Troubles schizophréniques

Mise à jour : 16/06/2021
Troubles schizophréniques
Ces troubles se caractérisent par une désorganisation de la pensée. Malgré des conséquences qui peuvent être importantes, il est possible de s'en rétablir.

Les troubles schizophréniques, qu’est-ce que c’est ?

Il n’y aurait pas une schizophrénie mais plusieurs, voire un très grand nombre. En effet, le diagnostic de « schizophrénie » recouvre des symptômes très variables d’une personne à l’autre et pour une même personne au fil du temps. C’est pourquoi, on parle aujourd’hui des schizophrénies, au pluriel.

Les troubles schizophréniques se caractérisent par une altération de la perception et de la pensée, associée à certains symptômes dits positifs et négatifs, décrits plus bas. Les symptômes identifiés chez une personne doivent être présents (en même temps ou non) de façon permanente depuis au moins un mois pour que le diagnostic soit confirmé, selon la Classification internationale des maladies (CIM-10) de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

Les troubles schizophréniques peuvent avoir des conséquences importantes sur notre vie affective, familiale, professionnelle et sociale. Malgré ces difficultés, il est possible de s’en rétablir

Une désorganisation de la pensée

La pensée devient floue, discontinue. Le discours de la personne peut paraître illogique et difficile à suivre.

Cette désorganisation de la pensée peut se traduire par des comportements qui paraissent bizarres, voire absurdes, dont on ne comprend pas le but.

La personne peut aussi manifester des émotions sans rapport avec la situation, par exemple rire dans une situation triste. Elle peut aussi exprimer simultanément des sentiments contraires, par exemple dire qu’elle aime quelqu’un et qu’en même temps elle le hait.

Des symptômes qui viennent en plus

Certains symptômes sont dits positifs, au sens où ils surviennent « en plus ». Ils s’ajoutent au fonctionnement habituel de la personne. La personne voit, entend, sent ou ressent des choses qui n’existent pas pour son entourage.

Il peut s’agir de pensées délirantes. Celles-ci peuvent être en lien avec un sentiment de persécution ou de grandeur, ou encore mystiques. La personne peut avoir la conviction d’être sous l’emprise d’une force extérieure. Elle peut attribuer à l’environnement une signification particulière ; par exemple, considérer que l’animatrice d’une émission de télévision ou d’une vidéo sur Internet s’adresse à elle directement. La personne peut avoir l’impression que sa pensée est devinée, commentée ou volée, que des actes ou des pensées lui sont imposés.

Ces pensées délirantes peuvent être accompagnées d’une forte anxiété ou bien être vécues dans une apparente indifférence.

Autre symptôme dit positif : les hallucinations. La personne voit des choses ou des individus que l’entourage ne voit pas. Ou bien elle entend des voix. Elle peut également avoir des sensations de piqûre, de brûlure, la sensation d’être traversée par des ondes.

Souvent, l’entourage repère les hallucinations à des signes indirects. La personne semble écouter, s’arrête de parler brusquement, exprime de la peur ou de la surprise, se parle à elle-même à voix haute.

Des symptômes qui viennent en moins

D’autres symptômes sont dit négatifs car ils viennent en moins. Ils retirent quelque chose au fonctionnement habituel de la personne. Ces symptômes se traduisent par un repli sur soi progressif. La capacité de penser, de parler et d’agir devient moindre. La personne manifeste moins d’émotions. Sa concentration, son attention, sa mémoire et ses capacités d’abstraction sont diminuées.

Quelques idées reçues sur les troubles schizophréniques

« La schizophrénie, c’est le dédoublement de personnalité »

EN FAIT :. Le fait que deux identités ou plus alternent chez une même personne correspond à un autre diagnostic, le trouble de la personnalité multiple dans la CIM-10 (ou trouble dissociatif de l’identité dans l’autre classification de référence, le DSM 5).

« Les personnes schizophrènes sont dangereuses »

EN FAIT : Les personnes concernées par un trouble psychique sont plus souvent des victimes de violence que des agresseurs. Par ailleurs, peu de crimes sont commis par des personnes présentant des troubles, comme rappelé dans un article paru dans L’information psychiatrique en 2006.

La schizophrénie, un nom qui fait débat

En France comme ailleurs dans le monde, le nom de schizophrénie fait aujourd’hui débat, quand il s’agit de désigner ce trouble psychique. Il est source de confusion, car le mot « schizophrène » est utilisé dans le langage courant pour qualifier les comportements ambivalents. Il sera appliqué à une personne affirmant une chose et son contraire, ou à une personne qui dit une chose mais en fait une autre. Ces attitudes sont très différentes des symptômes caractérisant le diagnostic.

De plus, la schizophrénie évoque dans l’imaginaire collectif la folie et la dangerosité. Une enquête publiée en 2020 dans une revue scientifique constate d’ailleurs que le mot « schizophrénie » est très stigmatisant. Réalisée dans 14 pays (dont la France) auprès de personnes ayant reçu ce diagnostic et de proches, elle montre que ce nom est entouré de représentations négatives et s’accompagne d’une méconnaissance des symptômes.

Sur le fond, la validité et l’utilité de ce diagnostic sont discutés par de nombreux psychiatres à travers le monde, depuis les années 1980. Des associations d’usagers et de proches, par exemple l’Unafam, le Collectif Schizophrénies, Promesses ou le Réseau sur l’entente de voix (REV), s’interrogent publiquement sur le même sujet.

Le Centre collaborateur de l’OMS (CCOMS), situé à Lille, a créé en 2019 un comité de pilotage national « Pour changer le concept et le mot de schizophrénie », dont les travaux sont en cours. Psycom y participe.

Comment traiter les troubles schizophréniques

Le recours aux médicaments

Pour le traitement d’une schizophrénie, l’équipe médicale prescrit le plus souvent des neuroleptiques, dits aussi antipsychotiques. Ils appartiennent à la famille des médicaments psychotropes, c’est-à-dire agissant sur le cerveau.

Les neuroleptiques visent à soulager des angoisses profondes, des perturbations du fonctionnement psychique, des états d’agita­tion et à réduire l’intensité des idées délirantes et des hallucinations. Ils ont été utilisés pour la première fois en psychiatrie dans les années 1950, marquant un tournant là où il n’existait pas de médicament efficace.

De manière plus générale, leur but est de diminuer la souffrance de la personne, d’améliorer son fonctionnement aux niveaux affectif, relationnel et social, et de diminuer son risque de suicide. Ces médicaments n’ont pas d’effet curatif. Autrement dit, ils ne guérissent pas mais soulagent.

En fonction des symptômes, d’autres médi­caments psychotropes peuvent également être proposés à la personne, comme des antidépresseurs, des anxiolytiques (dits aussi tranquillisants) ou des hypnotiques (dits aussi somnifères).

Des précautions particulières avec les médicaments

Les neuroleptiques agissent sur d’autres organes que le cerveau, ce qui explique certains effets indésirables. Ceux-ci varient en fonction du médi­cament et aussi de la personne. Ils peuvent se produire ou pas, se manifester de façon plus ou moins intense. Ces effets peuvent prendre la forme :  

  • de troubles moteurs, comme des raideurs dans les muscles, des tremblements. Ces effets sont plus fréquents avec les neuroleptiques dits classiques (ou de première génération).
  • de troubles métaboliques, comme une prise de poids, un diabète. Ces effets sont plus fréquents avec les neuroleptiques dits atypiques (ou de deuxième génération).

On constate de grandes différences selon les personnes. Certaines précautions permettent d’éviter beaucoup d’effets indésirables, en particulier en limitant les associations avec d’autres médicaments. C’est l’expérience de chacun et chacune qui permet de savoir comment il ou elle réagit à un neuroleptique donné.

Le recours à une psychothérapie

Les médicaments sont l’un des moyens d’aider la personne à se rétablir, en soulageant les symptômes qui la submergent. Il en existe d’autres. L’ensemble des aides pouvant contribuer à un fonctionnement psychologique et social satisfaisant pour la personne est désigné sous le nom de réhabilitation psychosociale. Les psychothérapies en font partie.

La personne peut recourir à une thérapie dite de soutien. Celle-ci lui permet d’échanger avec un thérapeute sur son quotidien, sa maladie et ses conséquences. Les séances visent à mieux cerner ses difficultés et à trouver des solutions adaptées. Cette thérapie est le plus souvent d’orientation psychanalytique.

Autre type de thérapie, les thérapies comportementales et cognitives (TCC) aident à réduire ou à mieux vivre avec les symptômes, en particulier délirants. Elles peuvent améliorer la régulation des émotions, faciliter la vie quotidienne et la gestion des médicaments.

La personne peut aussi être impliquée, avec ses proches, dans une thérapie familiale. Ces thérapies ont pour objectif de permettre aux membres d’une famille de dépasser une situation de crise et d’évoluer ensemble vers un fonctionnement plus souple. Elles peuvent relever de deux courants différents, systémique ou psychanalytique.

L’entraînement du cerveau

Lorsqu’on vit avec une schizophrénie, on peut rencontrer des difficultés de mémoire, d’attention ou de planification des tâches à accomplir. Ces troubles cognitifs peuvent diminuer avec des techniques de remédiation cognitive.

Des exercices destinés à améliorer une fonction cognitive particulière sont réalisés avec un professionnel. Par exemple, la personne va s’entraîner à retenir des informations qu’elle entend pour faire progresser sa mémoire. Ou bien elle va s’exercer à reconnaître les émotions sur des visages en photo pour mieux interpréter les expressions des autres dans son quotidien.

Les exercices de remédiation cognitive peuvent se faire sur papier, sur ordinateur, en séance individuelle ou en groupe.

L’éducation thérapeutique

Les personnes vivant avec une schizophrénie peuvent participer à des programmes d’éducation thérapeutique du patient (ETP) ou de psychoéducation. Ces programmes aident les participants à comprendre les symptômes des schizophrénies et le traitement proposé.

Les séances se déroulent souvent en groupe, ce qui permet un partage d’expérience et une entraide utiles à la résolution des problèmes rencontrés par chacune et chacun. Cette approche a montré son efficacité, notamment en diminuant le nombre de rechutes et de ré-hospitalisations.

L’accompagnement dans le quotidien

Certaines personnes vivant ou ayant vécu des troubles schizophréniques sont peu gênées dans leur vie quotidienne. Mais d’autres peuvent avoir besoin d’aide pour se loger, pour participer à des activités avec d’autres personnes, pour se former, pour trouver ou garder un travail.

Différents dispositifs relevant de l’accompagnement médico-social peuvent leur être proposés sur une courte durée ou un temps plus long.  

S’aider par soi-même

Le recours au soin est souvent nécessaire dans le cas de troubles schizophréniques. Cependant on peut aussi développer par soi-même des res­sources pour  aller mieux.

Nous pouvons par exemple prêter attention à nos rythmes de sommeil et à notre alimentation, limiter notre consommation d’alcool, de substances psychotropes (cannabis, autres drogues), pratiquer une activité physique, sociale ou culturelle que nous aimons, solliciter les personnes de notre entourage en qui nous avons confiance.

Des échanges avec d’autres personnes vivant ou ayant vécu des troubles psycho­tiques peuvent apporter un soutien important. Nous pouvons nous tourner vers un groupe d’entraide mutuelle, une asso­ciation de patients et de proches, un groupe de parole, un forum de discussion ou un groupe Facebook sur Internet.

Afin d’éviter une aggravation ou une rechute, il est aussi possible d’apprendre à repérer les signes d’alerte propres à chacune et chacun. Cela peut être un changement d’humeur ou de comportement, une perte d’intérêt, des troubles du sommeil, de l’irritabilité, de la fatigue, des pensées intrusives, un sentiment de persécution. Nous pouvons les noter dans un livret personnel comme “mon GPS Guide Prévention et Soins“, développé par Psycom et l’association PRISM. 

Vivre avec une personne concernée par un trouble schizophrénique

L’entourage ne peut se substituer au médecin ou au psychothérapeute, mais il peut assurer un soutien essentiel dans les moments diffi­ciles. Ce soutien peut notamment consister à :

  • Repérer les signes de mal-être ou d’isolement chez son proche, un changement de comportement, et en parler
  • Aider son proche à chercher des solutions, à consulter un professionnel et, si besoin, à suivre un traitement
  • Soutenir son proche dans ses projets et dans les activités de la vie quotidienne
  • Parler ouvertement des idées de suicide avec son proche, afin de l’encourager à aborder le sujet et à chercher de l’aide.

Des programmes d’éducation thérapeutique sont proposés aux proches de personnes vivant avec une schizophrénie. Il en existe un peu partout en France, le plus répandu étant ProFamille.

L’entourage peut trouver de l’aide pour lui-même, de l’écoute et des conseils auprès d’associations d’entraide.

Cet article a été écrit par Psycom à partir de sa brochure Troubles schizophréniques.

Psycom est membre du comité de pilotage national « Pour changer le concept et le mot de schizophrénie », créé en 2019 par le Centre collaborateur de l’OMS (CCOMS).

Les membres de l’équipe Psycom déclarent ne pas avoir de liens d’intérêts avec des entreprises fabriquant ou commercialisant des produits de santé (médicaments, dispositifs médicaux, matériel médical, e-santé, marketing médical, etc.).