Traumatisme et revictimisation : sortir de l’engrenage de la violence

Publié le 08/06/2026 Juridique
Suite aux récits de l’animatrice Flavie Flament et d’autres personnalités victimes de violences à plusieurs reprises au cours de leur vie, les médias ont abordé la question de la “revictimisation”. Cette notion méconnue décrit l’un des risques associés aux psychotraumas.

[REVUE DE PRESSE]« Quand on a été violé une fois, on est en danger de viol toute sa vie ». Les mots catégoriques de l’animatrice Flavie Flament peuvent surprendre, mais ils décrivent un risque bien documenté par la recherche : la « revictimisation » des personnes ayant subi une agression, sexuelle ou non.

Cette notion a trouvé un écho dans les médias ces dernières semaines après que Flavie Flament a annoncé via Médiapart avoir déposé une plainte pour viol contre le chanteur Patrick Bruel. Il y a dix ans, elle avait déjà témoigné de son viol par le photographe David Hamilton. « Mon passé est malheureusement chargé de rencontres », a-t-elle confié au journaliste de RTL Thomas Sotto le 22 mai.

De nombreuses personnes, concernées par des violences à un moment de leur vie, en vivent de nouvelles par la suite.  Ainsi, parmi les femmes et les hommes ayant connu des violences sexuelles avant l’âge de 15 ans, 5 % ont déclaré en avoir vécu au moins une autre au cours des deux dernières années, selon une note de l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP) publiée en 2020. C’est presque cinq fois plus que dans la population générale sur la même période.

« Il existe un lien significatif entre le fait d’avoir été victime de violences sexuelles durant son enfance et le fait d’en avoir subi à nouveau au cours du passé récent », écrit la chargée d’étude Camille Vanier.

  • Consulter la note de ONDRP 

Pour Muriel Salmona, psychiatre spécialisée en traumatologie et victimologie, « la revictimisation est une des conséquences psychotraumatiques des violences à long terme sur la vie des victimes quand elles n’ont pas bénéficié de protection et de soins ». 

Elle associe ce phénomène à un « état dissociatif » que peut présenter la personne victime et qui « l’anesthésie émotionnellement […] augmente sa tolérance à la douleur, lui fait supporter des situations à risques, et réduit sa capacité à identifier des dangers et à se défendre ».

Cette réponse constitue une « stratégie de survie » pendant les violences et ensuite, face aux reviviscences traumatiques, explique-t-elle à la journaliste de France Info Pauline Dubois. Mais elle expose la personne à de nouveaux dangers.

Comme Flavie Flament, l’actrice Lucie Lucas a vécu ce phénomène. « La première fois qu’on se fait agresser, on adopte une attitude pour survivre et après, quand la situation se représente, le cerveau te reconnecte à ça le plus vite possible. Sauf que quand ça t’arrive tout petit, l’issue c’est : rien faire, rien dire, pas bouger », raconte-t-elle dans un épisode du podcast « En vrai » de Jeanne Baron, mis en ligne le 27 mai.

Souvent, les violences affectent durablement les personnes. Leurs manières d’être et de se comporter peuvent rendre visibles leur vulnérabilité et en faire des cibles privilégiées pour les agresseurs. Certaines, comme Lucie Lucas, ont l’impression d’être devenues des « proies » faciles à repérer.

« Je pense que quand on est victime on est vraiment marquée et donc repérable […] partout où j’allais quand il y avait des prédateurs, ils me voyaient, ils me sentaient », décrit l’héroïne de la série Clem.

Les violences qui se répètent ne prennent pas toujours les mêmes formes. Elles peuvent être sexuelles mais aussi physiques ou psychologiques. Elles peuvent se produire dans un cadre familial, scolaire, professionnel, amical, ou même associatif.

Pour diminuer les risques de revictimisation, il est essentiel « de secourir [les victimes], de [les] protéger et de traiter le psychotraumatisme le plus tôt possible », prescrit la psychiatre Muriel Salmona. Elle recommande une prise en charge spécialisée, laquelle « permet d’éviter la plupart des conséquences psychotraumatiques qui accentuent le risque de revictimisation ».

Mais pour garantir ces soins, il faut d’abord identifier les victimes dès le plus jeune âge. Afin d’y parvenir, la  Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (CIIVISE) préconise notamment de mettre en place un questionnement généralisé des enfants par des professionnels formés dans tous les milieux qui les accueillent (judiciaire, éducatif, associatif, médical…).

En tout, l’institution formule 82 recommandations concernant la détection des victimes et leur prise en charge par le système de santé et la justice.

L’enjeu est de protéger les enfants et futurs adultes de la revictimisation mais aussi la « victimisation secondaire ». Les deux phénomènes sont souvent confondus. La notion de victimisation secondaire, apparue dans les années 1980 aux États-Unis, désigne les dommages, notamment psychologiques, causés par la société ou les institutions (justice, police, santé) au moment où la victime demande du soutien. Elle s’ajoute à la victimisation primaire, c’est-à-dire, à l’agression elle-même.

Aujourd’hui, ce terme s’applique principalement au traitement des violences sexistes et sexuelles, mais il pourrait être élargi aux autres types de violences cités plus haut.

 Ces nouvelles violences peuvent être la conséquence « d’interrogations inadaptées [du médecin, du juge, du policier], d’un écrit maladroit, d’un doute systématique [sur la validité du récit de la victime], d’examens [médicaux] non justifiés, d’un choix d’orientation mal fondé ou d’une décision [de justice] insuffisamment motivée », indique le rapport du groupe de travail ministériel sur le traitement judiciaire des violences sexuelles publié en 2025.

Le document souligne la nécessité d’écouter les enfants qui « parlent lorsqu’ils se sentent en sécurité et se taisent durablement lorsqu’ils ont été mis en doute après avoir parlé ».

  • Consulter A hauteur de victimes, le Rapport du groupe de travail pour renforcer l’action judiciaire face aux violences sexuelles et prévenir la victimisation secondaire

CRÉDITS DE CETTE REVUE DE PRESSE 

Veille de l’actualité en santé mentale : équipe Psycom
Choix du sujet en comité éditorial : Estelle Saget, Clémence Kerdaffrec,  Cyril Combes, Léa Sonnet, Aude Caria (Psycom)
Rédaction : Clémence Kerdaffrec (Psycom)