Troubles anxieux et phobies

Mise à jour : 15/06/2026
Troubles anxieux et phobies
Lorsque l'anxiété ou la peur devient trop intense ou envahissante, elle entraîne des symptômes psychologiques mais aussi physiques. Il existe des moyens de les soulager.

Peur, anxiété, de quoi parle-t-on ?

L’anxiété et la peur sont présentes chez tous les individus. Ces émotions sont des réactions adaptées face à un danger, qu’il soit réel ou imaginé.

La peur surgit en présence d’une menace extérieure et immédiate, par exemple un chien qui aboie ou une avalanche. Elle se traduit notamment par des symptômes physiques comme l’accélération du rythme cardiaque. Elle se dissipe habituellement lorsque le danger disparaît.

L’anxiété est un état de tension et d’inquiétude généralement plus durable. Elle peut survenir à tout moment, parfois sans qu’aucune raison ne soit identifiée. Elle concerne plutôt des événements qui pourraient se produire dans un avenir proche ou lointain, comme tomber malade, décevoir un ami ou perdre son travail.

Ces émotions sont souvent jugées désagréables mais les scientifiques considèrent qu’elles nous préparent à affronter le danger (présent ou futur) et, concernant l’anxiété, à nous adapter à une situation nouvelle.

Elles deviennent problématiques lorsqu’elles sont trop intenses, durables ou envahissantes au point de perturber le quotidien. On parle alors de troubles anxieux et liés à la peur. Ils peuvent prendre plusieurs formes dont celles du  trouble anxieux généralisé (TAG), du trouble d’anxiété sociale, du trouble panique ou des phobies.

Les troubles anxieux et liés à la peur peuvent avoir des conséquences importantes sur notre vie affective et familiale, sur notre travail et nos loisirs. Malgré ces difficultés il est possible de se rétablir de ces troubles.

Reconnaître un trouble anxieux généralisé

Le trouble anxieux généralisé (TAG) est un état d’anxiété et de soucis excessifs qui persiste pendant au moins six mois.

La plupart du temps, il se manifeste « sous la forme soit d’une appréhension générale [c’est-à-dire d’une anxiété qui n’est pas liée à une situation ou un sujet précis], soit d’une crainte excessive focalisée sur plusieurs événements du quotidien », indique la Classification internationale des maladies (CIM-11, 2025).

On parle souvent d’une « intolérance à l’incertitude » pour décrire ce trouble.

Nos inquiétudes peuvent porter sur le travail, la famille, la santé, l’argent, les amis ou encore les formalités administratives, les tâches ménagères… ou tout cela à la fois.

Elles s’accompagnent de symptômes comme :

  •  fatigue, troubles du sommeil, difficultés de concentration, irritabilité,

  • douleurs dans les muscles, tension musculaire, besoin d’uriner fréquent, 

  • agitation ou surexcitation, tremblements,

  • mains froides et humides, bouche sèche, sueurs, 

  • nausées ou diarrhée,

  • difficultés à avaler ou sensation de boule dans la gorge, contractions, bruxisme (dents serrées), syndrome de l’intestin irritable, maux de tête.

L’anxiété généralisée peut avoir un fort impact sur notre quotidien.

J'ai vécu une vingtaine d'années [sans le savoir] avec un trouble anxieux généralisé qui a été diagnostiqué il y a seulement deux ans par une psychiatre. Dès l'âge de 5 ans, il se manifestait par de la somatisation - c'est ce que l'on va ressentir dans le corps. Avant la vingtaine, j’avais de l'eczéma et du psoriasis. Puis, ça s'est transformé en trouble de l'intestin irritable. Cela m’handicape d'autant plus que ça a vraiment un impact sur le quotidien, parce que l'on se permet moins de sortir sans être sûr que l’on pourra, par exemple, manger ce que l’on veut. Le seul endroit où on se sent vraiment en sécurité, en général, c'est chez soi et donc ça nous coupe aussi de l'extérieur et des opportunités ou des relations qu'on pourrait avoir ».

Léa, 27 ans, concernée par un trouble anxieux généralisé depuis l’enfance

« J’avais des vertiges tellement [le quotidien] me prenait les nerfs. Forcément, [face à un problème de santé] on pense toujours à des choses dures [avant de penser à un trouble psychique]. J’ai fait des IRM et d’autres examens médicaux que je ne connaissais même pas, des choses qui font super mal... Mais cela n’a rien donné. C'est en allant du côté de la psychiatrie que j'ai appris ce que j’avais, un trouble anxieux généralisé. On a découvert aussi que j'étais dépressif.

Arnaud, 43 ans, concerné par un trouble anxieux généralisé

Pour tenter de nous rassurer lorsque nous sommes concernés par un TAG, il nous arrive de mettre en place des évitements (nous évitons de nous placer dans la situation redoutée) et des « comportements de sécurité » (aussi appelés « évitements subtils » ou « attitudes de protection »). Nous pouvons par exemple adopter des comportements de vérification : téléphoner à notre conjoint plusieurs fois par jour pour nous assurer qu’il va bien, relire dix fois la consigne d’un exercice avant de le commencer par peur d’avoir manqué un élément important, etc.

L’hypervigilance et les inquiétudes liées au TAG nous fatiguent souvent beaucoup, ce qui peut favoriser l’apparition d’un trouble dépressif. Plus largement, le TAG est fréquemment associé à d’autres troubles psychiques comme l’anxiété sociale, l’agoraphobie, le trouble panique, le trouble obsessionnel compulsif, les troubles des conduites alimentaires, les troubles addictifs ou encore des troubles du neurodéveloppement comme l’autisme.

De l’attaque de panique au trouble panique

Reconnaître une attaque de panique

L’attaque de panique (aussi appelée crise de panique ou crise d’angoisse) est un épisode « de peur ou d’appréhension intense accompagné de l’apparition rapide et simultanée d’un certain nombre de symptômes », indique la Classification internationale des maladies (CIM-11, 2025).

Ces symptômes peuvent comprendre :

  • palpitations, accélération des battements du cœur, transpiration, tremblements ou secousses musculaires,
  • sensation de « souffle coupé », d’essoufflement ou impression d’étouffement, sensation d’étranglement, douleur ou gêne dans la poitrine, nausée ou gêne au niveau du ventre,
  • sensation de vertige, d’instabilité, de tête vide ou impression d’évanouissement,
  • sentiment d’irréalité (déréalisation) ou sentiment d’être détaché de soi (dépersonnalisation),
  • peur de perdre le contrôle de soi ou de devenir « fou », peur d’une mort imminente,
  • sensation d’engourdissement ou de picotements, frissons ou bouffées de chaleur.

Cette attaque est parfois comparée à une alarme qui se déclenche de manière inappropriée, en l’absence d’un danger auquel il nous faudrait réagir physiquement (par exemple en prenant la fuite).

Bien que l’épisode puisse être impressionnant, il ne présente pas de danger pour la santé.

Quand nous avons peur de nous étouffer 

Pendant l’attaque de panique, nous avons parfois l’impression de manquer d’air, mais c’est l’inverse qui se produit ! Nous respirons trop rapidement et trop profondément. C’est ce qu’on appelle l’hyperventilation. Résultat, un déséquilibre temporaire se crée dans notre sang entre l’oxygène (O2) que nous inspirons (en trop grande quantité) et le dioxyde de carbone (CO2) que nous expirons. L’hyperventilation est à elle seule responsable de beaucoup des symptômes de l’attaque de panique. Elle peut notamment causer la sensation de tête vide ou d’irréalité.

Quand nous avons peur de faire un infarctus 

L’hyperventilation peut aussi causer des douleurs dans la poitrine (ressenties au niveau du cœur ou des poumons). Ces sensations inhabituelles peuvent nous faire penser à une crise cardiaque, mais les deux phénomènes n’ont rien à voir. Certains signes aident à les distinguer. Par exemple, pendant une crise cardiaque, la douleur augmente avec le mouvement. Au cours de l’attaque de panique, au contraire, nos symptômes ont plutôt tendance à diminuer lorsque nous nous déplaçons.

Quand nous avons peur de nous évanouir 

Pendant une attaque de panique, notre tension augmente, ce qui rend d’autant plus improbable un évanouissement. La perte de connaissance est en effet liée à une baisse de tension (sauf cas particuliers).

Quand nous avons peur que nos jambes ne nous portent plus 

Pendant une attaque de panique, notre corps sécrète de l’adrénaline (souvent qualifiée d’hormone du stress). Cette hormone provoque la dilatation des vaisseaux sanguins des jambes, entraînant l’accumulation massive du sang dans nos muscles pour nous préparer à agir rapidement (fuir, combattre, etc.). C’est ce qui cause la sensation de mollesse ou de lourdeur dans les jambes, mais nous ne risquons pas de tomber. 

L’attaque de panique peut se produire spontanément, sans cause apparente, et parfois même pendant notre sommeil. Elle peut aussi être déclenchée par une situation particulière, par exemple un examen important, des turbulences en avion.

La crise dure en moyenne entre 15 et 30 minutes. Elle atteint son plus haut degré d’intensité en quelques minutes puis se calme progressivement. La durée totale de l’épisode dépasse rarement quelques heures. Lorsque qu’il s’étend au-delà, il faut alors, selon le psychiatre Dominique Servant, « évoquer un paroxysme anxieux [c’est-à-dire le moment où les symptômes anxieux sont les plus aigus] durable, qui sort un peu de la description de l’attaque de panique ».

Les grosses crises, quand j'en fais, peuvent durer jusqu'à 9h. J’ai les mains complètement trempées d'angoisse, la sensation d'avoir des pics dans le dos, une sorte de froid glacial qui me coule dans le dos et puis des pensées qui vont à 200 à l'heure et ne s’arrêtent pas. Je peux mettre dix minutes à me rappeler que j'ai des enfants, que je suis entourée

Olivia, 43 ans, autrice de bandes dessinées, concernée par l’agoraphobie

On peut connaître une seule attaque de panique dans sa vie, ou bien ces attaques peuvent se reproduire. Dans ce cas, on constate que les premières surviennent souvent durant une période marquée par un stress important (pression au travail, déménagement, séparation, etc.). Cependant, nous ne comprenons pas toujours immédiatement ce qui les déclenche.

Si nous vivons avec un trouble anxieux généralisé ou un trouble phobique, une attaque de panique peut se produire dès lors que nous sommes confrontés à un objet ou une expérience que nous redoutons. Si nous avons, par exemple, un trouble phobique avec une peur extrême des araignées, croiser cet animal peut déclencher une attaque.

Elle peut également être déclenchée par la consommation de substances toxiques (alcool, tabac, cannabis ou autre drogue), ou encore être associée à une maladie physique ou psychique, en lien avec la prise ou le sevrage de certains médicaments.

Reconnaître un trouble panique

Comment le trouble panique s’installe

Après une première attaque de panique que nous avons très mal vécue, ou lorsque les crises se répètent, nous pouvons nous sentir particulièrement anxieux à l’idée de faire une nouvelle crise. Nous avons « peur d’avoir peur ». Cette anticipation anxieuse peut être tellement forte qu’elle finit par déclencher à elle seule une attaque de panique.

Plus nous avons « peur d’avoir peur », plus la panique se renforce, créant un cercle vicieux. On parle alors d’un trouble panique.

Ce trouble est entretenu par des interprétations incorrectes de ce qui se passe dans notre corps. Nous développons souvent une « hypersensibilité à [nos] sensations physiques », explique la psychologue Catherine Bortolon. Nous prêtons alors une attention accrue au moindre changement ressenti dans notre organisme, une forme d’hypervigilance qui nous fatigue tant physiquement que psychiquement.

Dès que nous ressentons, par exemple, un essoufflement ou une accélération de notre rythme cardiaque (même suite à un effort physique normal), nous craignons qu’elle n’annonce une attaque de panique. Cette crainte peut s’auto-nourrir et entraîner la crise.

Pourquoi l’évitement renforce le trouble panique

Pour essayer d’échapper aux attaques de panique, nous avons tendance à éviter les situations dans lesquelles elles se sont déjà produites, les lieux où nous craignons qu’elles se produisent (par exemple un cabinet médical, un supermarché). Si nous sommes concernés, en plus, par l’agoraphobie, nous allons éviter les endroits dont nous ne pourrions pas nous enfuir facilement, où il serait difficile de recevoir de l’aide en cas de crise. 

Nous pouvons aussi arrêter de faire du sport pour ne pas ressentir les sensations physiques qui nous évoquent un début de crise (essoufflement, accélération du rythme cardiaque, transpiration).

Ces comportements d’évitement peuvent avoir des conséquences importantes sur notre vie en nous empêchant, par exemple, de voyager ou de sortir avec nos amis. Ils nous permettent dans la plupart des cas d’éviter la crise, mais ils nous privent d’une occasion de découvrir que l’attaque de panique n’est, en fait, pas dangereuse. Au contraire, nous renforçons ainsi la croyance que quelque chose de grave nous serait sans doute arrivé ou pourrait nous arriver la prochaine fois (mourir, devenir « fou », etc.).

Il arrive aussi que nous mettions en place des « comportements de sécurité » (aussi appelés « évitements subtils » ou « attitudes de protection »). Il s’agit de stratégies qui nous donnent l’impression de nous protéger, comme sortir d’un lieu dès que l’anxiété monte, ou prendre un médicament anxiolytique lorsque nous craignons une crise. Le médicament a alors un effet placebo : il n’agit pas tout de suite mais aussitôt, nous nous sentons rassurés parce que nous sommes persuadés qu’il nous protège d’une éventuelle attaque de panique. Ces comportements se révèlent contre-productifs, pour la raison décrite plus haut. 

Il arrive que le trouble panique évolue vers l’agoraphobie  (voir plus bas les explications sur ce trouble).

Reconnaître une phobie

Lorsque nous sommes concernés par une ou des phobies, nous ressentons systématiquement une anxiété ou une peur intense face à un déclencheur précis qui peut être :

  • un animal (araignée, chien, pigeon…),
  • un environnement naturel (hauteurs, obscurité, profondeurs, eau, orage…),
  • une situation (prendre l’ascenseur, l’avion…),
  • une réaction de notre corps (rougir, vomir, saigner du nez, s’étouffer…),
  • un acte médical invasif (c’est à dire qui pénètre à l’intérieur du corps) ou les objets et substances qui lui sont associés (sang, aiguilles, tuyaux…),
  • ou encore des appareils électroménagers, le feu.

Il s’agit d’exemples, car les phobies peuvent porter sur absolument tout.

L’anxiété ou la peur surviennent également quand nous anticipons la confrontation avec le déclencheur. Par exemple : une prise de sang si nous avons peur des aiguilles,  la traversée d’un pont si nous avons peur des hauteurs.

Les émotions que nous ressentons alors sont « disproportionnées par rapport au danger réel », indique la CIM-11 (2025). Elles peuvent entraîner une attaque de panique.

Dans de nombreux cas, nos phobies nous laissent vivre en paix. Notamment si nous sommes rarement exposés à ce qui nous fait peur. Craindre les scorpions quand on habite Grenoble aura peu de conséquences. Une phobie devient problématique lorsqu’elle concerne un élément du quotidien, avec des répercussions importantes sur notre existence. Par exemple, si on a la phobie de l’avion et qu’on est pilote ou stewart. C’est seulement dans ce cas qu’on parle de « trouble phobique ».

Les phobies apparaissent le plus souvent sans que l’on sache pourquoi, sans cause évidente. Parfois, elles peuvent être la conséquence d’un événement traumatique (une phobie des chiens, après avoir été mordu enfant par exemple).

Le trouble phobique entraîne des comportements d’évitement de la situation redoutée. Par exemple, une personne ne prendra pas les ascenseurs et utilisera systématiquement les escaliers (ou l’inverse). Nous pouvons également mettre en place des « comportements de sécurité » (aussi appelés « évitements subtils » ou « attitudes de protection »). Il s’agit de stratégies élaborées pour nous rassurer ou pour empêcher la situation redoutée, sans chercher à l’éviter totalement. 

Cela peut passer par des comportements de vérification, par exemple s’assurer systématiquement qu’il n’y a pas de toile d’araignée dans la pièce lorsque nous y entrons ou demander à un proche de le faire pour nous. Cette attitude évite l’anxiété sur le moment, mais elle contribue à maintenir le trouble.

Les phobies peuvent aussi nous amener, à l’inverse, à affronter délibérément la situation, ce qu’on désigne sous le nom de conduites contra-phobiques. Dans le cas d’une phobie de l’obscurité, par exemple, cela peut consister à traverser le jardin la nuit en demandant à une ou un proche de nous accompagner pour nous donner l’audace de le faire.

Il arrive régulièrement que la phobie disparaisse dans l’année qui suit son apparition, soit spontanément, soit grâce à des conduites contra-phobiques.

La phobie est qualifiée de « spécifique » ou de « simple », pour la distinguer des phobies dites « complexes ». Ces dernières ont un objet plus large (et souvent, des conséquences plus importantes sur le quotidien) comme l’agoraphobie ou la phobie sociale (voir les descriptions de ces troubles plus bas).

Reconnaître l’agoraphobie

Certaines phobies portent sur une multiplicité de situations. Ainsi, l’agoraphobie consiste en une peur irraisonnée, systématique et intense des espaces découverts, de la foule ou de toute situation où il nous serait difficile de fuir ou d’obtenir de l’aide en cas de problème.

Nous ressentons une peur ou une anxiété importante dans plusieurs situations parmi celles-ci :

  •        nous devons utiliser des moyens de transport (voiture, bus, train, avion, métro),
  •        nous nous trouvons dans des espaces découverts (rue, pont, parking),
  •        nous sommes dans des endroits clos (salle de cinéma, ascenseur),
  •        nous sommes au milieu d’une foule (concert, file d’attente),
  •        nous sommes seuls à l’extérieur de notre domicile.

La Classification internationale des maladies (CIM-11, 2025), précise que dans ce trouble, nous sommes « systématiquement anxieux face à ces situations en raison d’une peur d’événements négatifs spécifiques [par exemple des attaques de panique ou d’autres symptômes physiques invalidants ou embarrassants, la peur de chuter ou de tomber malade, etc.] »

Nous évitons généralement ces situations et quand c’est impossible, nous les supportons avec beaucoup de difficultés (anxiété intense). Pour les rendre moins éprouvantes, nous demandons parfois à une personne de confiance de nous accompagner. Ou bien nous mettons en place des « comportements de sécurité », comme avoir toujours une boîte de médicaments anxiolytiques sur nous ou repérer toutes les sorties d’une pièce au cas où nous devrions nous en échapper. 

Cela nous aide sur le moment, mais maintient le trouble car nous perdons l’occasion d’apprendre que notre peur ou notre anxiété redescend toute seule avec le temps. Par ailleurs, nous restons en permanence à l’affût des premiers signes de la crise pour pouvoir l’empêcher, ce qui entraîne une hypervigilance coûteuse en énergie.

Pour moi, l'agoraphobie c'est ne pas pouvoir sortir de chez soi parce que l'on en a fait une zone de sécurité, ce qui, en fait, est assez malsain parce que le but c'est de vivre dans le monde. Moi, j'ai passé plusieurs semaines à plus pouvoir sortir de chez moi. Je vivais en immeuble à l'époque et même aller sur le palier, c'était impossible. Je pensais que j’allais mourir si j’y allais. Mais petit à petit, on réapprend. On reste sur le palier jusqu'à ce qu'on n’ait plus peur. Le lendemain, on appelle l'ascenseur sans monter dedans, mais jusqu'à ce qu'on ait plus peur. Et c'est un très long cheminement. J'ai réussi. Sauf les transports en commun. Je ne peux pas [encore].

Olivia, 43 ans, autrice de bandes dessinées, concernée par l’agoraphobie

Reconnaître un trouble d’anxiété sociale

Nous pouvons tous ressentir de l’anxiété ou de la peur quand nous nous retrouvons avec d’autres personnes. Il est par exemple banal d’être intimidé à l’idée de prendre la parole en public ou de rencontrer quelqu’un pour la première fois. Mais, lorsque nous sommes concernés par un trouble d’anxiété sociale, notre anxiété ou notre peur est particulièrement intense. Elle se manifeste depuis plusieurs mois et perturbe considérablement notre quotidien, soit parce que nous ressentons douloureusement les symptômes liés à nos émotions, soit parce que nous mettons en place de nombreuses stratégies pour éviter ces émotions.

L’anxiété ou la peur porte sur une ou plusieurs situations de la vie en société. Nous pouvons redouter : 

  • de nous exposer au regard des autres en marchant dans la rue, 
  • des interactions simples comme passer à la caisse du supermarché ou saluer notre voisine, 
  • les conversations qui prennent un tour plus personnel, 
  • les moments où nous devons nous mettre en avant pour défendre un point de vue ou présenter notre travail à plusieurs collègues, 
  • des « performances sociales » plus exigeantes comme animer une réunion ou jouer dans une pièce de théâtre.

En plus des émotions, le trouble d’anxiété sociale se manifeste par des signes qui peuvent être :

  • des symptômes physiques comme transpirer, rougir, trembler,
  • des comportements involontaires, comme nous replier sur nous-mêmes, nous agiter, parler beaucoup,
  •  des difficultés à nous concentrer ou à nous souvenir de ce que nous voulons dire,
  • des pensées négatives sur nous-mêmes, avec une mauvaise estime de nous-mêmes liée à ce que nous imaginons que les autres pensent de nous, des ruminations après-coup, une analyse en boucle de l’événement, de nos comportements et de ceux des autres
  • de l’anticipation anxieuse, parfois des jours ou des semaines avant un événement redouté, parfois sans objet particulier.

Nous avons généralement peur d’être jugés négativement par les autres, de commettre ce que nous pensons être des erreurs sociales (trop parler ou pas assez, dire des choses maladroites, poser des questions intrusives), de nous ridiculiser, de paraître froid, bête ou impoli.

Lorsque notre anxiété ou notre peur porte sur toutes les situations sociales, on parle « d’anxiété sociale généralisée ». Dans ce cas, notre vécu peut être proche de celui du trouble anxieux généralisé car nous sommes confrontés plusieurs fois dans une même journée à ce que nous craignons. Ce trouble se caractérise par une hypervigilance permanente et une anxiété diffuse.

Nous évitons autant que possible les situations qui nous mettent mal à l’aise, quitte à nous isoler. Il nous arrive aussi fréquemment de mettre en place des « comportements de sécurité » comme par exemple, nous regarder sous toutes les coutures dans le miroir avant de sortir pour être certains que rien, dans notre apparence, ne pourra nous exposer à un jugement négatif.

Notre extrême anxiété dans les situations sociales n’est pas toujours remarquée par notre entourage car nous faisons notre possible pour en cacher les signes. Nous sommes souvent conscients du caractère excessif de nos inquiétudes mais il peut nous être difficile de prendre du recul et d’en parler à un médecin ou à un psychothérapeute. En effet, notre peur du jugement s’étend aussi à ces professionnelles et professionnels.

L’éco-anxiété, un trouble anxieux ou pas ?

On parle d’éco-anxiété quand une personne ressent de l’anxiété face au dérèglement du climat et aux menaces qui pèsent sur l’environnement, autrement dit face à l’urgence écologique. Cette émotion peut s’accompagner de symptômes comme des attaques de panique, des insomnies, des pensées obsessionnelles, selon l’article publié dans la revue scientifique The Lancet Planetary Health.

Quand cette anxiété dure et vient s’ajouter à d’autres facteurs de notre quotidien ayant une influence négative sur notre santé mentale, cela pourrait contribuer à la survenue de troubles psychiques tels que les troubles addictifs, les troubles anxieux ou les troubles dépressifs. Mais ces effets n’ont pas encore fait l’objet d’études scientifiques assez nombreuses pour être établis.

À ce jour, l’éco-anxiété n’est pas considérée comme un trouble psychique. Elle ne figure ni dans la Classification internationale des maladies (CIM-11, 2022), ni dans le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM 5, 2013). Cependant, la communauté internationale des médecins et des chercheurs discute actuellement pour décider si l’éco-anxiété, quand elle entraîne un mal-être durable, constitue un trouble spécifique, qui devrait être diagnostiqué et pris en charge d’une façon particulière.

Pour préserver notre santé mentale quand nous ressentons de l’éco-anxiété, nous pouvons utiliser plusieurs stratégies. En voici trois, proposées par des personnes concernées et des professionnels de la santé mentale :

  • limiter notre accès à des informations sur l’environnement provoquant des émotions négatives telles que la peur ou la culpabilité, s’autoriser à se déconnecter,
  • agir à notre échelle en changeant nos propres comportements, par exemple en triant nos déchets,
  • s’impliquer dans une action collective en faveur de l’environnement (par exemple, une journée de ramassage des déchets dans une rivière) et lutter ainsi contre notre sentiment d’impuissance.

Quelques idées reçues sur les troubles anxieux

« Les problèmes d’anxiété, c’est réservé aux émotifs, aux petites natures. »

EN FAIT : L’anxiété est une émotion que tout le monde ressent, dès l’enfance et ensuite durant sa vie d’adulte. Les causes des troubles anxieux demeurent mal connues. Selon les scientifiques, elles pourraient inclure des événements de vie et des facteurs biologiques.

« L’anxiété, ça ne se soigne pas. »

EN FAIT : Des traitements, par exemple une thérapie comportementale, permettent de soulager efficacement les symptômes dans la plupart des cas. Les médicaments anxiolytiques, eux, ne peuvent être pris sur une longue période car ils exposent à une dépendance.

Comment traiter les troubles anxieux

Le traitement des troubles anxieux peut comprendre des conseils d’hygiène de vie, de la relaxation, une psychothérapie. On peut y associer, ou non, un traitement par médicament. L’échange avec des personnes concernées par les mêmes troubles, par exemple dans un groupe de parole, peut être d’une grande aide. « Pour la plupart des individus, les troubles anxieux peuvent être efficacement pris en charge grâce à une combinaison de ces différentes méthodes, avec une atténuation très nette des symptômes », selon l’article publié par l’Inserm en 2024.

Avec la psychoéducation

Comprendre ce qui nous arrive est une étape essentielle pour devenir acteur et actrice de notre rétablissement. La psychoéducation, aussi appelée « éducation thérapeutique », permet de recevoir des informations sur le trouble, ses symptômes et les moyens d’y faire face.

Nous pouvons, entre autres, nous informer grâce à des ressources en ligne, assister à des réunions d’information ou participer à des groupes de parole organisés par des associations comme Agorafolk (réunissant des personnes concernées par l’agoraphobie) ou Mediagora France (un réseau d’entraide pour les personnes concernées par les phobies ou l’anxiété). La psychoéducation constitue aussi la toute première étape de la psychothérapie.

Les informations que nous recevons nous permettent notamment de comprendre les traitements qui nous sont proposés et leurs objectifs. Elles peuvent nous aider à reconnaître les signes de l’anxiété, à prendre du recul et à éviter ses « pièges », par exemple, en repérant qu’on entre dans une rumination qui ne va pas résoudre le sujet de notre inquiétude. 

Nous apprenons aussi à mettre des mots sur notre trouble, ce qui nous permet d’en parler plus facilement à nos proches et parfois d’obtenir un soutien plus adapté ou d’éviter des conflits.

Les psychothérapies

Pour les troubles anxieux, les traitements proposés comprennent souvent des thérapies cognitives et comportementales (TCC). Elles constituent une sorte de boîte à outils dans laquelle le ou la psychothérapeute peut piocher pour proposer des exercices adaptés à chacun. Ces thérapies qui ciblent précisément les symptômes sont de courte durée (quelques mois). Elles nécessitent des rendez-vous rapprochés dans le temps (idéalement une séance par semaine) et impliquent des exercices à réaliser chez soi.

Au cours d’une TCC, on nous fournit des informations qui nous permettent de mieux comprendre les mécanismes de notre trouble. Nous apprenons à identifier et analyser les situations (ou les idées) qui nous mettent en difficulté, les émotions et les pensées qu’elles suscitent, ainsi que les réponses que nous y apportons spontanément. Cela nous donne des clefs pour mieux traverser nos émotions et modifier nos pensées ou nos comportements inadaptés.

La thérapie cognitive

Identifier les biais et les schémas de pensée tout prêts

La partie cognitive, dans la TCC, vise notamment à nous faire prendre conscience du caractère irrationnel de certaines de nos pensées et à modifier nos croyances inadaptées. Nous apprenons par exemple à identifier les biais et les schémas cognitifs tout prêts sur lesquels elles reposent pour les désamorcer.

Lorsque nous sommes concernés par l’agoraphobie, par exemple, nous avons un schéma de danger. Nous nous focalisons sur ce qui est dangereux autour de nous et écartons de notre esprit tout ce qui serait de nature à nous rassurer. Nous surévaluons systématiquement les risques et minimisons les ressources à disposition pour nous aider. Nous pouvons ainsi voir un agresseur potentiel dans chaque individu bougon que nous rencontrons, ou craindre de nous faire renverser par une voiture dès que nous traversons une rue.

Dans le trouble d’anxiété sociale, on trouve souvent des schémas de « soumission » à l’opinion des autres ou à l’autorité : nous croyons que notre valeur dépend exclusivement de ce que les autres pensent de nous ou qu’il ne faut jamais dire non à son supérieur.

Dans le trouble anxieux généralisé, les schémas peuvent être nombreux :  schéma d’incompétence, de vulnérabilité, de danger, d’abandon, etc. Si une personne a ri pendant notre prise de parole, c’est forcément parce qu’elle nous trouve « nul », et pas parce qu’elle vient de se rappeler une scène drôle qui s’est produite un peu plus tôt, ou qu’elle est juste de bonne humeur. 

Ces schémas déclenchent chez nous des réactions automatiques (pensées, images, émotions) souvent inadaptées à la situation réelle.

Dans les troubles anxieux, nos expériences positives n’ont pas d’influence sur nos schémas cognitifs et ne nous permettent pas de nous rassurer car nous les écartons d’emblée. Elles peuvent même entraîner des craintes supplémentaires. Par exemple :

  •     Si cette personne nous apprécie, c’est parce qu’elle ne nous connaît pas vraiment. Elle ne nous aimera plus quand elle découvrira qui nous sommes. Nous aurons donc peur de la décevoir, ou bien nous allons surveiller nos comportements pour ne rien laisser paraître de nos « défauts ».
  •     Si nous avons réussi cet examen, c’est parce que nous avons eu de la chance, ce ne sera pas le cas la prochaine fois. Nous aurons donc peur de ne pas faire aussi bien, ou bien nous vivrons avec un sentiment d’imposture et la crainte d’être démasqués.  

Sortir des pensées automatiques

Le psychothérapeute peut utiliser des outils comme un tableau à plusieurs colonnes pour nous aider à lier une situation précise aux émotions ressenties et aux pensées associées.

Nous apprenons ensuite à remettre en question ce que nous pensons de la situation en cherchant des alternatives plus réalistes. On ajoute alors une quatrième colonne avec une interprétation plus rationnelle. Par exemple :

Situation

Émotion(s) et sensations physiques

Pensée(s) automatique(s)Alternative(s) rationnelle(s)
Ma supérieure hiérarchique ne m’a pas salué ou pas souri ce soir quand j’ai quitté le bureau.Anxiété,  nausée, souffle courtMon travail ne lui convient pas, elle ne m’aime pas, j’ai quitté mon poste trop tôt et elle n’a pas apprécié, mon contrat ne sera pas renouvelé.Elle ne m’a pas vu, elle était préoccupée ou distraite.

 

La ou le psychothérapeute peut nous poser des questions précises sur nos pensées pour attirer notre attention sur les erreurs logiques ou nous faire réaliser que les scénarios que nous imaginons sont improbables.

Face à une croyance, elle ou il peut aussi nous aider à trouver des preuves du contraire, que nous avions laissées de côté : « Ma responsable ne m’a pas salué quand je suis parti ce soir mais hier, elle m’a félicité pour mon travail ».

Dans le trouble panique et l’agoraphobie, la thérapie cognitive permet notamment de corriger l’interprétation des sensations physiques en modifiant nos pensées. Nous apprenons par exemple à remplacer « je vais m’étouffer » par « je ne me sens pas bien car je respire trop vite et trop fort mais je ne risque pas de manquer d’air ».

Dans le trouble d’anxiété sociale, nous apprenons à prêter moins attention à nos propres signes de gêne (« je rougis, et alors ?») et à remettre en question notre peur systématique du jugement d’autrui.

Dans le trouble anxieux généralisé (TAG), la thérapie cognitive cible particulièrement l’intolérance à l’incertitude et la croyance fausse que l’inquiétude permanente est efficace pour prévenir des problèmes. « Si j’arrête de faire attention à tout, tout le temps, il va m’arriver quelque chose» devient « Pas besoin de m’inquiéter à l’avance, si un problème survient je trouverai bien comment m’en sortir ».

La thérapie comportementale

Les thérapies comportementales dans les troubles anxieux visent notamment à « déconditionner » les comportements que nous avons mis en place pour répondre à l’anxiété ou à la peur, et à en apprendre de nouveaux.

Les thérapies d’exposition

Le mécanisme central des troubles anxieux est le renforcement du trouble  par l’évitement. Les thérapies proposent donc souvent de s’exposer aux situations, aux sensations, aux pensées ou aux émotions que nous redoutons.

Cette exposition repose sur 3 principes. Premier principe : elle est progressive. 

Après avoir classé les situations de la moins anxiogène à la plus anxiogène, nous commençons par nous confronter à celle que nous redoutons le moins. Nous attendons d’avoir réussi à y faire face avant de passer à la suivante. Dans l’agoraphobie, on sortira par exemple d’abord sur le seuil de la porte avant d’aller dans le jardin, puis dans la rue. S’exposer tout de suite à une situation très difficile pour nous serait contre-productif. Cela aurait pour effet d’augmenter notre anxiété ou notre peur.

Deuxième principe, cette exposition est prolongée.

Pour être efficace, l’exposition doit durer jusqu’à ce que l’anxiété soit redescendue. Lorsque nous sommes par exemple concernés par une phobie, une confrontation trop courte, imprévue ou qui se terminerait par une fuite, peut au contraire renforcer notre peur.

Troisième principe, l’exposition doit être répétée.

C’est seulement en renouvelant l’exposition que l’on peut s’habituer aux situations ou aux pensées qui nous dérangent. En effet, c’est la condition pour constater et se convaincre qu’il n’y a pas vraiment de danger.

L’exposition peut se faire dans la réalité, mais elle est efficace aussi en imagination. Pour cela, nous nous concentrons mentalement sur la situation que nous craignons, sans chercher à y échapper. Nous commençons généralement les expositions en imagination avec notre psychothérapeute et les reproduisons ensuite seuls, entre les séances.

Dans le trouble panique, le ou la psychothérapeute peut nous accompagner dans un exercice consistant à déclencher volontairement les sensations physiques dont nous faisons l’expérience pendant les crises, afin de nous y habituer.

Il ou elle peut nous proposer de courir (pour accélérer les battements de notre cœur), de tourner sur nous-mêmes (pour créer une sensation de vertige), de respirer à travers une paille (pour créer un essoufflement) ou encore de porter une écharpe un peu serrée (pour mimer la sensation d’étranglement).

Lorsque nous constatons exposition après exposition qu’aucune des conséquences redoutées ne se produit, nous cessons peu à peu d’avoir peur des crises et devenons moins sensibles aux éléments qui les déclenchent.

Pour des phobies spécifiques comme la peur des hauteurs ou de l’avion, des expositions en réalité virtuelle, sur écran ou dans un simulateur, sont parfois proposées.

La relaxation

Des techniques de relaxation et de respiration sont proposées dans le cadre de certaines TCC. Elles nous aident à améliorer le contrôle de nos émotions et permettent d’éviter l’accumulation de tensions musculaires et psychologiques. Le ou la psychothérapeute nous montre les exercices, que nous pouvons ensuite réaliser seuls. 

L’une des techniques souvent proposée est la relaxation musculaire progressive dite de Jacobson, du nom du médecin américain qui l’a conçue. 

Pour nous aider lorsque nous sommes concernés par un trouble panique, nous pouvons aussi apprendre à contrôler notre respiration. Pour s’entraîner chez soi, on trouve une sélection d’exercices audio ou vidéo en ligne, tous en accès libre, dans notre page S’aider soi-même, des outils pour tous, en cliquant sur la rubrique “Faire face au stress, avec la relaxation et les exercices de respiration”.  

L’affirmation de soi

Pour nous aider à mieux réagir dans les situations sociales, nous pouvons aussi apprendre des techniques d’affirmation de soi, notamment pour exprimer nos émotions et nos besoins tout en respectant ceux des autres. Les thérapies de groupes, qui permettent de s’entraîner dans un cadre sécurisant, peuvent être très efficaces pour cela (nous pouvons participer à des jeux de rôle et bénéficier des conseils d’autres personnes concernées).

D’autres approches

Certains psychothérapeutes pourront nous proposer d’autres méthodes ou outils basés par exemple sur la pleine conscience (en anglais, MBSR) et la thérapie d’acceptation et d’engagement (en anglais, ACT). L’objectif est alors de modifier notre rapport à nos émotions, pensées et sensations corporelles plutôt que d’agir directement sur elles.

Nous pouvons ainsi pratiquer la respiration ou le mouvement du corps en pleine conscience avec notre psychothérapeute pour réguler nos émotions en nous ancrant « ici et maintenant ». Cela peut notamment nous aider lorsque nous avons des sensations de déréalisation ou de dépersonnalisation pendant une attaque de panique. 

Dans la thérapie d’acceptation et d’engagement, il s’agit, entre autres, d’accepter les émotions (ici l’anxiété) plutôt que de les éviter ou de lutter (ce qui maintient le trouble et nous épuise).

Quand on lutte contre les symptômes [d’anxiété], notre corps comprend qu'il y a un danger. Comme on est en train de lui dire qu’ il y a un problème, il envoie à nouveau de l'adrénaline et du cortisol, les hormones du stress. C’est un cercle-vicieux. Donc le plus difficile c'est de réussir à ne pas avoir peur de la peur. C'est contre-intuitif, mais quand la crise de panique arrive, il faut réussir à l'accepter. Et plus on l'accepte en fait, et moins elle dure.

Olivia, 43 ans

La TCC m’a appris à repérer les premiers signaux de la crise. […] Avant, quand je commençais à sentir mon cœur qui battait un peu plus vite, à me sentir un peu étourdie, je passais totalement outre et j'arrivais jusqu'à un point de non-retour en arrière. Ensuite j’ai appris à me dire : "Là ça ne va pas, il faut que je me pose".

Léa, 27 ans

Le recours aux médicaments

Lorsque nous sommes concernés par des troubles anxieux, des médicaments psychotropes peuvent nous être prescrits dans certains cas, en complément ou en prévision d’une psychothérapie. Ils peuvent parfois l’être à la place d’une psychothérapie, lorsque nous ne pouvons pas avoir accès à une ou un psychothérapeute.

Les antidépresseurs sont les médicaments utilisés dans le traitement au long cours des troubles anxieux, plutôt d’intensité élevée – bien que leur nom évoque une action contre la dépression. Ils agissent comme des régulateurs émotionnels. Nous ressentons généralement leur effet au bout de trois à six semaines au moins.

Ils montrent une efficacité dans le traitement du trouble anxieux généralisé, de l’agoraphobie, du trouble panique et du trouble d’anxiété sociale. Ce n’est pas le cas pour les phobies spécifiques, qui sont en revanche traitées par une thérapie d’exposition avec des résultats probants, selon les études scientifiques.

Les anxiolytiques, également appelés tranquillisants, sont aussi utilisés pour soulager l’anxiété mais de manière plus ponctuelle. Des benzodiazépines peuvent par exemple nous être prescrits pour nous soulager immédiatement lors d’une attaque de panique ou nous aider à traverser une période de forte anxiété.

Des antihistaminiques peuvent parfois nous être prescrits en alternative aux benzodiazépines pour leurs effets anxiolytiques sédatifs, sans risque de dépendance.

À 25 ans, quand j'ai pris le pas d'aller voir une psychiatre, on a mis en place tout de suite un traitement médicamenteux qui m'a vraiment fait voir que c'était possible de mettre l'anxiété au second plan. L'anxiété est toujours là, on ne la fait pas disparaître mais au moins on arrive à vivre sa vie de façon un petit peu plus normale. Mais il ne faut pas [trop s’emballer non plus. À un moment donné], j’ai eu l'impression que le médicament sauvait, que j'étais guérie et que je pouvais faire tout ce que je voulais. Je me suis vite rendu compte qu’il fallait que je garde de l’énergie. Il ne faut pas non plus oublier les thérapies à côté. En ce qui me concerne, l’erreur, au début, a été d'avoir seulement un traitement médicamenteux. Le jour où j’ai trouvé que j’allais beaucoup mieux et que j’ai eu envie de l'arrêter, [les symptômes ont] commencé à revenir en force. Alors je me suis dit qu’il fallait trouver une autre solution. La TCC m’a beaucoup aidé.

Léa

S’aider par soi-même

Si le recours au soin peut être une étape nécessaire dans le cas d’un trouble anxieux, nous pouvons par ailleurs développer des ressources personnelles qui peuvent nous aider à aller mieux.

Nous pouvons commencer par nous informer sur notre trouble pour mieux le comprendre.

J'ai creusé les livres de psycho, les contenus en ligne, les podcasts, les vidéos sur YouTube, etc. pour essayer de comprendre ce qui se passait dans ma tête et dans mon corps. Ça m'a permis d'avancer d'une certaine manière, de relativiser et d'avoir des réponses. C’était essentiel pour moi. C'était une manière d'avoir du contrôle et je ne trouvais pas toutes ces réponses-là auprès des thérapeutes que je voyais. Donc la psychoéducation par la bibliothérapie, ça a été pour moi une chose essentielle.

Béatrice, 49 ans, travaille dans l’informatique, pair-aidante en santé mentale, personne concernée par un trouble panique depuis une trentaine d’années

Respecter des règles d’hygiène de vie peut aussi contribuer à notre rétablissement même si ce n’est pas toujours facile ou possible. Il est conseillé de pratiquer une activité physique que nous aimons, de dormir suffisamment et de faire attention à notre rythme de vie, par exemple en aménageant notre emploi du temps pour éviter la surcharge de travail, en se ménageant des pauses, en prenant des vacances.

J’ai appris à lâcher prise. J'ai fait des choses que je n’avais jamais faites de ma vie d’adulte : prendre des bains et faire la sieste par exemple. C'est un truc de dingue. C'est quelque chose que j'étais incapable de faire, de me poser dans la journée.

Arnaud

Je pense qu'il faut respecter sa batterie sociale principalement parce que l'anxiété prend de l'énergie. On essaie de vivre un peu ‘’comme les autres’’ et parfois cela implique de faire beaucoup de choses dans sa journée et donc je pense qu’il faut plutôt s'écouter et ne pas s'ajouter des choses supplémentaires, par exemple si on n’a pas envie de sortir parce qu'on sent qu'on a eu une journée compliquée et que si on se force, ça risque d'être délétère. Si les gens sont bienveillants, ils ne nous en voudront pas d'annuler une sortie.

Léa

Lorsque nous sommes concernés par des troubles anxieux, pratiquer la relaxation ou la méditation peut aussi nous aider à mieux vivre nos émotions (voir les explications, les précautions à prendre et les ressources plus haut dans l’article).

Quand je sens les premiers signes de l’attaque de panique, tout de suite, j’essaye de me réancrer [dans la réalité], de ne pas partir dans l'anticipation, le stress d'avoir une potentielle crise, etc. L'eau froide sous les poignets fonctionne très bien. Ça permet au système nerveux de se calmer et puis de se focaliser sur autre chose que les pensées.

Léa

Pour s’entraîner chez soi à mieux tolérer l’incertitude ou à pratiquer la technique dite du « lieu sûr », on peut trouver une sélection d’exercices en ligne en vidéo ou à l’écrit, tous en accès libre, sur notre page S’aider soi-même quand on vit avec un trouble psy, en cliquant sur la rubrique « Si je vis avec des troubles anxieux ».

Vivre avec une personne concernée par les troubles anxieux

L’entourage peut assurer un soutien essentiel dans les moments difficiles. Notre soutien peut notamment consister à :

  • repérer les signes d’anxiété chez notre proche et faire le premier pas pour en parler,
  • aider notre proche à chercher de l’aide, à consulter une ou un professionnel et, si besoin, à suivre un traitement.

Lorsque notre proche est concerné par un trouble anxieux, il est important de s’abstenir de le juger, de le critiquer ou lui faire des reproches concernant son trouble.

Si les manifestations de son trouble sont visibles (rougissements, etc.), il est préférable de ne pas les commenter tant que la personne n’aborde pas le sujet elle-même. 

Si la personne met en place des comportements d’évitement, il est déconseillé de la pousser ou de la forcer à s’exposer à la situation redoutée, que ce soit un enfant ou un adulte. Jeter une araignée sur notre proche phobique n’aurait aucun effet sur sa peur et risquerait d’entraîner une attaque de panique. 

Nous pouvons lui apporter notre soutien en l’écoutant et en nous renseignant sur son trouble. Lorsqu’il ou elle a entamé une thérapie, nous pouvons lui demander comment nous pourrions l’aider à réaliser plus facilement ses exercices. Il ou elle peut apprécier (ou non) que nous lui rappelions de les faire ou que nous l’encouragions.

Lorsque notre proche est concerné, par exemple, par l’agoraphobie, nous pouvons l’aider à s’exposer progressivement en l’accompagnant, au début, dans ses sorties. Petit à petit, nous pouvons nous éloigner de plus en plus, à un rythme qui aura été convenu au préalable.

Il est toutefois utile de veiller à ne pas nous adapter systématiquement à ses symptômes, pour ne pas contribuer au maintien de son trouble. Si nous faisons toujours les courses à la place de notre proche agoraphobe pour lui éviter de sortir, nous ne lui rendons pas service. Si nous vérifions qu’il n’y a pas d’araignée dans une pièce pour que notre ami arachnophobe puisse y entrer, cela ne l’aidera pas à avancer.

Vivre avec une personne concernée par un trouble anxieux peut nous affecter. Nous pouvons trouver de l’aide pour nous-mêmes, de l’écoute et des conseils auprès de certaines associations de patients et de proches.

Cet article a été écrit par Clémence Kerdaffrec (Psycom) et Estelle Saget (Psycom).

Ont été sollicités pour cet article : Catherine Bortolon, professeur de psychologie clinique à l’Université Grenoble Alpes et psychologue clinicienne au Centre de Rétablissement Psychosocial Grenoble (C3R) et au Centre Hospitaliser Alpes Isère ; Dominique Servant,  médecin-psychiatre et responsable de l’unité spécialisée sur le stress et l’anxiété du CHRU de Lille. 

Les témoignages présentés dans cet article sont issus de la vidéo « Les troubles anxieux, la vie et nous », réalisée par Aurélie Gurdal en 2025 avec des personnes concernées par un ou des troubles anxieux, Arnaud, Béatrice, Léa et Olivia. 

© Psycom – Tous droits réservés

Catherine Bortolon n’a pas reçu entre 2023 et 2026 de financement d’entreprises fabriquant ou commercialisant des produits de santé.

Dominique Servant n’a pas reçu entre 2023 et 2026 de financement d’entreprises fabriquant ou commercialisant des produits de santé.

Clémence Kerdaffrec et Estelle Saget déclarent ne pas avoir de liens d’intérêts avec des entreprises fabriquant ou commercialisant des produits de santé.

Ces déclarations peuvent être vérifiées sur la Base Transparence Santé du Ministère de la Santé.

Cet article a été rédigé dans le cadre d’un partenariat entre Psycom et Santé publique France.

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