Se désengager de son travail pour préserver sa santé mentale ?

Publié le 18/03/2024
Deux études montrent que le mal-être des salariés augmente. Certains envisagent de moins s'investir pour se protéger, mais l'enjeu est d'abord collectif et politique.

[VU SUR LE WEB] La santé mentale des Français au travail se détériore. Deux nouvelles études viennent le confirmer. L’une, publiée le 5 mars par Santé publique France, montre qu’il s’agit d’une tendance de fond observée depuis 2013. L’autre, réalisée par Ipsos pour le groupe d’assurance Axa et mise en ligne le 6 mars, se penche sur la situation fin 2023. Elle indique que pour se préserver, la majorité des salariés envisagent de se désengager, par exemple en prenant moins de responsabilités. Des chercheurs et des experts proposent des alternatives. 

Sur la période de 2013 à 2019, l’agence nationale de santé publique indique que les troubles psychiques les plus signalés aux médecins du travail sont les troubles dépressifs, les troubles anxieux ou une combinaison des deux. L’augmentation de ces troubles, qu’ils soient causés ou aggravés par le travail, est particulièrement marquée à partir de 2016.

Comment expliquer cette progression ?  « Ces augmentations peuvent être dues à de multiples détériorations des conditions de travail, explique Santé publique France. Mais elles pourraient également être en partie expliquées par une meilleure information des problèmes de santé mentale, provoquant donc une meilleure sensibilisation des médecins au diagnostic et une plus ample verbalisation des salariés ».

Les chercheuses et chercheurs signant l’étude soulignent que les femmes sont deux fois plus impactées par la souffrance psychique en lien avec le travail que les hommes. Ils recommandent la mise en place de politiques visant plus d’égalité dans les secteurs de l’économie les plus à risque, c’est à dire le transport et l’entreposage, la construction, l’industrie. 

  • Lire l’analyse de la psychologue Marie Pezé sur l’Obs
  • Découvrir dix conseils aux hommes pour favoriser l’égalité au travail, par la journaliste Gabrielle Predko de Welcome to the jungle

De son côté, l’étude annuelle réalisée par Ipsos en France et dans 15 autres pays montre une hausse des signes de mal-être chez les personnes interrogées en 2023, notamment à cause de leur travail. Ces problèmes psychologiques “génèrent de fortes envies de désengagement à l’égard du travail”, écrit l’entreprise de sondage. 58% des Français envisagent de moins s’impliquer, par exemple de travailler moins d’heures, assumer moins de tâches ou télétravailler davantage.

L’étude repose sur un questionnaire déclaratif rempli par 1000 personnes dans chaque pays. La santé mentale sur le lieu de travail y est abordée sous un angle essentiellement managérial. L’arrêt maladie, par exemple, y est considéré comme “une action de désengagement” du salarié, au même titre que le congé sabbatique. Si pour le manager, le résultat est le même (la personne est absente), seul le second est à l’initiative de la personne. L’arrêt maladie, lui, est prescrit par un médecin. 

A part se désengager, que faire d’autre pour préserver sa santé mentale au travail ? Certaines entreprises organisent des ateliers de méditation ou de gestion du stress, proposent des séances de relaxation. Mais selon une étude récente de l’université d’Oxford (Royaume-Uni), les interventions individuelles en matière de bien-être ne seraient pas efficaces sur la santé mentale des salariés. 

Si les individus peuvent agir, c’est peut-être en changeant leur rapport aux autres, notamment en prenant en compte leurs émotions. Exprimer ses émotions dans le contexte professionnel, en particulier si elles sont négatives, est souvent mal considéré. Ce serait pourtant un atout, permettant à chacun d’être plus attentif à ses propres besoins et ceux de ses collègues, selon Donald Glowinski, chercheur en neuropsychologie à l’université de Genève (Suisse).

Cependant, les conditions de travail restent le levier le plus efficace pour enrayer la progression du mal-être au travail. Elles ne dépendent pas des individus mais d’initiatives collectives et politiques. Les entreprises et les organisations sont appelées à poser des actes concrets, en évitant le faire semblant ou “Mental Health washing”. L’expression s’inspire du “Green washing” ou éco-blanchiment, ce procédé marketing consistant à se donner une image fausse d’organisation responsable du point de vue écologique. 

CREDITS DE CETTE REVUE DE PRESSE

Veille de l’actualité en santé mentale : équipe Psycom
Choix du sujet en comité éditorial : Estelle Saget, Alexandra Christine, Cyril Combes, Léa Sonnet, Aude Caria (Psycom)
Rédaction : Estelle Saget (Psycom)