreuses personnes ont réagi à cette communication en dénonçant une tentative d’individualisation d’un problème collectif.
« [G]enre c’est encore à nous individuellement de gérer ? Genre le gouvernement il n’aurait pas un truc à faire ? », commente ainsi une internaute agacée citée dans le Huffington post.
L’absence de mesures politiques adaptées nourrit par ailleurs l’éco-anxiété. « C’est un facteur aggravant de voir les pouvoirs publics, parfois le secteur privé, ne pas agir alors qu’ils ont les moyens d’agir », relève le psychologue Albert Moukheiber sur France Inter.
« […] Moi je peux peut-être agir dans ma petite sphère […] mais ce n’est pas ça qui va changer quelque chose. On a besoin de réactions beaucoup plus larges. […] Et c’est pour ça qu’on parle d’état psychosocial [NDLR : C’est-à-dire en lien avec la vie en société] ».
Pour sa part, Emma Lawrance, chercheuse à l’Imperial College London, estime dans un article de The Conversation que « la détresse liée au changement climatique serait considérablement réduite si une action proportionnée était visible de la part des dirigeants ».